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Une bonne partie de la presse de gauche a dénoncé le manque de "déontologie" d’Atlantico.
Une bonne partie de la presse de gauche a dénoncé le manque de "déontologie" d’Atlantico.
©DR

Tartuffe et Cie

Le "Mur des cons", cette fissure dans la chape de plomb idéologique que nous a imposée la gauche pendant 60 ans

L'affaire du "Mur des cons" prend une nouvelle ampleur alors que Libération révélait en fin de semaine que le présumé auteur de la vidéo publiée par notre rédaction était un journaliste de France 3. Une manœuvre encore une fois révélatrice des contradictions idéologiques d'une gauche en mal d'arguments...

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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Atlantico : Alors qu’une bonne partie de la presse de gauche a dénoncé le manque de « déontologie » d’Atlantico lors de la publication de la vidéo du "Mur des cons", cette dernière n’a pas hésité à publier des informations privées sur l’origine de l’affaire. Cette réaction n’est-elle pas paradoxale, sinon contradictoire ?

Denis Tillinac : Cela prouve que la gauche dénonce la délation quand ça l’arrange. Elle la promeut même volontiers et n’hésite pas à violer le secret de l’instruction d’affaires judiciaires lorsqu’elle y trouve son compte. Lorsque l’on regarde les méthodes de Médiapart, aujourd’hui encensées par beaucoup, on se demande qui aurait le plus besoin d’une auto-critique en la matière. Dans un autre registre, il n’y a qu’à voir ce qui se passe actuellement avec l’émergence d’une idéologie de la transparence (publications des patrimoines, NDLR) qui s’avère n’être qu’une obscénité du voyeurisme remettant en cause les équilibres de l’inconscient collectif. Une société a par définition besoin de préserver l’intime, de conserver des zones de clair-obscur pour assurer son bon fonctionnement. Or, on voit bien que la gauche est aujourd’hui partisane du grand déballage, tant qu’on ne déballe rien qui puisse la déranger… Visiblement ce n’était pas le cas avec le "Mur des cons".

J’ajouterais que nous ne sommes pas dans ce cas précis face à une violation de l’intime (vie privée), puisque la vidéo en question a été sortie des locaux d’un grand syndicat de magistrats dont la responsabilité publique est évidente. Il s’agit ici de démontrer la coloration de plusieurs corps publics qui sont devenus au fils des ans de banals outils idéologiques dont l’impartialité est tout sauf effective.

La publication des informations de Libération sur l’auteur des images ne permet-elle pas par ailleurs d’éviter une remise en cause du fonctionnement du Syndicat de la Magistrature (SM) ? Est-on en plein enfumage médiatique ?

Absolument, mais je dirais que l’enfumage fonctionne de moins en moins bien. Nous sommes arrivés à une époque où la contestation du « soixante-huitardisme » est devenue tellement forte que ces vieilles stratégies moralistes ne peuvent plus fonctionner. Autrement dit, on assiste au crépuscule de la prépondérance intellectuelle de la gauche, et le climat dans lequel baignent des instituts comme l’Ecole de la Magistrature, les syndicats étudiants, journalistiques ainsi que de grandes écoles comme Sciences Po. Une autre France est en train de se réveiller aujourd’hui et elle a décidé de ne plus croire à cette rhétorique. Le roi idéologique est aujourd’hui nu, et n’est d’ailleurs même plus désirable. La révélation de ce "Mur des cons" est, dans ce contexte, tout à fait opportune et révélatrice d’une nouvelle tendance. La démonologie ambiante n’a aujourd’hui plus le même impact qu’auparavant, et il faut espérer que cela perdure. Les temps changent et la droite doit absolument profiter de ce changement pour refuser les décrets de respectabilité que lui a imposé la gauche pendant 60 ans. Les accusations de « droite dure » mêlées aux bons points décernés à la « droite républicaine » n’ont plus leur place à l’heure actuelle.

Libération, Syndicat National des Journalistes… tous ces organes qui soutiennent le Syndicat de la Magistrature ne sont-ils pas la preuve que l’idéologie prend aujourd’hui le pas sur le principe même de fonction publique ?

Oui et ce n’est pas nouveau ! On peut prendre du recul et se rendre compte, lorsque l’on regarde l’histoire des syndicats d’avant-guerre, que cette mainmise idéologique est déjà quelque chose de fortement installée. Si aujourd’hui le SNJ est imprégné des idées de gauches c’est parce qu’en amont les écoles de journalistes le sont tout autant, il en va de même d’ailleurs pour les écoles de magistrats. Comme toujours, les copains défendent les copains. Il serait ainsi, selon moi, louable pour remédier à ce climat d’empêcher les magistrats de former des syndicats comme c’est le cas dans l’armée, étant donné l’importance du pouvoir régalien qui leur est confié.

Jean-Luc Mélenchon a apporté hier son soutien au SM au nom de la « liberté d’expression ». Un tel positionnement n’est-il pas contradictoire, dans le sens où l’on refuse ainsi implicitement le droit d’informer sur d’éventuelles dérives républicaines ?

Absolument, et c’est bien révélateur du fait que la gauche pédale dans la semoule avec cette affaire : on défend la liberté d’expression tout en déniant le droit à l’adversaire de défendre ses idées. L’argumentation rationnelle est un doux mirage qui semble avoir disparu de notre débat public, ce dernier ayant été accaparé par des sectes idéologiques qui défendent leurs acquis bec et ongles avant tout. 

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