Développement : les Brics n'ont pas dit leur dernier mot | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Développement : les Brics n'ont pas dit leur dernier mot
©

Deuxième souffle

Développement : les Brics n'ont pas dit leur dernier mot

Les BRICS, les pays émergents les plus puissants au début des années 2000, ont connu un important reflux de leur croissance économique (la Chine exceptée). Pour autant, des stratégies pourraient leur permettre de regagner fortement en compétitivité.

Pierre  Salama

Pierre Salama

Pierre Salama est professeur émérite des universités, professeur et chercheur au Centre d'Economie de Paris-Nord où il est spécialiste des économies sud-américaines. Il a publié de très nombreux livres traduit en espagnol et en portugais dont Les économies émergentes latino-américaines : Entre cigales et fourmis aux Editions Armand Colin dont le dernier chapitre traite de la violence comparée dans les pays latino-américains.

Voir la bio »

Atlantico : Les pays des BRICS connaissent des niveaux de croissance contrastée. Des inégalités demeurent notamment entre la Chine qui est à 8% de croissance du PIB et le Brésil qui stagne entre 1.2 et 1.5% du PIB. Est-ce que l'économie digitale peut permettre à ces pays de développer leur économie ? A quelle échéance les BRICS pourraient-ils monter en puissance pour atteindre un niveau raisonnable de croissance grâce à cette économie de nouvelle génération ? 

Pierre SalamaLe développement de l'économie par le digital sera très compliqué à mettre en place pour le Brésil. Ils sont en train d'absorber leur crise économique. Les prévisionnistes tablent sur une croissance en 2017 de 1 à 1,5% de croissance. A part quelques start-ups, leurs investissements sont trop faibles en matière de digital. Il est trop insignifiant pour représenter des bénéfices au niveau macroéconomique. Le Brésil et les pays d'Amérique Centrale sont donc hors course dans le domaine du digital du fait de la crise économique qu'ils subissent. Ils leurs faudra de deux à trois ans pour recommencer à développer leur économie. Les pays asiatiques comme la Chine et l'Inde sont mieux placés. C'est différent pour les Indiens parce qu'ils ne font pas d'efforts dans le hardware. Ils privilégient l'utilisation de services dynamiques issus de la "digital economy". Pour le cas de la Chine, c'est possible parce que de gros investissements sont réalisés sur les nouvelles technologies. La Chine et d'autres pays comme la Corée du Sud développent déjà leur croissance économique sur le digital. Il faut voir par exemple les développements de firmes de technologie comme Huawei et Samsung.

Les BRICS sont un terme inventé par la banque Goldman Sachs. Elle est devenue quasiment obsolète aujourd'hui vu la différence de croissance entre les pays d'Amérique du Sud, l'Asie et les pays africains. D'autres regroupements sont en train de se faire. A l'heure actuelle, il y a trop d'hétérogénéité dans leurs économies respectives. Les pays des BRICS ont connu quelques belles réussites comme des réunions qui ont permis de peser sur les décisions de l'OMC par exemple. 

Quels sont les objectifs chiffrés désignés par les pays issus des BRICS pour développer leur économie ? Jusqu’où pourraient-ils aller ? 

Le Brésil doit absorber de façon positive sa crise économique actuelle. La crise est un moyen de restructuration de l'économie dans le sens où elle permet de supprimer tout ce qui pesait sur sa rentabilité, les entreprises en déficit... Il est trop tôt pour afficher des objectifs précis. Leur sortie de crise est trop fragile. Leur taux de croissance est trop faible par rapport à la démographie du Brésil. Il y a trop de jeunes qui rentrent sur le marché de l'emploi aujourd'hui, ce qui correspond à la croissance démographique du pays il y a quinze ans. Pour créer des emplois au Brésil, la croissance doit atteindre 3% du PIB, or, les économistes parient plutôt sur 1% en 2017. Le Brésil et l'Amérique Latine auront beaucoup de mal à rattraper les effets de la crise. Il leur faudra au moins trois ans pour faire progresser l'économie. Depuis quinze jours, on assiste à une très forte appréciation de la monnaie brésilienne après une dépréciation consécutive à l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis. C'est un très mauvais signal. Il faut savoir que c'est cette appréciation de la monnaie qui a entraîné la désindustrialisation de l'économie sur ses branches les plus dynamiques, les entreprises de haute et moyenne technologie. 

Sur quels éléments économiques, autres que l'économie digitale, les pays des BRICS peuvent se distinguer par rapport au pays industrialisés pour relancer une dynamique de croissance ? 

L'appareil industriel brésilien a été fragilisé depuis une dizaine d'année. Le sujet n'a pas beaucoup été évoqué en France, mais ils ont souffert de la maladie "hollandaise". Le cours et le volume des matières premières échangées avec la Chine ont tellement augmenté qu'ils ont donné l'impression d'une fausse aisance. Cela a entrainé des difficultés croissantes pour leur industrie qui s'est encore plus fragilisée avec la crise de 2015-2016. Les importations chinoises ont augmenté. Les grands consortiums comme Petrobras qui sont de nature à investir dans les sociétés digitales sont elles aussi fragilisées. Elles ont réduit leurs investissements. D'ici de 2020, il est possible que le pays puisse rebondir. Le Brésil et le Mexique pourront tout à fait en profiter en sortie de crise pour rebâtir leur économie et leur industrie, mais cela ne se fera qu'à moyen terme. 

 

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !