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Présidentielles 2012

J.-M. Le Pen : "Je préférerais un candidat de gauche face à Marine Le Pen"

Neuf ans après le séisme du 21 avril 2002, qui avait vu le président du Front national se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen est plus que jamais convaincu que les faits lui ont donné raison et que la droite et la gauche n'existent plus.

Atlantico : Neuf ans après le 21 avril, qui vous avait vu arriver au second tour face à Jacques Chirac, pensez-vous que le climat politique actuel vous doit quelque chose ?

Jean-Marie Le Pen : Sans doute ! Ce serait sans cela nier toute valeur à mon action, mais savoir en quoi et dans quelle proportion elle a manifesté son influence, c’est autre chose.

En neuf ans, les évènements, les faits, qui comme on le sait depuis Lénine sont têtus, ont évolué dans le sens prévu par nous, et ont évidemment entrainé une modification de l’opinion par rapport à la politique et au personnel politique.

Quelle est à vos yeux la différence entre la Droite populaire, la ligne incarnée par Claude Guéant, et Marine le Pen aujourd’hui ?

Il n’y a pas de ligne Guéant ! Pour les gens qui gouvernent, il n'y a que l'action qui peut définir une ligne. Or Monsieur Guéant pour l’instant se borne à faire des discours, des déclarations, dans le droit fil de celles dont Monsieur Sarkozy nous abreuve depuis plusieurs années. Sarkozy et ses prédécesseurs d’ailleurs !

Quant à la Droite populaire, elle fait partie de l’UMP, elle obéit à ses consignes, et il n’y a que dans le discours qu’elle se différencie un tant soit peu de la ligne générale. Ce sont des députés UMP sarkozystes.

Paul-Marie Couteaux appelle à passer des alliances avec le Front national pour les prochaines législatives. Êtes-vous favorable à des alliances avec la droite parlementaire ?

C’est difficile de se passer de 20 % de l’opinion, me semble-t-il, quel que soit le niveau électoral auquel on se place. Mais ce n’est pas au Front national à se définir par rapport aux autres, mais pourquoi pas aux autres par rapport au Front national. D’autant que le Front national s’adresse à l’opinion, aux électrices et aux électeurs, et pas aux partis. Que restera-t-il de ces partis après des évènements qui sont prévisibles, et à la suite des élections qui auront lieu, personne ne peut le dire.

Il n’y aura pas de programme commun [comme avec l’union de la gauche en 1981 NDLR], mais il peut y avoir des ralliements de gens qui accepteront qu’une partie importante de leur programme soit mis en œuvre par le Front national. Je crois qu’il y aura une explosion de la droite et de la gauche, d’ailleurs, elles sont tellement proches l’une de l’autre, la droite et la gauche parlementaires, qu’on a pu les qualifier d’UMPS, et par conséquent il n’est pas sûr que ce cadre institutionnel n’éclate pas sous le choc des évènements.


Marine Le Pen devrait-elle conserver votre côté « provocateur » pour espérer rééditer un 21 avril ? Ou bien au contraire normaliser le Front national ?

Je ne comprends pas ce que signifie le terme de « provocateur ». Est ce l’expression d’une opinion qui n’est pas conforme à celle de l’establishment ? C’est une expression anticonformiste ou des jugements anticonformistes ? Je crois qu’il n’y a pas de volonté provocatrice de ma part, simplement, c’est l’expression de ma pensée qui a pu parfois choquer des gens qui ne partageaient pas mes convictions. Quand à savoir si la stratégie conduite par Marine Le Pen est la bonne, c’est l’histoire qui nous le dira.

Le Front national est-il toujours un parti d’extrême droite avec Marine Le Pen à sa tête ?

Qu’est ce que l’extrême droite ? Tout dépend l’acception que l’on donne à ce terme. Si c’est son acception de géographie parlementaire, on peut admettre très bien que nous soyons considérés à la droite des modérés, oui, pourquoi pas. Cela étant, j’avais eu l’occasion au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 de dire que je me sentais économiquement de droite, socialement de gauche, et nationalement de France.

A la vérité, il n’y a plus de droite et de gauche. Il y a je crois essentiellement une division entre les mondialistes et les autres, ou entre les mondialistes, les euro-mondialistes et les nationalistes. Nous sommes ceux qui pensons que la Nation reste même au XXIe siècle, la forme la plus accomplie de défense de la liberté, de la sécurité, de la prospérité de l’identité et de la culture d’un peuple. Les expériences exogènes qui ont été faites semblent vouées à l’échec. Par conséquent, lorsque l’on s’est trompé de route, il ne faut pas avoir honte de revenir à la bonne.

Si vous deviez parier sur la réédition d'un 21 avril en 2012, qui joueriez-vous ?

Personnellement, je préfèrerais que Marine Le Pen soit opposée à un candidat de gauche, cela lèverait un certain nombre d’équivoques. Si j’avais moi été en face de Lionel Jospin en 2002, cela eut été différent. Mais comme Jacques Chirac était un homme de gauche, même si ses apparences étaient de droite -on se souvient qu’il a été un militant communiste dans sa jeunesse- ses positions étaient suffisamment floues pour qu’il puisse recevoir le suffrage de beaucoup de gens, y compris ceux qui mettaient une pince à linge sur le nez et des gants pour voter pour lui.

Mais on ne refait pas l’histoire, on ne va pas refaire 2002, on va faire 2012. Ce n’est plus Jean-Marie Le Pen, c’est Marine Le Pen, et Marine Le Pen sera au deuxième tour et j’espère même qu’elle sera au troisième.

Quel souvenir gardez vous du 21 avril 2002 ?

La tête de mes adversaires était assez drôle à voir ! Comme moi je m’attendais à ma qualification, je n’en ai pas été très étonné, en revanche j’étais grave, car je pensais comme un certain nombre de gens d’ailleurs, qu’il pouvait y avoir une déferlante de ce qu’ils appellent le populisme. Je m’apprêtais à la réalisation de l’hypothèse de la victoire, et par conséquent, cela ne manquait pas de me donner quelques soucis. Maintenant, à 20h01, c’était assez plaisant de voir les mimiques attristées de mes adversaires. Ce qui ne pouvait que me réjouir : il faut bien que l’on trouve un peu de plaisir dans l’exercice de cette mission difficile !

Marine Le Pen aura du mal à recueillir les 500 signatures ?

Je pense qu’elle devrait obtenir plus facilement le soutien des maires, encore que nous avons suggéré en vain que cette  liste soit secrète sous le contrôle d’un aréopage de magistrats. Cela a toujours été promis ou esquissé, mais cela n’a jamais été fait, pour une raison très simple : l’avantage dont disposent les deux grands partis sur les autres candidats est tellement écrasant qu’ils ne veulent pas se départir de cet avantage. 

Que pensez vous des déclarations de Robert Ménard et de son livre "Vive le Pen !"

Robert Ménard est je crois un homme libre. Il y a un certain nombre d’hommes et de femmes libres qui se révèlent, et ne se croient pas tenus par le respect de la pensée unique. Sans être -quelques fois très loin de là- des nôtres, ils disent ce qu’ils pensent. Cela choque beaucoup dans l’assemblée des dévots qui regardent cela d’un air épouvanté. Ils sont de plus en plus nombreux, ceux à qui le poids de la pensée unique devient insupportable ! Maintenant, ceux qui font des listes, en les désignant, en disant « ils servent la soupe à Le Pen » c’est la dénonciation de l’Ami du Peuple pendant la Révolution.

Dans 10 jours, nous serons le 1er mai, et pour la première fois ce ne sera pas vous qui prononcerez le discours devant les militants du Front national…

(rires) Vous savez, je crois que dans l’avenir, ce sera de plus en plus probable ça ! Maintenant, Jean-Marie Le Pen est dans la bataille, il est député européen, il est conseiller régional et président de son groupe en Provence Alpes Côte d’Azur, il est président d’honneur du Front national et en charge d’un certain nombre de missions particulièrement importantes. Toujours aussi vert !

Propos recueilis par Jean-Baptiste Giraud

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