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A l'approche de la Coupe du monde, la sécurité est le principal enjeu de la ville.
A l'approche de la Coupe du monde, la sécurité est le principal enjeu de la ville.
©Reuters

Parenthèse

Le plan de Rio pour museler la violence ordinaire le temps du mondial de foot

Une bavure policière a mis le feu aux poudres dans une favela de Rio de Janeiro. A l'approche de la Coupe du monde, la sécurité est le principal enjeu de la ville. Pour cela, la justice et la police ont un plan qui a déjà fait ses preuves par le passé.

Stéphane   Monclaire

Stéphane Monclaire

Stéphane Monclaire est Maître de conférences à Paris-I Sorbonne et chercheur au Centre de recherche et de documentation sur l'Amérique latine.

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Atlantico : Alors que la Coupe du monde de football doit se tenir à Rio de Janeiro dans une cinquantaine de jours, le quartier de Copacabana traverse une période de violences consécutives à une bavure policière. Cette instabilité urbaine peut-elle nuire à la bonne tenue de l'événement ?

Stéphane Monclaire : Des événements entraînant des morts dans les favelas, il y en a tous les jours. Les morts de ces derniers jours ont fait l'objet d'articles dans le Guardian, Al-Jazeera, Le Monde... Le New York Times a titré que la violence mortelle émergeait à Rio. Mais la violence n'émerge pas, elle est constante. Depuis sept ans, on compte environ 500 homicides volontaires dans la région métropolitaine de Rio de Janeiro. Mais tant que la Coupe du monde ne se profile pas, on n’en parle pas. A cause de cette proximité dans le temps, dès qu’il se passe quelque chose dans l’une des douze villes qui accueilleront des matchs, la presse étrangère s’enflamme. La presse brésilienne, elle ne s’en affole pas. La presse de Sao Paulo n’a par exemple rien dit sur les événements de la favela de Copacabana. 

La police brésilienne, connue pour ses méthodes expéditives dans les quartiers, a très mauvaise presse. Est-elle apte à encadrer la Coupe du monde ?

Les bavures policières sont récurrentes, et tiennent à la formation des policiers. Cette police qui intervient dans les quartiers n’est pas suffisamment bien formée. Ses membres manquent assez souvent de sang-froid, et ont donc des réactions disproportionnées. Un autre problème tient moins à la formation qu’à la structure elle-même : les fréquentes bavures sont souvent couvertes, ou insuffisamment punies. Par exemple, des policiers avaient été filmés il y a quelques années, qui exécutaient des personnes derrière une camionnette, ou encore, il y a un mois, un corps a été traîné par une voiture de police… Mais tout cela est sans relation avec la Coupe du monde, c’est la vie quotidienne des très grandes villes brésiliennes.

L’émotion que suscitent ces bavures pourrait générer un climat d’exacerbation entraînant des manifestations hors de contrôle. Toutefois je ne crois pas trop à ce scénario. A mon avis la Coupe du monde se passera plutôt bien pour plusieurs raisons :

- Premièrement, lorsque les victimes sont pauvres ou noires, cela émeut beaucoup moins les médias que lorsqu'elles appartiennent aux classes moyennes ou qu’elles sont journalistes. L’an dernier, des millions de Brésiliens sont descendus dans la rue, en partie parce que ces bavures ont été exercées sur des journalistes. La presse brésilienne avait, par réflexe corporatiste, mis en avant l’événement. En l’occurrence, le fait divers qui nous occupe aujourd’hui n’est pas exploitable politiquement par les médias.

- Deuxièmement, les Brésiliens sont très fiers d’accueillir la Coupe du monde. Au moment des matchs, surtout lorsque ce sera le tour de leur équipe, les Brésiliens ne seront pas dans les rues pour manifester. Des collectifs manifesteront éventuellement, mais ils seront assez marginaux. Même des habitués des manifestations comme les Paysans sans terre appellent à ne pas manifester pendant la Coupe.

- Troisièmement, le Rio actuel ne ressemble pas au Rio de la Coupe du monde. J’entends par là que les forces de l’ordre prévues pour la Coupe du monde n’ont pas encore été déployées. La police habituelle sera renforcée par des effectifs venant de villes n’accueillant pas les matchs, ainsi que par l’armée fédérale. Et autant la police militaire est cordialement détestée, autant l’armée fédérale impose le respect. Si elle a une bonne image, c’est parce qu’elle participe beaucoup à l’ascenseur social du pays. Et on sait par avance que les touristes se concentreront dans le centre-ville, ce qui rend la chose tout à fait gérable. Ajoutons que lorsque le Brésil organise des événements de grande ampleur, la police et la justice s’entendent avec les trafiquants et les gangs pour que ces derniers calment temporairement leurs activités. C’est ainsi qu’on achète une situation moins violente. Une telle opération avait été mise en place en 1992 lors du Sommet de la Terre, avec une baisse significative de la violence quotidienne. Le procédé avait été renouvelé lors de la venue du pape. Cela en dit long sur les relations entretenues par les autorités avec la pègre.

Les Brésiliens, qui se plaignent de la vie trop chère, ont manifesté en masse ces derniers mois pour signifier leur mécontentement au sujet du coût de l'organisation de la Coupe, estimé à plus de 10 milliards. Quel est le climat social actuel ?

Les sources de mécontentement restent les mêmes, mais cela ne suffit plus à faire descendre les gens dans la rue. D’autant plus qu’au mois d’octobre les citoyens vont pouvoir renouveler leur présidence, les sénateurs et les gouverneurs. Les Brésiliens, qui n’ont pas la culture de la manifestation, vont ainsi pouvoir s’exprimer. Cette échéance permet donc de canaliser les mécontentements.

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