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Faut-il succomber au Sarkozy-bashing et tirer Hollande et Bayrou à pile ou face ?
Faut-il succomber au Sarkozy-bashing et tirer Hollande et Bayrou à pile ou face ?
©Reuters

Zone franche

Pour qui voter : les prescripteurs à la peine

Influencer l’opinion, c’est fastoche quand en on a une soi même. Mais peut-on vraiment s’engager dans cette présidentielle et conserver un vague crédit public ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Censément « leader d’opinion » moi même (OK, un minuscule leader, et pour une fraction de l’opinion si négligeable et indisciplinée que même ma mère a ignoré ma recommandation de ne pas voter Montebourg à la primaire PS), j’avoue mon immense et absolument inédite perplexité à l’approche de cette présidentielle. Mais je m’exprime tous les matins ici-même et il faudra bien, à un moment ou à un autre, que je sorte du bois en donnant le sentiment d’avoir choisi mon champion au terme d’une réflexion aussi informée qu’imparable.

A 52 jours du scrutin, je sèche pourtant lamentablement et il me faut bien me tourner vers les influenceurs authentiques pour voir si ce qu’ils ont dans le teston est exploitable d’une manière ou d’une autre.

Ah, c’était si simple avant, lorsque j’étais officiellement « de gauche » et qu’il me suffisait de voter PS pour avoir le sentiment d’être resté fidèle, simultanément, à la tradition familiale et aux intérêts du camp du bien ! Mais c’est fini tout ça : la tradition familiale, ça sonne tellement identitaire que c’est devenu réactionnaire et le camp du bien, on ne sait plus vraiment quels sont ses intérêts ni même s’il est si « bien » que ça, après tout…

Bon, en vérité, offre pléthorique ou pas, le choix n’est pas si large. Une fois les Le Pen, Mélenchon, Poutou, Arthaud, Cheminade et autres Dupont-Aignan éliminés pour disharmonie idéologique ultime, une fois les Lepage, Joly et Villepin exclus par sens de l’absurde, que nous reste-t-il de raisonnable en magasin (de raisonnable, hein, pas d’enthousiasmant puisque ce coup-ci, l’enthousiasme va rester dans son tiroir) ?

Hollande, Sarkozy, Bayrou. Mmm... c’est vrai que ça donne envie.

Succomber au Sarkozy-bashing et tirer les deux autres à pile ou face ?

Il reste aussi la solution du vote blanc ou de la partie de pêche, mais ne pas trancher c’est contre ma religion et je n’ai jamais touché une canne à pêche de ma vie. Si encore j’avais été suffisamment perméable au Sarkozy-bashing de ces dernières années, je pourrais au moins réduire mon tiercé d’un canasson sans états d’âme et tirer les deux autres à pile ou face ! Mais non : le retour aux zeures les plus sombres de notre histoire, je n’ai jamais gobé et, à tout prendre, il y a bien deux-trois réformes sympas qui trouvent grâce à mon cœur (et à celui du PS, d’ailleurs, qui n’y touchera pas).

Je pourrais aussi me persuader que Hollande, pour tout son chiraquisme potentiel et son goût pour la démagogie à 75% (quand ce n’est pas à 60 000 profs), est l’homme de la situation, mais mes efforts en ce sens restent vains. Je ne sais pas, c’est peut-être l’idée de revoir Guigou ou Fabius (et sans doute même Mélenchon) sur les marches de l'Élysée le jour de la présentation du gouvernement qui me retient…

Enfin, je pourrais glisser vers le bayrouisme, qui n’est pas un humanisme plus con que les autres, mais ce serait une sorte d’acte gratuit à la limite de la performance artistique : avec ses 12% et ses troupes fantômes, il pourrait presque être recasé avec les hurluberlus villepino-lepagiens.

Non, vraiment, je tourne en rond et les indécis qui attendent que je me prononce pour avoir quelque chose à répondre à l’IFOP vont peut-être commencer à désespérer. Gérard Darmon et Yannick Noah ont beau en pincer pour Hollande et Véronique Genest et Mickael Vendetta faire les yeux doux à Sarkozy, ça n’est pas avec ça qu’ils vont justifier leur engagement près de la machine à café.

Mais voici qu’un leader d’opinion de gros calibre, du genre qui m’influence moi-même et dont je veux bien me faire le relais à l’occasion lorsque je suis à la peine, fait son coming out hollandien sur Slate et explique que, Sarkozy n’ayant rien accompli du programme libéral qu’il promettait de mettre en œuvre, il votera pour l’homme qui promet déjà qu’il fera exactement le contraire…

Punaise ! On n’est pas aidés. Au moins avec Noah et Vendetta, on sait pourquoi on ne sait pas.

Hum, je crois que je vais essayer de louvoyer jusqu’à la dernière limite, quitte à n’influencer que les ultimes indécis et ne pas être trop responsable de la catastrophe (quelle qu'elle soit). Et puis tiens, je vais me mettre à observer la présidentielle américaine. Là, on peut vraiment dire n’importe quoi sans prendre de risque pour sa réputation.

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