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Le FN à l’épreuve des Le Pen : comment la guerre larvée entre Marine et Marion pourrait lourdement handicaper le parti en 2017
©Reuters / Philippe Wojazer

Affaires familiales

Le FN à l’épreuve des Le Pen : comment la guerre larvée entre Marine et Marion pourrait lourdement handicaper le parti en 2017

Alors que 2017 pointe à l'horizon, les deux femmes tentent d'adoucir autant que possible leurs divergences idéologiques et politiques... En tout cas sur la place publique. Une situation qui pourrait laisser peu de place à la coopération pourtant nécessaire en vue de la campagne présidentielle.

Bruno Larebière

Bruno Larebière

Journaliste indépendant, spécialisé dans l’étude des droites françaises, Bruno Larebière a été durant dix ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire Minute. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Jean-Paul II (éd. Chronique, 1998) et De Gaulle (éd. Chronique).

Il prépare actuellement un ouvrage sur Les Droites françaises vues de droite (parution 2017).

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Atlantico : Plusieurs incidents ont émaillé dernièrement les relations entre Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen. Dernier en date, alors que le Front national s'est positionné contre l'ensemble de la loi Travail qui "précarisera les salariés" selon une note interne, la député du Vaucluse a déposé avec Gilbert Collard 25 amendements visant à orienter le texte dans un sens plus libéral. Un conflit ouvert entre les deux femmes pourrait-il éclater avant la présidentielle ? Dans quel état d'esprit sont-elles actuellement ?

Bruno Larebière : La ligne du Front national sur la loi Travail va bien au-delà de l’opposition à un texte qui précariserait les salariés. La note interne dont vous parlez, due au directeur de cabinet de Florian Philippot – lequel dénonce un texte « infâme » –, voit, dans le projet de loi El Khomri, un « condensé scandaleux de recommandations européennes qui précarisera les salariés ». Une autre note, diffusée quelques semaines plus tôt, expliquait : « Le gouvernement français est mené à la baguette par la Commission européenne et il ne faut pas chercher plus loin les raisons de son obstination sur la loi Travail. » Pour le Front national, en fait, le combat n’est donc pas tant contre cette loi Travail que contre la cause de celle-ci, qui serait la soumission des dirigeants français à une Union européenne vue comme « ultra-libérale » et dictatoriale.

Si Marion Maréchal-Le Pen s’est distinguée sur ce texte, c’est d’abord parce qu’elle est partie d’un raisonnement inverse : plutôt que de considérer que tout ce qui procède – ou procéderait – de l’Union européenne est a priori haïssable, elle s’est demandée quelles étaient les attentes des PME, qui sont les premières créatrices d’emploi.

D’où des amendements qui, selon elle, répondaient aux demandes des entrepreneurs, et dont on peut en effet dire qu’ils allaient dans un sens « plus libéral » que le texte actuel, puisqu’on y trouvait la possibilité pour les patrons de PME « de mettre en place une répartition de la durée de travail sur 16 semaines à défaut d’un accord d’entreprise », l’extension du forfait-jour « aux PME par simple accord entre l’employeur et son salarié afin de déroger aux 35 heures », la réduction des heures de délégation à la disposition des délégués syndicaux, le relèvement du seuil (de 20 à 50 salariés) à partir duquel les entreprises sont contraintes de se doter d’un règlement intérieur, la défiscalisation des heures supplémentaires, la suppression du compte de pénibilité, etc.

Marine Le Pen lui ayant demandé de retirer ces amendements, ou plutôt de ne pas les déposer en prévision de la deuxième lecture du texte à l’Assemblée nationale, elle l’a fait. Et elle l’a fait sans protester. Puisque vous me demandez son état d’esprit, je dirais qu’elle est résignée. Résignée à ce que la ligne du parti, telle qu’elle est fixée aujourd’hui, s’impose jusqu’à la présidentielle, quand bien même considère-t-elle que c’est une erreur, tant sur le plan économique que sur le plan politique.

Tout ceux qui parient sur un « conflit ouvert » entre la présidente du Front national et l’élue du Vaucluse avant la présidentielle de 2017 s’illusionnent. A moins d’un an du scrutin, Marion Maréchal-Le Pen ne fera rien qui pourrait nuire à la candidature de Marine Le Pen ou même qui pourrait être perçu comme étant susceptible de lui nuire. Elle est et elle sera un « bon petit soldat ». Elle lui a seulement fait comprendre qu’elle n’entendait pas avoir un rôle de premier dans la campagne présidentielle, ce qui lui évitera d’avoir à défendre des positions qui ne sont pas les siennes.

Pendant l’année qui vient, elle déroulera donc tout le pan du discours frontiste avec lequel elle est en phase, tout en continuant à faire entendre sa petite musique personnelle sur les points qui lui tiennent à cœur mais en évitant de se trouver trop en porte-à-faux par rapport au discours officiel. Car elle sait très bien qu’à l’heure du bilan, après la présidentielle, si la présidente du Front national n’en sort pas vainqueur, il lui serait reproché d’avoir porté tort à la candidate. C’est un numéro d’équilibriste mais depuis maintenant quatre ans, elle y est rodée.

En quoi ces différences de lignes et de stratégies politiques peuvent-elles être préjudiciables à la campagne présidentielle du Front national ? Marine Le Pen vous semble-t-elle disposée à faire des concessions à sa nièce pour s'assurer du vote de l'aile libérale-conservatrice de l'électorat frontiste, incarnée par Marion Maréchal Le Pen ?

Marine Le Pen n’est pas dans la culture de la concession et, de toute façon, la question n’est pas là. De récentes déclarations de Marine Le Pen et même de Florian Philippot – sur les contacts entre Marion Maréchal-Le Pen et Philippe de Villiers par exemple – ont montré que tous deux ont décidé de prendre leur parti des manifestations par Marion Maréchal-Le Pen de ses spécificités, considérant que, tout compte fait, elles peuvent permettre d’amadouer une part de l’électorat à laquelle, eux-mêmes, ne savent pas parler – à condition, bien sûr, qu’elle n’aille pas trop loin et sans que cela puisse influer sur la ligne fixée qui n’intègre aucune des composantes essentielles du « libéral-conservatisme ».

Mais au-delà de cela, la campagne présidentielle de Marine Le Pen se jouera sur la tonalité qu’elle lui donnera : sur le thème central qu’elle choisira, sur sa capacité à l’imposer comme thème principal de la campagne présidentielle et sur sa recevabilité par les Français.

Au lendemain du Brexit, dans une conférence de presse tenue au siège du Front national, Marine Le Pen a affirmé que « l’Europe sera au cœur de la prochaine campagne présidentielle ». Vingt-quatre heures plus tard, Nicolas Sarkozy était au conseil national du CNIP, le Centre national des indépendants et paysans, où il a déclaré que la présidentielle se jouerait… sur l’identité. Son propos fut accompagné de formules comme il en a le secret, du type : « La France est le produit de la royauté et de l’Église », ou : « Tous, nous devons apprendre nos ancêtres les Gaulois. » Une campagne présidentielle, c’est un thème central, jamais deux. Alors, l’identité nationale ou l’Union européenne ?

Je pense, pour ma part, que choisir comme thème l’Union européenne est une erreur politique majeure. Marine Le Pen le justifie de deux façons : d’une part par le fait que « la politique n’est qu’opérette tant que la souveraineté n’existe pas réellement », ce qui exact ; d’autre part par le fait que « l’Union européenne […] est la pierre angulaire de toutes les crises que nous connaissons », dans une sorte de reductio ad bruxellum qui est devenue la grille d’analyse du FN. L’UE, c’est le Grand Satan, et sortir de l’UE serait le remède à tous les problèmes.

Or, cette affirmation, qui renvoie aux divergences d’appréciation sur la loi El Khomri, ne me semble pas du tout en phase avec les aspirations des Français. Deux sondages viennent l’établir : l’un, réalisé par TNS Sofres pour RTL, indique que seuls 33 % des Français sont favorables à un « Frexit » (45 % y étant opposés et les autres étant indécis) ; l’autre, réalisé par BVA pour Orange et la presse régionale, indique que les motivations de l’intention de vote pour Marine Le Pen sont l’immigration (à 92 % !), la crise des migrants (à 90 %) et le terrorisme (à 83 %).

Dans ce contexte, décider d’axer sa campagne présidentielle sur l’Union européenne me semble suicidaire. Marion Maréchal-Le Pen me paraît bien plus en phase avec l’électorat réel et potentiel du FN lorsqu’elle se définit comme « de droite, souverainiste, identitaire, attachée à l’identité de mon pays ».

Pour en revenir précisément à votre question, ce ne sont pas les « différences de lignes et de stratégies politiques » qui peuvent être préjudiciables à Marine Le Pen, c’est Marine Le Pen, si elle persiste à vouloir placer l’Union européenne au cœur de sa campagne.

Cette division touche-t-elle l'ensemble des cadres du parti ? Entre Marion Maréchal-Le Pen et sa tante, dans quel sens la balance penche-t-elle aujourd'hui au sein du Front national ?  

L’affaire des amendements parlementaires sur la loi Travail est à cet égard instructive. Elle a montré un aspect qui n’a pas été souligné : la fracture politique entre la direction du Front national et ses parlementaires. Le FN n’a que quatre parlementaires, deux députés et deux sénateurs, et tous les quatre ont soutenu des amendements qui ont été refusés par Marine Le Pen ! On parle de frondeurs quand une partie des parlementaires socialistes se démarque du gouvernement, quel terme faut-il employer quand la totalité des parlementaires frontistes se démarque de la direction du Front national ?

La différence est que, au Front national, quand le chef a parlé, on rentre dans le rang. Mais sur le fond ? De plus, ces amendements avaient été préparés en étroite concertation avec les cercles économiques qui gravitent dans l’orbite de Marine Le Pen via le Rassemblement Bleu Marine. Sur le plan économique, Florian Philippot a beau dire que l’électorat FN est opposé à la loi El Khomri, l’appareil du parti voit surtout que le Front national est toujours dans une logique étatiste et que les signaux qui sont donnés aux chefs d’entreprise sont calamiteux.

Jean-Claude Martinez, ancien vice-président du FN jusque 2008, a récemment déclaré que Marine Le Pen "vivra avec Marion ce qu'elle a fait endurer à son père" après la présidentielle (voir ici). Quelles sont les différentes options qui s'ouvrent à Marion Maréchal Le Pen pour l'après-2017 suivant les différents cas de figure possibles concernant les résultats du FN à la présidentielle ?

Je ne cesse de répéter qu’il est beaucoup trop tôt pour faire quelque pronostic que ce soit sur la prochaine élection présidentielle et je n’entends pas déroger pas à cette ligne de conduite, a fortiori pour imaginer une après-présidentielle au sein du Front national, dans la mesure où elle dépendra certes des résultats obtenus par Marine Le Pen mais aussi des conditions dans lesquelles ceux-ci auront été obtenus.

A cette heure, que sait-on ? Que Marine Le Pen sera candidate et qu’il est probable que Nicolas Dupont-Aignan le sera également. Et c’est tout ! On ignore tout le reste, à savoir, excusez du peu : qui sera le candidat désigné par la primaire dite « de la droite et du centre » ; combien il y aura de candidats « de la droite et du centre » dans la mesure où François Bayrou entend se présenter si c’est Nicolas Sarkozy qui l’emporte et où, si c’est Alain Juppé qui est désigné, rien n’assure qu’il ne se verra pas opposer de concurrent issu de l’aile droite des Républicains – sans parler des nombreux postulants, tel Henri Guaino, qui ont déjà annoncé qu’ils n’excluaient pas de se présenter quel que soit le résultat de la primaire.

A cela, il faut ajouter que la candidature de François Hollande n’est pour l’heure que probable, que rien ne dit que s’il est désigné par la primaire de la gauche gouvernementale, il fera l’unanimité et ne se trouvera pas concurrencé par un candidat issu du Parti socialiste, que Jean-Luc Mélenchon est certes déjà entré en campagne mais qu’il lui faut encore obtenir ses parrainages, et qu’il n’est pas exclu que sorte finalement un candidat écologiste.

Dans une équation à tant d’inconnues, on en est réduit à commenter des sondages qui ne prennent en compte aucun de ces paramètres – et pour cause ! – et qui ne peuvent pas plus intégrer les événements qui vont survenir et qui peuvent intervenir jusqu’au dernier moment. S’il y a trois cents morts au printemps 2017, il se passe quoi ?

Aujourd’hui, Marine Le Pen est donnée qualifiée pour le second tour, avec autour de 30 % au premier tour, et battue au second tour. Mais tout, absolument tout est possible : que cette hypothèse se vérifie, mais aussi qu’elle soit élue présidente de la République ou qu’elle soit battue dès le premier tour.

Même dans l’hypothèse actuelle, il n’est pas possible à ce stade de spéculer sur les possibilités qui seront offertes à Marion Maréchal-Le Pen – et, donc, de l’ampleur du discrédit qui toucherait Florian Philippot. Marine Le Pen battue ? Mais contre qui ? Contre un candidat de droite ou contre un candidat de gauche ? Et avec quel score ? Etre battu avec 35 %, ce n’est pas la même chose qu’être battu avec 48 %. Dans le premier cas, la stratégie est invalidée, dans le second, elle est confortée ! On en reparle dans quelques mois ? 

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