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Martine Aubry, maire de Lille
Martine Aubry, maire de Lille
©Reuters

Bonnes feuilles

Le système Aubry : pourquoi la mairie de Lille ne lui échappe pas

Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille depuis 18 ans ; André Rossinot, premier magistrat de Nancy depuis 30 ans ; Martine Aubry, 63 ans, à la tête de Lille depuis 12 ans… Au-delà du fauteuil d’édile, ils ont établi une baronnie, un fief, un territoire dont ils sont le roi… avec bien souvent l’assentiment de leurs électeurs. Dans son livre "Les roitelets ou la France des fiefs" (L'Archipel), Olivier de Lagarde analyse ce paradoxe de la vie politique française. (1/2)

La victoire éclatante de 2008 est donc le résultat légitime de ce travail de terrain. Le deuxième mandat n’aura pas la même tonalité. Un système commence à s’installer. Martine Aubry verrouille sa position. Elle est désormais présidente de Lille Métropole [NB : elle ne l'est plus depuis l'écriture du livre, remplacée par Damien Castelain le 18 avril 2014], la communauté urbaine, et contrôle tous les gros dossiers d’aménagement du territoire. À côté d’elle, Michel-François Delannoy, maire de Tourcoing qui a réussi l’exploit de se faire élire dès le premier tour face à l’UMP Christian Vanneste, est un fidèle. Elle le nomme vice-président chargé des affaires économiques. La présidence du conseil général n’est plus désormais dans les mains de Bernard Derosier, qu’elle n’aime guère. Il a eu le front de ne pas lui céder sa circonscription lors des législatives de 2007. À sa place, elle a soutenu Patrick Kanner, un de ses adjoints, le dernier mauroyiste, ou presque, de ses proches.

Il a su faire le dos rond au bon moment, et a eu la bonne grâce de céder sans histoires, en 2009, son poste de secrétaire du comité PS de Lille à un bébé Aubry, Audrey Linkenheld. Autre transfuge, Gilles Pargneaux, élu secrétaire de la fédération du Nord grâce au courant mauroyiste en 2005, qui s’est rapproché de Martine Aubry au point d’en devenir l’un des proches. En remerciement, il a obtenu l’adoubement de la première secrétaire pour se présenter aux européennes de 2009 dans la circonscription Nord-Ouest. L’actuel député européen a pourtant commencé sa carrière politique comme assistant parlementaire de… Bernard Derosier. Grâce à Pargneaux, Martine Aubry a la main sur les quelque 11 000 militants socialistes nordistes, force de frappe toujours pratique à mobiliser. 

À côté de ces amitiés politiques classiques, Martine a aussi créé sa pouponnière, expression qu’elle déteste, mais principe qu’elle développera au cours de son deuxième mandat. Ses bébés ont des airs d’apparatchiks, des professionnels de la politique que stigmatisent ses opposants. La première de la liste s’appelle Audrey Linkenheld, jeune pousse diplômée de Sciences Po et de l’Essec, passée par le MJS (Mouvement des jeunes socialistes). D’abord chargée des affaires économiques et sociales auprès d’Aubry, elle devient ensuite directrice de son cabinet. Après ce temps d’apprentissage, c’est l’arène politique. La loi interdit de se présenter aux municipales de la mairie où l’on travaille – un nécessaire partage des rôles entre administratif et politique. Qu’à cela ne tienne, Martine Aubry l’envoie au conseil régional, au cabinet de Daniel Percheron, le président PS de région, le temps nécessaire pour qu’elle puisse rejoindre sa liste de 2008.

Audrey Linkenheld devient adjointe au logement, et le bruit court alors qu’avec elle Martine Aubry prépare sa succession. Mais, après la victoire de François Hollande à la présidentielle, Audrey Linkenheld est élue députée, et semble apprécier son nouveau mandat. Un autre poulain sort de l’écurie Aubry, devient encore une fois directrice de cabinet, Violette Spillebout. Celle-ci a quitté cet été son poste à la mairie pour entrer dans une filiale de la SNCF, grâce à l’entregent de Guillaume Pepy, un ami d’Aubry. N’a-t-il pas été luimême son ancien directeur de cabinet, cette fois-ci quand elle était ministre du Travail, sous Mitterrand ? Violette Spillebout devrait figurer en bonne place sur la liste d’Aubry lors des municipales de 2014. La Voix du Nord ironise, en référence au précédent d’Audrey Linkenheld : « Non, vous n’êtes pas en train de lire un vieux La Voix du Nord jauni de 2008. C’est simplement l’histoire qui se répète. »

Extraits de "Roitelets ou la France des fiefs" d'Olivier de Lagarde, publié aux éditions de L'Archipel (2014). Pour acheter ce livre, cliquez ici

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