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Le sommet social a-t-il discrètement signé l’un des premiers renoncements majeurs du quinquennat Macron ?
©François NASCIMBENI / AFP

En douce

Le sommet social a-t-il discrètement signé l’un des premiers renoncements majeurs du quinquennat Macron ?

Mardi 17 juillet, Emmanuel Macron recevait les principaux partenaires sociaux à l'Elysée. Et s'il reste beaucoup d'ombre sur le but de cette rencontre, il semblerait que quelques directions aient été envisagées.

Hubert Landier

Hubert Landier

Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).

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Atlantico : Emmanuel Macron a reçu pour la première fois les huit principaux leaders syndicaux et patronaux l'Elysée. Que peut-on retenir de cette rencontre ?

Le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est construit sur l’idée, largement partagée par les membres de LREM, d’une faillite des élites politiques et syndicales et de l’urgence de réformes d’envergure. Ceci a conduit le président à entreprendre dans l’urgence toute une série de réformes, à commencer par celle du droit du travail. Mais il y a toujours une certaine distance entre l’intention et la réalisation. 

La conduite des réformes a été en partie improvisée, ce qui conduit à certaines incohérences. Par exemple, on a voulu modifier le fonctionnement des instances de représentation du personnel, avec les fameuses ordonnances, avant même de réformer la gouvernance de l’entreprise, ce qui est l’objet du projet de loi PACTE et qui devrait avoir pour effet de redéfinir leur rôle. La réforme de la SNCF, qui était connue de longue date comme étant inévitable, a également été entreprise dans la précipitation, avec les conséquences que l’on sait.

Cette politique un peu précipitée a eu deux conséquences. La première, c’est que les Français ont été pris dans une sorte de vertige de changements, dont certains les affectent directement, sans qu’ils en voient pour l’instant de quelconques effets positifs. La seconde, c’est que les organisations représentatives des différentes parties constitutives du corps social ont eu l’impression d’être négligées, voire prises à rebrousse poil. Il en fallait certainement beaucoup pour que l’ensemble des organisations syndicales et patronales se réunissent à huis clos, voici quelques jours, pour délibérer de ce que devrait être leur attitude commune.

L’exécutif élyséen a compris la menace : une dégringolade de sa côte de popularité et le risque d’une bronca générale. D’où son rétropédalage en ce qui concerne l’assurance chômage et l’initiative consistant pour le président à recevoir les organisations syndicales en réponse à leur délibération à huis clos.

Dans cette rencontre, parle-t-on d'un vrai tournant ou d'un changement de ton ? Ne peut-on pas voir ici une sorte d'acceptation de défaite de la part d'Emmanuel Macron ? Il tente de faire aux syndicats la même chose qu'au PS, mais il se rend bien compte qu'il ne peut pas s'en débarrasser…

Au moment de l’élection d’Emmanuel Macron, les membres de LREM étaient très critiques sur la capacité des interlocuteurs sociaux (patronat et syndicats) à mener à bien les changements qu’ils considéraient comme indispensables. Rien ne dit que cette vision négative ait changé. En revanche, le réalisme prime. Entreprendre de bouleverser la France est plus compliqué qu’il n’y paraît et ne saurait se faire contre le point de vue de tous ceux qui sont concernés d’une façon ou d’une autre. D’où le très récent changement de ton.

Rien ne dit toutefois que le président en soit venu à faire confiance aux organisations patronales et syndicales. Et rien non plus ne dit que celles-ci lui fassent confiance. Il est probable que le président y mettra davantage la forme, qu’il manifestera qu’il est à l’écoute, mais il est peu probable qu’il en viendra à infléchir, pour l’essentiel, les objectifs qu’il s’est donné. Ce sera, au mieux, une concertation subordonnée à ses objectifs et à son agenda politique. 

On le verra d’ici la fin de l’année sur la question de la réforme de l’assurance chômage. Supposons que patronat et syndicats se mettent d’accord sur une solution qui ne soit pas celle que souhaitait le président ? Que se passera-t-il alors ? Quelle sera l’attitude des parlementaires, et notamment des sénateurs, qu’ils fassent ou non partie de LREM ? Le problème reste posé. Emmanuel Macron s’est donné l’image d’un libéral pur jus, peu sensible aux réactions populaires, et le libéralisme peut très bien coexister avec une pratique colbertiste du pouvoir. Nous ne sommes pas entrés dans une période d’idylle entre l’Etat et les corps intermédiaires, tels qu’ils ont été bousculés.

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