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Lorsque l'on souhaite pratiquer un sport dans une optique de santé, il est nécessaire de prendre conseil auprès de personnes qualifiées comme des coaches ayant des qualifications nécessaires pour les donner.
Lorsque l'on souhaite pratiquer un sport dans une optique de santé, il est nécessaire de prendre conseil auprès de personnes qualifiées comme des coaches ayant des qualifications nécessaires pour les donner.
©Reuters

Sous pression sociale

Le sport, ce n’est pas toujours bon pour la santé : ces dangers qui menacent les hommes qui fréquentent les salles de musculation alors qu’ils détestent ça

Une étude publiée dans le Journal of Strength and Conditioning Research fait état de l'augmentation du nombre d'hommes côtoyant les salles de sport, non pas par plaisir mais par pression sociale. Les raisons évoquées sont avant tout d'ordre social et liées à une image auquel les hommes se doivent de correspondre.

Philippe Godin

Philippe Godin

Philippe Godin est professeur à l'université de Louvain, docteur en éducation physique et psychologue du sport. Il est président de la société belge francophone de psychologie du sport, ancien athlète et entraîneur.

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Atlantico : Selon une étude britannico-australienne publiée dans le Journal of Strength and Conditioning Research, de plus en plus d'hommes fréquenteraient la salle de sport, non pas par plaisir, mais à cause de la pression sociale. Comment expliqueriez-vous le fait que les hommes sont de plus en plus nombreux à fréquenter une salle de sport, non pas dans un souci de bien-être mais à cause d'une certaine pression sociale ?

Philippe Godin : Je pense que cette pression sociale existe dans tous les domaines, donc il n'y a pas de raisons qu'elle ne se manifeste pas dans le secteur du sport et de l'image. Toutes les valeurs de force, de puissance, d'équilibre, de résistance au stress que le sport est censé transmettre va se retrouver dans le milieu de l'entreprise ou de l'économie. Mais le sport n'est pas aussi magnifiant qu'on le prétend. De nombreuses dérives ou risques délétères existent.

Nous vivons dans une société où l'homme et la femme doivent montrer des signes de force et de robustesse, surtout dans le milieu du travail. Ils doivent montrer une forme d'équilibre, de bien-être et de santé. Nous n'avons jamais eu autant de publications sur l'amélioration de la santé alors que paradoxalement, nous savons que les pratiques alimentaires augmentent tous les risques liés à une mauvaise alimentation. On se dirige vers une vraie dichotomie de la société.

Mais les personnes concernées par cette culture de l'image ne concernent qu'une petite partie de la population, de l'ordre de 4 à 5%. Par exemple, les cadres ou les dirigeants d'entreprise se doivent de donner une image de performance, de beauté, ou une image que l'on retrouve dans les magazines. Ce n'est pas pour rien que ces personnes-là se mettent à pratiquer la boxe. C'est un moyen d'améliorer son endurance et de montrer sa combativité. Il y a véritablement deux discours qui s'entrechoquent. D'une part, celui affirmant que l'activité physique est un facteur de santé, et d'autre part celui qui est mû par les valeurs que l'on vient d'évoquer et qui ne sont pas pratiquées dans une optique de santé.

Fréquenter les salles de sport ou pratiquer un exercice physique à cause de la pression sociale est-il vraiment bon pour la santé ? Quels risques cela peut-il engendrer ?

Si le sport n'est pratiqué que dans un certain contexte et dans certaines conditions, il peut avoir des effets délétères monumentaux. Il faut faire une distinction entre deux catégories de personnes :

La première, ce sont des employés ou des cadres qui ont pratiqué le sport dans leur jeunesse, qui ont appris les valeurs du sport et se sont arrêtées pour diverses raisons. Ce type de personnes savent ce que le sport signifie et la façon dont il doit être pratiqué.

La deuxième catégorie, ce sont les personnes qui n'ont jamais pratiqué de sport et qui sont influencées par les autres. Ces personnes commenceront à le pratiquer sans aucune base de prophylaxie, sans la forme physique adéquate et sans une certaine idée des risques. Ils ont plus de chances d'encourir des risques physiques (musculaire, articulaire, etc.) et cardiaques (hypertension, risque cardio-pulmonaire, risque accru d'accident vasculaire-cérébral). Si le système physique d'une personne n'a pas été habitué à une pratique sportive qui peut être intensive ou exagérée ou si le sport ne correspond pas à des normes imposées à l'âge de la personne, à son sexe ou à ses pathologies, les risques liés au sport sont décuplés.

Lorsque l'on souhaite pratiquer un sport dans une optique de santé, il est nécessaire de prendre conseil auprès de personnes qualifiées comme des coaches ayant des qualifications nécessaires pour les donner. D'autre part, tout ce mouvement pour les trails, marathon, semi-marathons etc. concourent à mener des individus à devenir dépendant, avec toutes les conséquences psychologiques, sociales ou relationnelles que cela entraîne. J'ai dans mes consultations des athlètes de 50 ans qui se lèvent à 5h du matin et rentrent chez eux à 10h du soir. Cela crée des difficultés au sein du couple, du cercle familial, de l'alimentation. Pour les personnes qui se mettent au sport et n'arrivent pas à atteindre un certain objectif, ils vont s'imaginer être moins bons que ce qu'ils croyaient pouvoir devenir en le pratiquant.

Doit-on se forcer à faire de l'exercice physique, même si l'on déteste ça ? Existent-ils des moyens ou astuces pour pallier un manque d'appétence pour l'exercice physique ? 

En tant qu'ancien professeur d'éducation physique, je dirais que non. Il y a des personnes qui ne sont pas faites pour le faire. Certaines personnes refusent cette dictature du sport et sont tout à faits épanouies en faisant tout autre chose, comme les choses qu'elles aiment ou qui les passionnent par exemple. Il n'est pas nécessaire de pratiquer le sport à outrance pour se sentir bien.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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