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Le sacrifice et le courage des chrétiens d’Orient à travers les âges
©SAFIN HAMED / AFP

Bonnes feuilles

Le sacrifice et le courage des chrétiens d’Orient à travers les âges

Alexandre Goodarzy publie « Guerrier de la paix » aux éditions du Rocher. En 2015, la guerre en Syrie entre dans sa quatrième année. Face à la montée des périls en Orient, de jeunes volontaires ont répondu à l'appel : porter secours là où les chrétiens sont en danger. Alexandre Goodarzy est l'un d'entre eux. En 2014, ce jeune professeur d'histoire-géographie rejoint l'association SOS Chrétiens d'Orient. Extrait 1/2.

Alexandre Goodarzy

Alexandre Goodarzy

Alexandre Goodarzy parcourt depuis une vingtaine d'années les pays du Proche-Orient et de l'Asie centrale. Il a vécu de 2015 à 2020 en Syrie. Il est aujourd'hui directeur adjoint des Opérations - responsable Développement chez SOS Chrétiens d'Orient.

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Le christianisme en Orient était une affaire deux fois millénaire. Après avoir martyrisé les chrétiens pendant trois cents ans, l’Empire romain, au début du ive siècle, s’était laissé convertir au christianisme. À la base de ce retournement, il y avait une victoire et un empereur. L’empereur s’appelait Constantin et suite à la bataille du pont Milvius dont il sortit vainqueur, il allait déclarer le christianisme religion d’empire et mettre fin aux persécutions contre les chrétiens en 313. Dès lors, c’en était fini des dieux divers. Un seul dieu pour un seul empire. Le christianisme était devenu religion d’un empire gigantesque. Tellement gigantesque qu’il se scindera en deux. Un empire d’Occident avec pour capitale Rome et un empire d’Orient avec pour capitale Constantinople.

En 476, Rome s’écroulera face aux poussées barbares. Depuis l’ouverture de ses frontières, l’empire n’était plus l’empire. Trop vaste, trop peu homogène, il n’était plus l’Empire romain, mais un agrégat de tribus barbares qui avaient cherché refuge et protection sous l’aigle de Rome. Alors que Rome s’effondre, Constantinople continue et avec elle le message du Christ qui va s’enraciner en Orient.

Depuis la conversion de l’Empire romain au christianisme, les persécutions contre les chrétiens qui avaient cessé amenèrent les moines à vivre ce que l’on appelait un martyre blanc, une ascèse poussée à l’extrême qui conduira des milliers d’entre eux à vivre en ermitages. On les retrouvera sous forme d’habitations troglodytes dans le nord de l’Irak, notamment à Al-Qosh, ou bien encore en Syrie, à Maaloula, de même qu’en Jordanie, à Petra, et au Liban, dans la Qadisha. Ces moines pouvaient être des centaines à vivre en voisinage dans la même vallée. Cette période prendra fin avec l’arrivée des combattants musulmans au milieu du VIIe siècle.

Unifiées sous les ordres de Khalid ibn al-Walid, les tribus arabes du Hedjaz frapperont successivement en 633 les Perses et en 634 les Byzantins, deux empires affaiblis par des siècles de conflits. En 636, les Byzantins seront défaits au sud et les Arabes poussent jusqu’en Terre sainte dès 638. La Syrie est entièrement conquise en 639.

Parallèlement, en 642, les Arabes gagnent peu à peu contre les Perses avant de les dominer entièrement dix ans plus tard.

En une décennie, la poussée arabo-musulmane s’empare militairement de territoires que les chrétiens avaient mis plus de trois cents ans à convertir, au sacrifice de leurs vies. Cent ans après la mort de Mohammad, les Arabes sont à Poitiers.

Les chrétiens du Croissant fertile, notamment du territoire syrien, ne se convertissent pas en masse à l’islam. La majorité des populations locales restent fidèles à leur foi et leurs traditions. On parle de 200 000 Arabo-musulmans au milieu de 2  millions d’autochtones. La jizya, une taxe financière, est imposée aux populations chrétiennes. Les églises ne seront pas détruites par les musulmans, mais ne seront pas reconstruites pour autant.

Entre-temps, les musulmans se déchirent entre ceux qui deviendront les sunnites et ceux qui deviendront les chiites. La population musulmane s’est accrue au fil de ces quelques siècles; les taxes, les mariages mixtes, la polygamie, l’arabisation de la société par son islamisation et les querelles internes aux différentes églises issues du Christ ont eu raison d’une bonne partie de la population chrétienne.

En 1055, les Turcs venus des steppes d’Asie centrale arrivent aux portes de Bagdad. Fraîchement convertis par les Perses samanides, qui assurent une frontière entre le califat musulman abbasside et le monde nomade chamaniste et zoroastrien, ils demandent l’ouverture de la ville pour y effectuer un pèlerinage.

Si les conquérants arabes avaient quelques liens de parenté avec les peuples soumis et, par conséquent, une certaine tolérance envers les populations restées non musulmanes, les Turcs venus d’horizons plus lointains n’avaient aucun état d’âme. Il n’y avait pas de gènes communs, pas de passé partagé avec les autres sujets minoritaires du califat. Alors que les Arabes étaient parvenus à développer une culture commune en se syncrétisant avec les cultures des empires vaincus, les Turcs arrivent avec le zèle des nouveaux convertis. Une fois qu’ils sont entrés dans Bagdad, ils contraignent le calife al-Qa’im à reconnaître la tutelle seldjoukide. Il doit épouser une des leurs, afin que le prochain calife soit turc. L’homme ne parvenant pas à procréer, les Turcs lui couperont la tête et prendront la place du calife.

Dès lors, les Turcs seldjoukides prennent le contrôle de la communauté musulmane de tout l’Orient. À leur initiative, les routes de Jérusalem seront fermées aux pèlerins et nombre d’entre eux seront massacrés. C’est dans ce contexte que les chrétiens d’Occident, en proie eux-mêmes à des guerres intestines en Europe, rallieront le pape Urbain II pour mener une guerre juste : la défense des chrétiens d’Orient et la libération des lieux saints. Ce seront les premières croisades pour protéger les pèlerins.

En 1453, en faisant tomber Constantinople, les Ottomans mettent fin à l’Empire romain d’Orient et reprennent le flambeau du califat. Leur expansion sera marquée par une menace constante sur l’Europe, depuis les Balkans et depuis le nord de l’Afrique. Leur avancée sera stoppée sous les murailles de Vienne en 1683.

Ce contexte d’hostilité durera cinq siècles jusqu’à la Première Guerre mondiale, qui verra le califat ottoman s’écrouler, précipitant la revanche des vieilles nations européennes qui dépèceront entièrement l’empire turc.

Après le premier conflit mondial, les États arabes bâtis sur les décombres de l’Empire ottoman n’étaient pas seulement conçus pour conduire les peuples vers la modernité sous l’égide de la SDN puis de l’ONU. Leurs chefs d’État avaient pour mission, tels des garde-fous, de protéger l’Europe de l’immigration sauvage et de l’islamisme radical.

Pourtant si la patte de l’Occident, dans ce nouveau modèle de société, avait séduit des hommes comme Nasser et Assad, elle avait poussé a contrario aussi à une radicalisation de pans entiers de ces sociétés qui basculeraient sous l’influence des Frères musulmans. Les régimes autoritaires avaient pour mission de nous prévenir de leurs débordements. Leurs intérêts à ne pas les laisser accéder au pouvoir était le nôtre. De fait, encourager la démocratie, c’est-à-dire la loi du nombre, fut un vrai crime pour ces peuples en première ligne, et un suicide pour nos États qui se trouvaient en aval.

La Syrie d’al-Assad en paiera les conséquences. Coupable d’être restée fidèle à ce que les Européens d’hier attendaient d’elle, à savoir être un régime autoritaire séculier, comme l’avaient été précédemment la Lybie, l’Irak de Saddam, l’Égypte, l’Algérie ou la Tunisie.

Ces pays devaient protéger l’Europe de l’immigration ou de l’islamisme. Mais aux yeux des instances européennes, la démocratie primera sur la sécurité. Là où une transition douce aurait dû être mise en place, l’Occident, masochiste, encouragera les pires mouvements à détruire ceux qui nous protégeaient.

Dix ans après les « Printemps arabes », les résultats s’étalaient sous nos yeux chaque jour. Terrorisme islamique et vagues migratoires incontrôlées sans l’ombre d’un début de démocratie pour les pays concernés…

Un seul résistera, notre meilleur ennemi, celui que nous aimions haïr. La Syrie d’al-Assad restera fidèle à cette politique d’endiguement du wahhabisme et de l’idéologie des Frères musulmans. Ils mouraient là-bas pour que nous vivions ici…

Les chrétiens, pendant mille cinq cents ans, avaient donc vécu pour certains, survécu pour d’autres, dans cet immense territoire qui courait tout le long du Maghreb, passant par la Palestine pour arriver jusqu’aux confins de l’Inde et de la Perse.

Aujourd’hui, le monde chrétien oriental, c’est près de 3,5 millions de chrétiens répartis sur l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël, soit environ 750 000 kilomètres carrés. En incluant l’Égypte, on compte 20 millions de chrétiens supplémentaires, pour un pays d’un peu plus d’un million de kilomètres carrés.

A lire aussi : Le drame des Chrétiens d'Orient

Extrait du livre d’Alexandre Goodarzy, « Guerrier de la paix », publié aux éditions du Rocher.

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