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La garde des Sceaux, Christiane Taubira.
La garde des Sceaux, Christiane Taubira.
©Reuters

C'est celui qui le dit...

Le révélateur Taubira : quand le racisme se cache parfois dans sa dénonciation obsessionnelle

Les défenseurs de Christiane Taubira qualifient bien souvent de raciste toute attaque de ses contradicteurs. Et alors que l'on peut s'interroger sur l'origine de cette hyperfixation de la couleur de peau, à force de crier au loup, les vraies discriminations passent quant à elles inaperçues.

Patrick Lozès

Patrick Lozès

Patrick Lozès a fondé le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) et en était le président jusqu'en mai 2011. Diplômé de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris, il est l'auteur de Les noirs sont-ils des Français à part entière ? (Larousse, 2009).

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Atlantico : Face aux attaques répétées contre la garde des Sceaux, de nombreuses voix socialistes, au premier rang desquelles celle de Manuel Valls, se sont élevées pour dénoncer un racisme qui se cacherait de moins en moins au sein de la droite. Que révèle cette manière de crier au racisme à la moindre critique contre Christiane Taubira ?

Patrick Lozès : Mme Taubira est garde des Sceaux, son ministère est régalien. Elle apparaît à une position très élevée dans la hiérarchie gouvernementale. Il est donc naturel qu’elle soit exposée à la critique. Assimiler au racisme l’ensemble des critiques y compris les plus véhémentes adressées à la ministre de la Justice est une instrumentalisation du racisme. C’est une manœuvre pour annihiler le débat et éviter de répondre aux questions légitimes sur les orientations politiques et judiciaires prônées par Christiane Taubira. C’est une tactique politicienne cynique qui paradoxalement affaiblit Christiane Taubira en la réduisant à son apparence. A la longue, cette stratégie de la victimisation est périlleuse car les Français en ont horreur.

Mme Taubira a gagné ses galons dans l’arène politique par des prises de position tranchées. Lorsque ses "amis" socialistes crient au racisme à la moindre critique contre elle, ils se donnent le beau rôle à peu de frais tout en rognant son aura et son autorité. Christiane Taubira n’est pas obligée de tomber dans le piège consistant à se considérer comme une victime permanente du racisme !

Voir du racisme là où il n'y en a pas, est-ce faire preuve d'une certaine forme de racisme ? Du moins, cela le favorise-t-il ?

Evoquer le racisme aussi fréquemment et dès lors qu’il est question de Mme Taubira, révèle un manque de discernement et une courte vue. Cela trahit une obsession de la couleur de peau chez ceux qui brandissent ainsi le racisme. Cette hyperfixation sur les questions de couleur de peau peut même cacher un embarras de ses si zélés défenseurs par rapport à Mme Taubira elle-même. Etre obnubilé par la recherche du racisme chez ses adversaires est souvent le signe de son propre malaise par rapport au racisme.

Voir du racisme partout et là où il n'y en pas indique une incapacité à accepter que les adversaires politiques peuvent dépasser la question de couleur de peau. C’est un procès d’intention et c’est une forme d’intolérance. On le voit, Madame Taubira cristallise des passions chez ses adversaires mais également dans son propre camp. Ses amis feraient bien de se demander pourquoi ils sont si prompts à se dépeindre en parfaits antiracistes.

Christiane Taubira est l’objet d’attaques racistes inadmissibles mais aussi de critiques politiques violentes. Ces dernières peuvent être difficiles à supporter mais elles ne sont pas illégitimes. C’est justement pour cela qu’il convient d’être particulièrement vigilant pour ne pas désigner hâtivement les attaques politiques notamment les plus justifiées comme des attaques racistes. Les amalgames en la matière sont dangereux.

La posture de victime permanente empêche la prise en compte des intolérances véritables qui contreviennent aux valeurs de la République. La posture d’éternelle victime est inefficace et contreproductive. A force de crier au loup, on en voit le museau et lorsqu’il survient, plus personne ne s’alarme...

Parmi les très nombreuses critiques faites contre Christiane Taubira, dans quelle mesure peut-on dire que se trouve aussi chez certaines personnes une part de racisme ? Par quoi ce racisme est-il exacerbé ?

Madame Taubira est brillante, intimidante. Sa présence au gouvernement, la situation qu’elle y occupe et les textes gouvernementaux qu’elle défend peuvent en irriter plus d’un. Certains estiment sans doute qu’elle n’a pas la bonne tête pour un tel portefeuille ministériel !

Au niveau de la société, comment ce racisme qui avance masqué finit-il par se manifester ? Où en distingue-t-on les effets ?

A trop parler de racisme envers Mme Taubira, on oublie que la France avance dans l’acceptation de sa diversité sociologique. Nous voyons cette évolution positive de la société autour de nous, dans les entreprises, dans la vie de tous les jours.

Mais tout n’est évidemment pas réglé, certains de nos concitoyens estiment encore que telle personne ne peut pas occuper telle fonction. D’autres pensent que leurs collaborateurs ou leurs clients auraient du mal à accepter celui-ci ou celle en raison de son apparence. Il y a donc encore beaucoup à faire notamment au niveau des entreprises pour que ceux qui ont franchi avec succès les haies du mérite républicain ne soient entravés dans leur parcours par le racisme.

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