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Le "En-même temps" à l’assaut des mairies : mais à quoi ressemble le portrait-robot d’un projet  municipal LREM ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Municipales 2020

Le "En-même temps" à l’assaut des mairies : mais à quoi ressemble le portrait-robot d’un projet municipal LREM ?

Cédric Villani devrait annoncer sa candidature pour les élections munIcipales à Paris ce mercredi. Benjamin Griveaux a été officiellement désigné par LREM à Paris. La lutte entre les deux candidats pourrait engendrer un conflit d'idées et de programmes.

Olivier Gracia

Olivier Gracia

Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).

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Atlantico : Cédric Villani pourrait annoncer aujourd’hui sa candidature pour les élections municipales de Paris. Est-ce qu’un programme unique, un programme type, se dégage des différentes candidatures LREM pour les élections municipales ?

Olivier Gracia : Il y a désormais une forme de marque de fabrique macronienne dans la façon de concevoir une campagne électorale et de propulser les candidats. Que ce soit Benjamin Griveaux, Cédric Villani ou les autres candidats, l’ambition de LREM et de ses candidats est d’abord nationale, avant d’être locale. Les élections municipales vont en effet être l'occasion pour le Président de la République de confirmer auprès de l'opinion sa popularité. En prenant le cas de Paris, Benjamin Griveaux a certes émis quelques idées, mail il est difficile de distinguer ce qui va le différencier clairement d’Anne Hidalgo, de Gaspard Gantzer ou de Pierre-Yves Bournazel.

Ce qui est très différent dans la configuration de Paris par rapport aux autres grandes villes, c'est évidemment le cas Villani. Ce qui le rend très intéressant, c’est le fait qu’il reste très proche du logiciel macronien. Il fait clairement du Macron : il procède exactement Emmanuel Macron lors de sa campagne en 2017, c’est-à-dire qu’il se lance dans la conquête de Paris sans appareil politique, qu’il ne se prétend ni de gauche ni de droite de manière indépendante et spontanée tout en voulant rallier à lui la gauche et la droite parisienne. En cela, il est conforme à ce qu'avait entrepris Emmanuel Macron au début et il le confirme d’ailleurs en disant qu'il reste fidèle à ses valeurs. La candidature de Cédric Villani est donc plus proche de celle d’Emmanuel Macron que de celle de Benjamin Griveaux, qui a été investi par le parti.

Deuxième ville où il y a visiblement un conflit entre les soutiens de LREM : Lille. Violette Spillebout, ex-PS, a été investie par les instances nationales de LREM et Valérie Petit, proche de Gérald Darmanin et qui se serait bien vue candidate, a déclaré qu’elle ne la soutenait pas. La synthèse macronienne peut paraître un peu branlante quand ressortent les ambitions personnelles et les oppositions historiques…

Il y a un projet national certes, mais est-ce qu’il y a un projet tout court ? Visiblement ce qui a été proposé aux candidats par la CNI, ce n’est qu’une charte éthique…

Oui, il n'y a pas de cases idéologiques à cocher. Ce n’est pas surprenant dans la mesure où cela reste conforme à ce qu’avait développé Emmanuel Macron lors de sa campagne. On se souvient qu'il a été le dernier candidat à offrir un programme à la presse et aux Français. D'ailleurs son programme présidentiel empruntait beaucoup aux Républicains sur plusieurs mesures. On sait en effet qu'Emmanuel Macron s'est beaucoup inspiré de l’offre concurrente pour élaborer son offre politique.

Pour les municipales, les programmes vont être publiés plus tardivement, et il y aura certainement des problèmes de cohérence entre eux, même si je ne doute pas que dans certaines villes de France il y ait des candidats avec des visions claires. C’est qu’effectivement le pragmatisme est une notion qui laisse très libres les candidats… Le mot "pragmatique" est un terme privilégié d'Emmanuel Macron : le Président aime dire que la France est en changement, qu'elle nécessite des réformes structurelles. A propos des municipales, on va donc avoir le même discours, pourquoi en serait-il autrement ? On n'a pas changé la logique originelle de LREM donc il est cohérent d'avoir des candidats envers lesquels le parti n'a pas d'exigences idéologiques. Les candidats devront cocher des cases de transparence, comme la CNI de LREM l’exige, mais aucune case sur le plan des idées.

On a toujours su néanmoins que LREM avait une sensibilité de gauche, une sensibilité écologiste, et une sensibilité de droite, plutôt libérale : c’est ce que vont exprimer à leur manière les candidats pour les municipales.

La lutte entre Villani et Griveaux reste un conflit d'ambitions politiques ou un conflit de style, mais pas tellement un conflit idéologique. Est-ce que cependant, sur le plan national, peuvent émerger des conflits d’idées et de programmes ?

Evidemment. D'ailleurs, pour Paris c'est un cas particulier. Pour la capitale, je ne pense pas qu'il y ait de profondes distensions programmatiques ou idéologiques entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani. Je pense que Cédric Villani est un peu plus écologiste et plus à gauche que Benjamin Griveaux. Sa campagne sera donc peut-être plus à gauche mais fondamentalement il n'y a pas de grandes différences, c'est juste une différence de forme, de style. C’est aussi, bien sûr, une guerre d'ego. A l'évidence, Cédric Villani va se présenter et espère peut-être réaliser un coup de force qui consisterait à cliver et rallier à lui les Marcheurs parisiens pour marginaliser Griveaux. Dans ce cas, il peut peut-être conduire le parti et Emmanuel Macron à reconsidérer la légitimité de la candidature de Benjamin Griveaux. Nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise où le parti après avoir investi un premier candidat, finalement décide de l'écarter pour en réinvestir un nouveau qui, lui, pourrait avoir la légitimité de la base militante. En soit, Cédric Villani affiche une audace tout à fait macronienne et en cela il est beaucoup plus conforme à Macron dans la façon de concevoir la politique que Benjamin Griveaux qui est davantage dans une logique d'ancien monde investi par un parti. C'est intéressant de voir qu'il est bien plus conforme à la pensée présidentielle.

Sur le plan programmatique, il faut observer ce qui se passe dans les principales villes où un candidat LREM va être investi. Patrick Le Mestre, le candidat investi par le CNI à Vannes, a déclaré dans une interview : « Ce n’est pas encore l’heure de présenter un programme, mais on peut déjà dire que ces grands thèmes, ce sont la transition écologique, la justice sociale et la sécurité. » C’est donc plutôt la fibre sociale du programme de Macron qui va s’exprimer. Ailleurs, à Montpellier, Philippe Saurel ne briguera pas l’investiture. Ce sera peut-être Nicolas Charrel qui sera choisi ? Son programme : une application pour remettre le citoyen au cœur de la cité, l’écologie incitative (gratuité des transports, distribution de réducteur de consommation d’eau, etc.). De son côté, Benjamin Griveaux a parlé à Paris d’un programme pour soutenir l’apprentissage de l’anglais à Paris. Quand on fait le bilan, ce qu’il reste, c’est donc une politique très hétéroclite, plutôt gestionnaire, pas forcément axée sur le développement économique, mais plutôt sur des questions qui font consensus : l’écologie, la transparence des élus, etc.

On sait que les municipales vont être les élections les plus difficiles pour LREM, ce qui est naturel. C'est un jeune parti qui n'a pas encore de cadres locaux, qui se retrouvent dans l'urgence dans lequel ils ont été lors des élections législatives. LREM a investi beaucoup de candidats de dernière minute aux législatives, ce qui a donné une majorité avec des incohérences idéologiques parce que le parti macronien avait besoin pour construire une majorité de candidats. Naturellement, on ne peut pas dire que tous les candidats aient une forme d'universalité idéologique. La question est similaire pour les municipales et même d'une plus grande ampleur. En France, cela nécessite des effectifs et des ressources locales que ne possède pas LREM. Alors que les Républicains par exemple ont quarante à cinquante ans d'expérience de ces élections. Cela va donc être difficile pour En Marche car leur candidat vont devoir former des alliances. 

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