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Le nombre total d'individus composant la classe moyenne augmente à toute vitesse.
Le nombre total d'individus composant la classe moyenne augmente à toute vitesse.
©Flickr/Abode of Chaos

Bonnes feuilles

Le monde en 2030 : l'incroyable expansion des classes moyennes

Selon la CIA, le nombre total d'individus composant la classe moyenne dans le monde pourrait passer de 1 milliard environ, comme c'est le cas actuellement, à plus de 3 milliards de personnes en 2030. Extrait de "Le monde en 2030 vu par la CIA" (1/2).

Les classes moyennes de presque tous les pays en développement sont vouées à progresser énormément au cours des 15-20 prochaines années, tant en valeur absolue qu’en pourcentage de la population pouvant prétendre à un statut de classe moyenne. Même les modèles les plus conservateurs envisagent que le nombre total d’individus composant la classe moyenne dans le monde passera de 1 milliard environ, comme c’est le cas actuellement, à plus de 2 milliards d’individus. D’autres envisagent même une croissance encore plus importante de la classe moyenne mondiale qui pourrait atteindre les 3 milliards de personnes en 2030. Toutes les analyses que nous avons examinées suggèrent que la croissance la plus rapide de la classe moyenne se produira en Asie, l’Inde devançant sensiblement la Chine sur le long terme. Selon la Banque asiatique de développement, si la Chine "atteint le nouvel objectif consistant à accroître les dépenses des ménages au moins aussi rapidement que le PIB, la classe moyenne explosera", "la classe moyenne représentera alors 75 % de la population chinoise et la pauvreté correspondant au seuil de 2 dollars par jour sera substantiellement éradiquée". Dans son étude sur la classe moyenne mondiale, Goldman Sachs a souligné que même si on ne prend pas en compte la Chine et l’Inde "l’accession de nouvelles personnes à la [classe moyenne] resterait plus importante que ce que le monde a connu pendant des décennies". Plusieurs études prévoient que le taux de croissance de la classe moyenne dans les pays africains sera plus rapide dans les pays à développement rapide qu’ailleurs, mais la base est encore très faible.

Définir un seuil pour déterminer si une personne appartient à la classe moyenne ou sort de la pauvreté est difficile, notamment parce que les calculs reposent sur la parité du pouvoir d’achat. La plupart des personnes qui appartiendront à la classe moyenne en 2030 seront dans la partie basse de la catégorie. Selon les critères occidentaux, le revenu par habitant de ces nouvelles classes moyennes les classera encore dans la catégorie "pauvres" quand bien même ils auraient commencé à revêtir les atours de la classe moyenne. La croissance du nombre de personnes appartenant à la moitié supérieure de cette nouvelle classe moyenne – qui sera vraisemblablement plus proche des critères occidentaux définissant la classe moyenne – sera très importante, passant de 330 millions d’individus en 2010 à 679 millions en 2030. Nombre des futurs leaders mondiaux seront probablement issus de cette catégorie.

Cette croissance rapide de la classe moyenne entraîne des conséquences importantes. La demande de biens de consommations, notamment les voitures, progresse significativement avec l’expansion de la classe moyenne. L’étude de Goldman Sachs a révélé que les contraintes en matière de ressources seront "sans doute plus sévères qu’elles ne l’étaient à la fin du XIXe siècle en Europe et aux États-Unis" lorsque les classes moyennes ont également réalisé des bénéfices énormes.

[...]

Avec l’expansion de la classe moyenne, les inégalités de revenus – qui sont une des caractéristiques frappantes dans les pays en développement et en pleine ascension – peuvent avoir tendance à se réduire dans le monde en développement. Même si le coefficient de Gini, utilisé pour mesurer les inégalités, décroît dans nombre de pays en développement, il est encore peu vraisemblable qu’il se rapproche de celui de nombre de pays européens, tels que l’Allemagne ou la Finlande, dans lesquels les inégalités sont relativement faibles. "Toutes les analyses que nous avons examinées suggèrent que la croissance la plus rapide de la classe moyenne se produira en Asie, l’Inde devançant sensiblement la Chine sur le long terme."

Cela dit, un sentiment de grande inégalité perdurera, en particulier entre les habitants des zones urbaines et rurales, ce qui entraînera davantage de migrations des citoyens ruraux vers les villes en quête d’opportunités économiques. Leurs chances de s’enrichir seront considérablement accrues dans les villes, mais l’augmentation de la migration vers les zones urbaines entraînera au minimum l’expansion des bidonvilles et de la pauvreté. Si les personnes appartenant nouvellement à la classe moyenne rencontrent des difficultés pour conserver leur nouveau statut et se trouvent de nouveau sur la voie de la paupérisation, ils feront pression sur les gouvernements pour réclamer du changement. Historiquement, les grandes attentes qui n’ont pas été comblées ont été un puissant moteur d’instabilité politique.

La hausse du nombre global de personnes appartenant à la classe moyenne dans le monde masque les pressions grandissantes sur la classe moyenne dans les économies occidentales. La part de consommateurs américains issus de la classe moyenne dans la classe moyenne mondiale se réduira et se trouvera écrasée par la vague de nouveaux consommateurs de classe moyenne dans le monde en développement. Le ralentissement de la croissance économique dans beaucoup de pays de l’OCDE donnera l’impression d’une classe moyenne occidentale qui lutte et rencontre également une plus grande concurrence sur le marché de l’emploi qui s’internationalise à pas de géant, y compris pour les postes qui requièrent une haute qualification. Certaines prévisions, par exemple, envisagent que la consommation des classes moyennes en Amérique du Nord et en Europe progressera seulement de 0,6 % par an dans les vingt prochaines années. En comparaison, les dépenses des consommateurs des classes moyennes asiatiques pourraient augmenter de 9 % par an d’ici à 2030, selon les estimations de la Banque asiatique de développement.

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Extrait de "Le monde en 2030 vu par la CIA" (Editions des Equateurs), 31 janvier 2013

 

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