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La France et l'Allemagne ne sont pas des pays confrontés aux mêmes nécessités.
La France et l'Allemagne ne sont pas des pays confrontés aux mêmes nécessités.
©Reuters

Mauvais diagnostic

Le Spiegel fait son Tour de France et voit la vie en noir en oubliant les raisons des différences de performance entre la France et l’Allemagne

Le très influent hebdomadaire allemand Der Spiegel a récemment brossé un portrait au vitriol de l'état de l'économie française en comparaison avec celui de l'Allemagne. Si le constat est exact, l'argumentaire employé est faussé, car les deux pays ne sont pas confrontés aux mêmes nécessités.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Alexander Smoltczyk, journaliste du plus grand et plus influent hebdomadaire allemand, Der Spiegel, s’est fendu d’un éditorial réjouissant concernant l’état calamiteux de l’économie française. Avec une agréable condescendance le journaliste pointe l’écart existant entre les deux pays, entre une "Mannschaft" retrouvée et le "Malaise" français. Bien évidemment il serait mal avisé de contester une telle leçon tant les divergences en termes de performances économiques semblent profondes. Mais il reste à en déterminer les causes et les origines.

Pour commencer, le PIB. Même si  Alexander Smoltczyk pointe les écarts actuels de croissance, il serait peut-être plus sérieux de prendre en compte des données un peu plus longues pour obtenir une vision plus claire. Et…oh surprise, les croissances des deux pays se chevauchent parfaitement depuis plus de 20 ans.

France – Allemagne. PIB réel. 1990-2013

Sur ce point, difficile de faire la leçon. La France semble tout aussi capable de générer de la croissance que son voisin. Par contre, en raison des divergences démographiques des deux pays, le PIB par habitant est à l’avantage de l’Allemagne.

PIB par habitant. France –Allemagne.

Sur cette base, tout commentateur avisé se fera un plaisir de rappeler que l’Allemagne est proche du plein emploi alors que la France compte 10% de chômeurs. Sur ce point, aucune contestation n’est possible. La réalité est claire.

Taux de Chômage. France- Allemagne. 1997-2013

Mais une question se pose. Comment l’Allemagne est-elle parvenue à faire baisser son taux de chômage alors même que la croissance est identique à celle de la France ? L’Allemagne est réputée pour avoir maintenu ses coûts salariaux par rapport à la France, est-ce la réalité ?

Rémunération des salariés. France - Allemagne

Oui. Les salaires allemands sont restés contenus alors que les Français ont vu leur rémunération progresser sensiblement. Avec une telle situation, il est alors raisonnable de penser que l’économie allemande soit parvenue à créer beaucoup plus d’emplois que la France.

Selon l’institut officiel de statistiques allemand, Destatis, l’Allemagne comptait 38.7 millions d’emplois en 1990  contre 41.7 millions aujourd’hui. Soit une belle progression de 3 millions d’emplois, ou de 7.75%. En France, et selon l’INSEE, le nombre d’emplois est passé de 23.2 millions en 1990 à 26.3 millions aujourd’hui. Soit une progression de 3.1 millions d’emplois, un peu plus qu’en Allemagne, mais surtout une hausse de 13%. A peu près le double de son voisin.

Il apparait donc que l’économie allemande ne crée pas plus d’emplois que la France. Et ce malgré une sévère politique salariale. Alors pour continuer avec les préjugés il suffit de se reposer sur une valeur sûre, les Français sont fainéants et les allemands sont travailleurs. Les heures travaillées doivent donc diverger fortement.

Nombre moyen annuel d’heures travaillées. France – Allemagne.

Non plus. Le fait est que 28% de la population active travaille à temps partiel en Allemagne, contre 18% en France, ce qui vient peser lourdement sur le nombre total d’heures travaillées. 

Il doit rester des éléments à comparer, la France ne peut pas s’en sortir comme ça. La productivité ? Un Allemand travaille moins mais doit certainement produire plus.

PIB réel par heure travaillée. France-Allemagne. 1990-2011

Toujours pas. Un Français est resté plus productif pendant l’ensemble de la période considérée. Cela devient pénible maintenant. La supériorité de l’économie allemande doit bien venir de quelque part. Les facteurs globaux de productivité (le progrès technique) ?

Les deux pays sont aussi peu convaincants l’un que l’autre pour cette catégorie. Mais la France est encore devant. Toujours rien.

Restent quelques statistiques à explorer, notamment celles relatives à la démographie. La population en âge de travailler, c’est-à-dire de plus de 15 ans a chuté de 1.2 millions de personnes en Allemagne depuis 1999. En France, cette même population a progressé de 4.7 millions de personnes pour la même période. Soit un différentiel de 6 millions de personnes au total.

Une démographie plus importante en France et une croissance similaire entre les deux pays ne peut aboutir qu’à la situation actuelle. Plus de chômage, et plus d’inactifs en France. Aucun autre facteur ne parvient à convaincre totalement sur les différences économiques entre les deux pays. La France a besoin de bien plus de croissance que son voisin pour parvenir au plein emploi. C’est-à-dire que la France nécessite une politique monétaire bien plus agressive que celle dont a besoin l’Allemagne. Et la politique menée par la BCE reste celle de la Bundesbank. Le tandem franco-allemand se résume aujourd’hui à un arbitrage. Et entre le chômage en France et un surplus d’inflation en Allemagne, la BCE a choisi. Ce sera 10% de chômage en France en attendant que les salaires baissent suffisamment pour compenser la plus forte démographie française. Un joli programme.

A lire également, le nouveau livre de Nicolas Goetzmann :Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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