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Le coronavirus moins tueur que la grippe ? Pourquoi les petits malins qui pensent mieux garder leur sang froid que les autres passent à côté des enjeux de l’épidémie mondiale
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Sur le thread d’un médecin

Le coronavirus moins tueur que la grippe ? Pourquoi les petits malins qui pensent mieux garder leur sang froid que les autres passent à côté des enjeux de l’épidémie mondiale

L'épidémie de coronavirus est souvent comparée à la grippe saisonnière. La comparaison n'est-elle pas hypocrite?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : De plus en plus d'individus comparent l'épidémie de coronavirus à celle de la grippe saisonnière. Si dans les faits, le virus venu de Chine semble faire moins de victimes que la grippe, la comparaison n'est-elle pas pourtant fallacieuse ?

Stéphane Gayet : Comparaison est souvent raison, contrairement à l'adage, mais la comparaison de la grippe saisonnière (grippe hiverno-vernale annuelle, différente de la grippe pandémique) à l'infection pulmonaire provoquée par ce nouveau coronavirus nommé 2019-nCoV, manque tout de même de pertinence.

Presque tout les oppose en effet. Les deux virus, bien que tous les deux à ARN et enveloppés, sont en fait très différents. Le coronavirus est un virus animal (zoonose), le virus grippal un virus humain (en dépit du fait que certains virus A puissent infecter certains animaux). L'infection à coronavirus est émergente, tandis que la grippe est une maladie ancestrale. Il n'y a ni médicament antiviral efficace, ni vaccin contre le coronavirus, à l'inverse du virus grippal (des antiviraux et vaccins). La contagiosité de la grippe serait de 2 à 3 personnes contaminées par une personne malade (taux de reproduction de base ou R0 : « R zéro »), celle de l'infection à coronavirus de 1,5 à 4. La période d'incubation de l'infection à coronavirus serait de l'ordre de 4 à 6 jours, celle de la grippe est de 2 à 3 jours. Les différents signes cliniques sont sensiblement différents dans les deux maladies. Le taux de léthalité de l'infection à coronavirus semble être de 2 à 3 %, et celle de la grippe saisonnière nettement inférieure à 1 %. Les personnes qui meurent de l'infection à coronavirus sont plus jeunes (surtout à partir de 60 ans) et souvent fumeuses avec d'autres facteurs favorisants, celles qui meurent de la grippe sont dans plus de 90 % des cas des vieillards et parfois de très jeunes enfants ainsi que des sujets insuffisants respiratoires.

L'infection pulmonaire à 2019-nCoV s'avère plus contagieuse (R0 de 1,5 à 4, contre 1 à 2), mais moins grave que l'infection pulmonaire à coronavirus de 2003 (syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS), dont le taux de léthalité était de 9 à 10 % (de l'ordre de 800 morts et de 8 000 cas en 2002-2003).

Ainsi, il est pertinent de comparer deux infections pulmonaires à coronavirus différents (2019-2020 et 2002-2003), mais pas tellement une infection à coronavirus et une infection à virus grippal.

La propagation du coronavirus semble être plus rapide que la grippe et provoquer des symptômes plus importants que celle-ci également. En ce sens, le virus actuel n'est-il pas plus dangereux qu'une simple grippe hivernale ?

On a beaucoup de difficultés à apprécier cette épidémie à virus 2019-nCoV. Avec les Chinois, on a bien du mal à connaître les véritables données chiffrées. Quoi qu'on en dise, la gestion de l'épidémie actuelle ne se fait pas comme elle se fait dans un pays occidental où les mesures préventives et épidémiologiques sont mieux comprises, éprouvées et appliquées.

Cette épidémie est grave en Chine, pas ailleurs à ce jour. En Chine, la fumée de tabac, la pollution aérienne, l'hygiène de vie ainsi que les conditions de vie (salubrité des logements) sont beaucoup plus insatisfaisantes voire même dangereuses que dans les pays occidentaux. La culture de prévention sanitaire est encore bien trop faible et les comportements trop souvent irrationnels sur ce plan.

Il est en pratique à peu près impossible de répondre à cette question. On ne connaît pas le nombre de personnes ayant été contaminées (celles qui ont reçu suffisamment de particules virales), ni celui de personnes qui ont développé une forme modérée de l'infection leur permettant d'éviter l'hospitalisation et qui ne sont donc pas diagnostiquées.

La seule chose que l'on puisse affirmer, c'est que le taux de léthalité apparent (en fonction des données chinoises) est plus élevé que celui de la grippe saisonnière, mais celui-ci est bien atténué par la vaccination et les antiviraux.

D'autre part, si les chiffres chinois sont probablement sous-estimés, le fait que les autorités chinoises aient décidé de construire un nouvel hôpital n'est-il pas une indication supplémentaire de la gravité du virus actuel ?

Très honnêtement, les autorités chinoises paraissent un peu débordées par le phénomène épidémique. Leur gestion de la crise est loin d'être exemplaire, pour diverses raisons dont celles que nous avons déjà évoquées.

Cette construction en un temps record d'un nouvel hôpital est quand même pour le moins surprenante. Son intérêt est très contestable. Cela traduit une fébrilité des décideurs ainsi que des connaissances en épidémiologie et en santé publique de terrain qui ne sont pas optimales, pour le moins. Mais en effet, c'est probablement une action qui indique que les données officielles seraient nettement inférieures aux données chiffrées réelles. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer qu'aujourd'hui en dehors de la Chine, tout va bien ou presque. La non-maîtrise chinoise a pu faire exagérer la perception de la gravité.

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