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Le Qatar au ban des accusés à Paris
©FAYEZ NURELDINE / AFP

Tous contre un

Le Qatar au ban des accusés à Paris

Depuis deux semaines, une très grave crise diplomatique et économique oppose le Qatar à ses voisins « partenaires-ennemis » du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis en tête) et à l’Egypte anti-islamiste du maréchal-président Al-Sissi.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan) ou bien encore La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Emmanuel Razavi, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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Depuis deux semaines, une très grave crise diplomatique et économique oppose le Qatar à ses voisins « partenaires-ennemis » du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats arabes Unis en tête) et à l’Egypte anti-islamiste du maréchal-président Al-Sissi. Cette crise ouverte oppose les partisans d’une ligne dure contre l’Iran chiite et les rebelles houtistes-chiites du Yémen (Arabie saoudite) et contre les Frères musulmans (Arabie-Egypte-Emirats) au Qatar. Ce dernier est accusé non seulement d’être le parrain de l’islamisme révolutionnaire, terroriste et subversif sunnite des Frères musulmans (dont le Hamas) mais aussi de trahir ses partenaires sunnites en étant complice de l’ennemi suprême chiite qu’est l’Iran des Mollahs. C’est dans ce contexte hautement sismique que s’est tenu lundi dernier un grand et impressionnant colloque organisé, par le Centre international de géopolitique et de prospective analytique (CIGPA) présidé par le philosophe et ancien ambassadeur tunisien à l’UNESCO Mezri Haddad, en partenariat avec le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) d’Eric Denécé. Rappelons que les cinq pays arabes précités (avec Bahrein et le Koweit) ont décidé subitement de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar qu’ils accusent ouvertement de propager l’islamisme radical et même de soutenir le terrorisme islamiste (Hamas, Talibans, Al-Qaïda, Da’esh et jihadistes syriens et maliens). Il est clair que cette résolution aurait été tout bonnement inimaginable sans l’aval implicite des Etats-Unis dont le président a d’ailleurs twitté il y a deux semaines que « cela sera peut-être le début de la fin de l’horreur du terrorisme ». On a le droit d’en douter certes, mais on peut aussi croire que Trump commence par laisser diaboliser le Qatar pour créer une spirale vertueuse anti-islamiste dans toute la région. En d’autres termes, ce qui était un « fantasme » pour les qatarophobes ou un pur mensonge pour les qatarophiles est aujourd’hui devenu une « vérité » : le Qatar serait bel et bien impliqué dans le financement de l’islamo-terrorisme international. En toute logique, les seuls pays musulmans qui ont malgré le dossier accablant contre Doha continué à soutenir de plus belle le Qatar, qui a choisi la stratégie de la victimisation, sont l’Iran des Mollahs (qui co-finance le Hamas avec le Qatar) et la Turquie du néo-sultan Erdogan, lui aussi parrain des Frères musulmans, du Hamas et de l’ensemble des mouvements islamistes subversifs qui ont tenté de récupérer le printemps arabe devenu vite un « hiver islamiste » selon l’expression souvent utilisée par Mezri Haddad.

Près de trois cent personnes sont ainsi venus écouter les meilleurs spécialistes du Proche-Orient et de l’islam (dont Antoine Sfeir) qui ont traité de la question sensible et épineuse des « Investissements du Qatar en France, une équation à plusieurs inconnues ». Question longtemps opaque et périlleuse pour la France, sur laquelle le président Macron ne s’est toujours pas prononcé, notamment pour annuler les faveurs fiscales décrétées hélas par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à l’Elysée.

Parmi les conférenciers remarqués, les propos du député sortant Philippe Kemel, auteur du rapport  parlementaire sur « L’investissement étranger en France », qui a été publié en février 2015, ont été remarqués. Kemel a ainsi levé un coin du voile sur les investissements qataris en France, de plus en plus problématiques. Invité d’honneur, Roland Dumas a fait deux interventions percutantes en évoquant la situation en Libye, déstabilisée par l’intervention militaire occidentale funeste qui a remplacé Kadhafi par des milices ex-membres d’Al-Qaïda. Il s’avère que le rôle du Qatar a été majeur dans cette entreprise de déstabilisation étatique et régionale, sujet rarement abordé dans les médias et que l’ancien grand patron de la DST, Yves Bonnet, a également remarquablement bien exposé en accablant, preuves à l’appui, les dirigeants qataris « qui ont joué un rôle destructeur en Libye en favorisant, dès 2011, les milices les plus extrémistes de l’islamisme radical ». Selon Jacques-Marie Bourget, autre intervenant et coauteur du « Vilain petit Qatar » (Fayard), les oligarques de cet émirat gazier ont versé plus d’un milliard de dollars aux seuls djihadistes en Libye et en Syrie.  On imagine les sommes versées par le Qatar depuis des années aux jihadistes-terroristes somaliens, maliens, talibans palestiniens et autres qui ont pignon sur rue au Qatar, y lèvent des fonds en toute tranquillité et ont même pour certains à Doha des représentations tout à fait officielles ! 

De cet islamisme radical, Antoine Sfeir a fait un exposé totalement en rupture avec certains lieux communs. En dénonçant l’imposture de « l’islamisme modéré », cet éminent spécialiste du monde arabe (directeur des Cahiers de L’Orient) a fait la distinction entre le « wahhabisme traditionnaliste » de l’Arabie Saoudite et le « wahhabisme activiste, interventionniste et frériste » encore plus subversif du Qatar, régime auquel il oppose « la neutralité quasi-helvétique des Emirats arabes unis ». Il est vrai que les Emirats, qui ont plus investi en France que le Qatar, sont bien moins dangereux et sont même des alliés pour nous contre l’islamisme radical car aux côtés des Egyptiens, les Emirats combattent sans réserve les Frères musulmans - en Libye notamment et dans leurs pays – et surtout ils s’abstiennent de tout prosélytisme subversif sur le sol occidental ou en dehors de leurs frontières d’une manière générale.

Chacun dans son domaine, les autres intervenants ont donc révélé le véritable visage du régime qatari. Journaliste à Europe1 et auteure de « La République Française du Qatar » (Fayard), Bérengère Bonte est intervenue autour du thème central de l’« Affairisme, entrisme, islamisme, prosélytisme et terrorisme : la « polyvalence » du Qatar ! Participant au même panel, Eric Champel, journaliste sportif, a mis l’accent sur la diplomatie du chéquier du Qatar et prédit que la coupe du monde de football de 2022 n’aura pas lieu à Doha. Quant à Jacques-Marie Bourget, il a démontré les relations idéologiques, politiques et logistiques entre le Qatar et l’islamo-terrorisme mondial en déclarant que Doha est « un club Med du terrorisme ».

Dans le dernier panel consacré à l’« Etat des lieux, aux finalités et à l’avenir des investissements qataris en France », et dans la suite de la communication de Philippe Kemel, Vanessa Ratignier, co-auteure avec Pierre Péan de « Une France sous influence – quand le Qatar fait de notre pays son terrain de jeu » (Fayard), a insisté sur la complicité intrinsèque de certains hommes politiques français, de gauche comme de droite, avec les réseaux de corruption qataris. Emmanuel Razavi, grand reporter et réalisateur de plusieurs documentaires télévisés sur le Qatar, a fait un brillant exposé sur la psychologie « très particulière et schizophrénique » du régime qatari. Il en sait quelque chose, lui qui prépare un livre-témoignage choc sur le Qatar où il a vécu plusieurs années en y dirigeant une des filiales du groupe Al-Jazira dont il a pu constater l’infiltration par les Frères musulmans.

La conclusion générale de ce colloque - qui s’est tenu à la Maison de l’Amérique Latine - revenait à son maître d’œuvre, Mezri Haddad, diplomate et philosophe connu pour sa dénonciation des Frères musulmans, du Qatar et qui ne cesse de dénoncer la compromission des pays occidentaux avec les forces islamistes totalitaires au détriment des régimes nationalistes arabes : « Nous le savons depuis bien longtemps, mais maintenant que les faits sont établis et que des preuves existent sur l’implication du Qatar dans le soutien et le financement des réseaux islamo-terroristes, on ne peut plus faire semblant de ne pas savoir ni se contenter de dénoncer. Il faut désormais instruire, traduire les dirigeants de cet émirat devant une juridiction pénale internationale et les faire condamner pour terrorisme et même pour crimes contre l’humanité en Syrie », a affirmé Mezri Haddad, président de CIGPA, prestigieux Think Tank qui s’est illustré ces dernières années par son combat sans merci contre le Qatar et ses réseaux des Frères musulmans en France et ailleurs dans le monde. 

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