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Le jeûne intermittent est à la mode mais quel effet pour votre santé ?
©REMY GABALDA / AFP

Pratique alimentaire

Le jeûne intermittent est à la mode mais quel effet pour votre santé ?

Faire un jeûne intermittent aurait de nombreux bénéfices pour la santé notamment la perte de poids ou encore l'amélioration de certaines maladies chroniques.

Jean-Daniel Lalau

Jean-Daniel Lalau

Jean-Daniel Lalau est médecin, professeur de nutrition au CHU d'Amiens, docteur en sciences et en philosophie.

Il est l'auteur des livres En finir avec les régimes (éditions François Bourin) et Hospitalité - Je crie ton nom (éditions Chronique sociale). 

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Atlantico : Faire un jeûne intermittent aurait de nombreux bénéfices pour la santé notamment la perte de poids ou encore l'amélioration de certaines maladies chroniques. En quoi consiste-t-il exactement ? 

 
Jean-Daniel Lalau : L’équilibre, c’est l’équilibre ! On connaît très bien les méfaits d’une alimentation trop riche, et on sait très bien que quand on réduit l’apport énergétique chez l’animal, on peut allonger sa durée de vie. Pourquoi ? Parce que l’oxygène est un poison ! Entendons-nous : quand l’alimentation est trop riche, on mobilise trop d’oxygène, de l’oxygène pour transformer (pour oxyder) les nutriments, pour pouvoir disposer alors de l’énergie issue de ces aliments. Ce processus oxydatif excessif a des effets particulièrement délétères, avec la production de ce que l’on appelle les « espèces réactives de l’oxygène », lesquelles sont de véritables bombes à retardement. Elles vont notamment altérer les liaisons entre les atomes des graisses, avec un effet de cascade, les graisses altérées altérant à leur tour d’autres graisses. Et ce, jusqu’à l’intervention sanitaire des anti-oxydants. Or, toutes nos cellules sont bordées de lipides ; et les lipides altérés, c’est la porte ouverte à l’inflammation, puis aux grandes maladies chroniques que sont l’athérosclérose, les cancers, sans doute aussi la maladie d’Alzheimer, etc.
 

Quels repas privilégiés et quels repas sauter ? 

 
Cela ne s’énonce pas forcément en termes de tel ou tel repas, un repas dont le retrait serait plus bénéfique qu’un autre ; l’idée est plutôt la restriction (importante) sur l’ensemble de la journée, ou même concernant carrément les 3 repas de la journée. Un seul repas sauté, pour nous, nutritionnistes ; ce n’est pas véritablement un jeune. 
 
 

Quels sont les réels bénéfices du jeûne intermittent ? Faut-il le privilégier à un régime "habituel" ? Est-il contre-indiqué pour certains individus ?

Force est de considérer qu’il y a un décalage considérable entre la vogue et la diffusion de ce régime, et les données scientifiques objectivant des avantages chez les adeptes d’une telle pratique. La presse non spécialisée à ce sujet regorge de mots savants, tels que « homéostasie », ou un peu « valises », tels que « toxines », « digestion perpétuelle », etc., pour marquer les esprits, embarquer la conviction, mais sans apporter d’éléments de preuve pour autant. Il est évident que si on réduit de façon intermittente l’apport énergétique dans une alimentation déséquilibrée, trop riche en gras et/ou en sucres, on peut attendre des avantages, sur le poids, la sécrétion d’insuline, et exercer au bout du compte une prévention quelque peu des grandes maladies chroniques liées à ces excès. A quoi il faut aussi ajouter un avantage psychique : le fait de se sentir capable de « maîtriser » son corps, plutôt que de subir la loi d’airain de la grande consommation ; voire vivre une ascèse en quelque sorte.

 

Toujours est-il que les études randomisées comparant une population avec l’alimentation habituelle (pas forcément équilibrée !) et une autre suivant le jeûne intermittent sont très rares, et à ma connaissance il n’y en a pas avec l’alimentation équilibrée comme comparateur. Et il n’y en aura sans doute jamais, parce que c’est de la plus grande difficulté à réaliser. De sorte que l’on ne saura sans doute… jamais. Ce qui n’empêchera pas de continuer à écrire sur le sujet…

On peut par contre identifier des contre-indications, et ce dans deux cas de figure : une contre-indication d’ordre physiologique, chez la femme enceinte et quand on peut repérer des marqueurs de biologiques témoignant d’un état de dénutrition, par régime trop restrictif et/ou en cas de malabsorption (taux sanguins bas de : albumine, préalbumine, etc.), et une autre psychologique : dans ce que l’on pourrait appeler « l’orthorexie », à savoir la volonté à tout crin de s’alimenter le mieux possible mais avec une véritable obsession à ce sujet, une obsession altérant au bout du compte la qualité de vie.

Il ne faudrait tomber dans cette mauvaise dialectique où soit on mangerait « n’importe quoi », on profiterait de tout, mais avec une vie courte à la clé ; soit on ferait attention à tout ce que l’on mangerait, et alors avec une vie longue mais triste… à mourir !

 

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