Le bonheur, c’est scientifique : cet homme en a trouvé la recette au cours de ses recherches | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Style de vie
La méthode de l'AIM (acronyme de Attention, Interpretation and Memory) est aidante dans le sens où elle se résume à un essentiel : une trilogie que vous saurez très vite transformer en réflexe pavlovien.
La méthode de l'AIM (acronyme de Attention, Interpretation and Memory) est aidante dans le sens où elle se résume à un essentiel : une trilogie que vous saurez très vite transformer en réflexe pavlovien.
©Allociné

Il en faut peu...

Le bonheur, c’est scientifique : cet homme en a trouvé la recette au cours de ses recherches

Le psychologue américain Robert Biswas-Diener a développé une nouvelle méthode scientifique pour "libérer" le bonheur, appelée AIM (acronyme de Attention, Interpretation and Memory). Reste à voir si elle est aussi efficace qu'on le prétend.

Catherine Berliet

Catherine Berliet

Catherine Berliet intervient depuis 15 ans en conseil, formation, coaching de cadres et dirigeants pour le compte de grandes entreprises françaises. Diplômée en communication, elle est également thérapeute, praticien en Rêve Eveillé libre. Elle est co-auteur de : Et si je choisissais d’être heureux  ! : Le bonheur mode d’emploi  paru en juillet 2014 aux Editions Eyrolles, Manager au quotidien et Les outils de développement personnel du manager aux Editions Eyrolles. Elle est auteur de Et si je prenais mon temps aux Editions Eyrolles et co-auteur de "Et si je choisissais d'être heureux" avec Capucine Berliet toujours aux éditions Eyrolles

Voir la bio »

Atlantico : En quoi consiste exactement la nouvelle méthode proposée par le psychologue américain Robert Biswas-Diener pour trouver le bonheur ?

Catherine Berliet : L’Indiana Jones de la psychologie parti étudier les comportements des Amish et des Masaïs est arrivé à des conclusions intéressantes sur l’obtention du bonheur. Il en a fait une méthode qu’il suggère dans l’acronyme AIM que nous allons analyser :

Le "A" pour une attention particulière aux petites choses de la vie, à "l’ici et maintenant", à la pleine conscience de l’instant présent, au quotidien et aux repères qu’il installe. Une attention particulière aux bonnes choses de la vie qui vous ancrent dans le principe de plaisir et vous redonnent du baume au cœur. En délaissant les visions négatives, en vous focalisant sur le bon, le bien, le beau, vous vous construisez un monde meilleur et retrouvez naturellement une vision optimiste de l’existence. Alors, à quoi bon vous laisser polluer par le catastrophisme ambiant, les déconvenues quotidiennes et la multiplicité des vicissitudes ? Raccrochez-vous à la plus petite chose qui vous enchante !

Le "I" fait référence à l’interprétation que vous vous faites de la réalité. "Ce qui est en train de m’arriver n’est pas un malheur mais peut-être l’opportunité de…". Voilà une curieuse réaction qui peut cependant vous sauver la mise et vous éviter de tomber dans le désespoir absolu face à un événement déstabilisant ou grave. "La carte n’est pas le territoire" et le réel s’interprète autour de différentes grilles de lectures. Prenons un premier exemple : vous venez d’apprendre que vous avez obtenu une promotion, deux possibilités s’offrent à vous. Vous pouvez soit être anxieux à l’idée de devoir être à la hauteur de votre nouvelle fonction, soit vous réjouir d’accéder enfin à ce qui vous faisait briller les yeux : "être Calife à la place du Calife !". Si vous n’avez pas la main sur ce qui vous arrive, vous avez le pouvoir de changer de focale et de colorier votre existence. Prenons un deuxième exemple : imaginez que vous perdiez votre job. En soi, c’est une bien triste nouvelle qui pourrait vous pousser à la stupeur et aux tremblements. À la réflexion, ce même événement pourrait tout aussi bien vous pousser à dire que, compte tenu du fait que vous n’aimiez pas votre job, c’est un véritable cadeau du ciel et l’occasion unique de vous ouvrir à d’autres perspectives et opportunités. Ainsi, tout est question d’interprétation et la réalité, votre réalité, vous la construirez jours après jours car à partir de demain vous déciderez que : "ceci n’est pas un malheur !" Alors changez de lunettes !

Le "M" renvoie à la mémoire. Le fait de penser au futur peut être soit distrayant soit effrayant, c’est pourquoi la meilleure attitude à adopter est celle de vous raccrocher à un passé que vous connaissez, en ne revisitant toutefois que les moments qui vous ont fait vibrer et qui vous ont rendu heureux. Refaites-vous le film à l’envers en vous imprégnant de souvenirs extasiants, de sensations bénéfiques, d’émotions ébouriffantes : un pari gagnant !

De quelle manière la méthode AIM peut-elle aider quelqu'un à trouver le bonheur ?

Cette méthode est aidante dans le sens où elle se résume à un essentiel : une trilogie que vous saurez très vite transformer en réflexe pavlovien. C’est court, c’est simple et c’est aussi facile à mettre en place, voire à automatiser. Vous vous raccrocherez à votre présent, vous déciderez de voir les choses sous un angle résolument positif, et vous vous ressourcerez en vous remémorant vos instants de bonheur, comme si vous rechargiez vos batteries par le simple fait de vous reconnecter au meilleur de vous-même et de votre vie passée.

La méthode préconisée par Robert Biswas-Diener est-elle efficace chez tous les individus selon vous ?

Je veux croire que nous puissions inscrire cette méthode au fronton de nos vies, et pourtant il est un point sur lequel j’apporterais un bémol : celui de revenir sur son passé pour se réparer. Je reste persuadée que les personnes ayant subi de multiples traumas, tous ces enfants abîmés, abandonnés, malmenés, n’auront ni la possibilité ni l’envie de se retourner sur leur passé pour se remémorer quelque chose d’heureux. Auront-ils seulement une séquence à trouver ? Pour certains, l’exercice peut s’avérer difficile.

De mon point de vue, la méthode ne s’adresse pas à une personne tourmentée et meurtrie par la vie. Je pense en particulier aux enfants des pays continuellement en guerre. À quoi pourraient-ils bien songer s’ils n’ont connu que le fracas des bombes et les hurlements des sirènes ? Peut-être au bonheur d’une journée sans pilonnage de l’aviation… Peut-être à la douceur des bras d’une mère aujourd’hui décédée ? Ce renvoi à des instants de répit ou à des images d’amour piétinées peut-il induire le bonheur ? Cette injonction à des réminiscences ne serait-elle pas plutôt comme du sel sur une plaie ? Dans les moments de grands désarrois, c’est souvent le futur qui importe et emporte nos pensées vers des jours que nous voudrions meilleurs, et c’est bien le rêve qui prend le pas sur un quotidien minant et anxiogène.

Quels autres conseils recommanderiez-vous aux individus pour les aider à trouver le bonheur ?

Je leur conseillerais de modéliser les enfants. Je viens de voir une image stupéfiante, à la fois triste et magnifique, porteuse de vie et d’espoir : Alep sous les bombes, Alep détruit, Alep à feu et à sang, une ville d’apocalypse et de barbarie. Dans le chaos encore fumant des décombres, une portion de rue éventrée, un trou béant rempli d’eau croupissante et boueuse : deux enfants qui chahutent et se baignent en criant de joie, comme s’ils étaient en vacances, complètement déconnectés d’une indicible réalité. Saisir l’instant pendant qu’il est encore temps… Une vraie sagesse qui ne vient pas de l’expérience mais de la fulgurance intuitive, de l’instantanéité, du principe de plaisir et de l’urgence à vivre…

Je leur dirais : aimez ! N’importe quoi, n’importe qui… Aimez vos voisins, vos amis, votre famille, vos enfants, votre homme ou votre femme, mais aussi votre travail. Le fait d’aimer vous plonge dans un état extatique que les artistes connaissent : le flow. Une forme de jouissance qui provoque une transcendance de l’esprit, fait oublier votre condition au point de suspendre tout. Comme par magie, l’ego disparaît : il n’y a plus de frustration, plus de compétition, plus de comparaison, plus de difficultés, juste une capacité à s’exprimer en fonction de ses atouts, de ses compétences, juste la pure expression de ses talents…

Je leur chuchoterais : donnez du sens ! Pensez au pourquoi, à la contribution que vous apportez aux autres, à vous-même, à l’univers. Si vous faites un travail que vous jugez peu gratifiant, réinterprétez votre réalité en lui donnant du sens. Exemple : pour l’éboueur, au-delà du fait qu’il prenne en charge les poubelles des particuliers, il donne du sens à son travail en se disant qu’il participe au bien-être de chacun et au maintien de la propreté et de la salubrité de sa ville. En se sentant investi d’une mission, il redonne du sens à son travail, ce qui le rend utile et important à ses yeux et aux yeux des autres.

Je leur suggèrerais de faire de leur vie une œuvre impressionniste. Je leur dirais que le bonheur n’est pas un état acquis une bonne fois pour toutes et lié à ce qu’ils vivent ou pas, mais plus une volonté d’esquisser une succession de petites touches de couleurs et de lumières qui, juxtaposées les unes aux autres, formeraient une composition harmonieuse et inspirante, un chef-d’œuvre. Être heureux, c’est aussi un choix, une détermination, un acte d’amour : celui d’aimer la vie, sa vie, envers et contre tout avec un joyeux parti pris, celui d’être solaire.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !