Le mirage des emplois verts<!-- --> | Atlantico.fr
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Madame Batho nous promet « 100 000 emplois verts d’ici 2016 ».
Madame Batho nous promet « 100 000 emplois verts d’ici 2016 ».
©Reuters

Illusion

Les emplois verts générateurs d'emplois et de croissance sont plébiscités comme une des issues à la crise. Mais que recouvrent-ils exactement et quel est le résultat de leurs mise en place ?

Rémy Prud'homme et Karine Léger

Rémy Prud'homme et Karine Léger

Rémy Prud'homme est économiste et professeur de l'Institut d'urbanisme de Paris.

Karine Léger est adjointe au directeur d'Airparif, association de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France.

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La ministre de l’Ecologie, Madame Batho, nous promet « 100 000 emplois verts d’ici 2016 ». Elle est plus modeste que M. Borloo qui affirmait, avec l’aval du Boston Consulting Group, que le Grenelle de l’Environnement allait créer 600.000 emplois durables dans le développement durable. On les cherche vainement dans l’évolution des chiffres de l’emploi et du chômage en France. Les ministres changent, mais ils caressent les mêmes chimères. Ces promesses, qui n’engagent que ceux qui les croient, reposent sur deux tours de passe-passe sémantiques.

Le premier concerne la notion même d’emplois verts, ou écologiques. Le programme des Nations-Unies pour l’environnement les définit comme « les emplois dans l’agriculture, l’industrie, la recherche, l’administration ou les services qui contribuent à préserver ou à restaurer la qualité environnementale ». On peut y faire rentrer à peu près n’importe quoi : les vendeurs d’éoliennes, la plupart des agriculteurs, tous les éboueurs, les brocanteurs, les jardiniers, les cantonniers et autres nettoyeurs des rues, les égoutiers, les architectes, les marchands d’eau, les peintres en bâtiment, les fabricants de bicyclettes peut-être, les certificateurs et auditeurs de tout poil sûrement. Un concept aussi flou et élastique ne se prête à aucune mesure sérieuse, et n’existe d’ailleurs pas dans les nomenclatures statistiques françaises ou européennes.

On notera qu’une bonne partie de ces emplois verts, généralement présentés comme des emplois d’avenir, existent depuis des siècles, et sont au moins autant des emplois du passé. C’est le cas des agriculteurs (qui contribuent certainement à préserver la nature) ; si on les inclut, on dira que le nombre des emplois verts diminue régulièrement, en valeur relative et même absolue, depuis plusieurs siècles.

Le second tour de passe-passe concerne la notion de « création » d’emplois. La plupart des emplois verts de Mme Batho ou de M. Borloo sont des emplois « publics », directement générés par des obligations réglementaires ou par des dépenses administratives. L’activité dans la rénovation thermique, et les emplois qu’elle crée, résulte uniquement de prescriptions gouvernementales qui s’imposent aux propriétaires ou aux promoteurs. De même, l’activité dans l’électricité solaire, et les emplois qu’elle crée, n’existe qu’à cause des lourdes subventions dont elle bénéficie (sous la forme d’obligations d’achat à des prix très élevés). Mme Batho ne s’y trompe pas, qui envoie une lettre à tous ses collègues ministres pour leur demander d’engager les dépenses ou de prendre les règlements qui permettront de créer ses 100 000 emplois verts d’ici 2016. Si ces mesures sont prises (ce qui n’est rien moins que certain dans la conjoncture actuelle), alors il est tout-à-fait possible qu’il en résulte 100 000 emplois.

Mais il s’agit-là d’une demi-vérité, qui finit par devenir un vrai mensonge. D’où vient en effet l’argent qui rémunère ces employés verts ? Des consommateurs qui payeront leur logement ou leur électricité plus cher. Des contribuables qui payeront davantage d’impôts pour financer les dépenses environnementales publiques. Comme les revenus des consommateurs-contribuables ne sont pas extensibles, ceux-ci vont réduire leurs dépenses de consommation. Ils vont acheter moins de meubles, de livres ou de carottes – et détruire des emplois dans les industries du meuble, du livre ou de la carotte. Des 100.000 emplois bruts créés dans le vert, il faut déduire les emplois annihilés ailleurs par la diminution de revenu causée par le mode de financement de ces emplois, afin d’obtenir le nombre des emplois nets créés par le vert. En première analyse, l’ordre de grandeur des emplois détruits est voisin de celui des emplois bruts, et le nombre des emplois nets est proche de zéro.

On entend et on lit tous les jours que nos gouvernants vont par leurs actions et leurs dépenses « créer » des milliers d’emplois. D’une façon générale (il y a des exceptions), la dépense publique ne crée aucun emploi net, et dans beaucoup de cas elle en détruit. S’il en allait autrement, la France, championne du monde de la dépense publique, n’aurait plus aucun chômeur depuis longtemps. On sait bien, hélas, qu’il n’en est rien. Bien entendu, tout cela ne condamne pas nécessairement la dépense et l’intervention publiques en général, et environnementales en particulier. Ces actions ont pour effet de modifier la structure des activités et des emplois, et parfois leur volume, dans des directions qui peuvent – ou non – être ou être considérées comme désirables. Mais cela condamne les affirmations simplistes, et trompeuses ; et cela invite à remplacer les conclusions idéologiques générales par des analyses socio-économiques particulières.      

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