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Le gouvernement souhaite favoriser le biogaz, plutôt que le gaz de schiste.
Le gouvernement souhaite favoriser le biogaz, plutôt que le gaz de schiste.
©Reuters

Plan B

Le biogaz plutôt que les gaz de schiste : la France a-t-elle trouvé une alternative à un mirage énergétique ?

Le gouvernement souhaite favoriser le biogaz, plutôt que le gaz de schiste pour lequel la France se démarque par l'absence de débat et d'experts. Un choix ambitieux mais risqué.

Thomas Porcher

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Atlantico : Le gouvernement d’Angela Merkel a annoncé mardi 26 février qu'il allait déposer un projet de loi autorisant l’exploitation des gaz de schiste. Alors que la France a souhaité couper court aux débats en interdisant la fracture hydraulique, seule technique d'exploitation aujourd'hui utilisée et accusée d'être polluante, le gouvernement va donner un coup de pouce au biogaz. Avons-nous raison de miser sur ce dernier, alors que d'autres pays ont tendance à aller vers les gaz de schiste ?

Thomas Porcher : Aujourd’hui, en Europe, les décisions politiques sont plus difficiles à prendre car elles doivent tenir compte du réchauffement climatique et des objectifs européens (réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre, augmentation de 20% de l'efficacité énergétique et contribution des énergies renouvelables à auteur de 20%).

Il faut également prendre conscience que les décisions énergétiques sont lourdes de conséquences car elles ont un impact sur plusieurs décennies en raison des investissements qu’elles entraînent. Il suffit de voir aujourd’hui les débats sur la taxation du diesel ou sur le nucléaire, ils proviennent de choix faits il y a une quarantaine d’années. C’est pour cela qu’il ne faut pas se presser. Certes, l’Allemagne a autorisé l’exploitation des gaz de schiste mais ce choix a été influencé par une autre décision : la sortie du nucléaire. Aujourd’hui, notre gouvernement a misé sur la transition énergétique et semble vouloir explorer différentes pistes. Le biogaz, issu de la fermentation de déchets - essentiellement agricoles, mais aussi industriels ou ménagers - en est une. Mais, il faut être conscient que ni le biogaz, ni le gaz de schiste ne nous donneront l’indépendance énergétique.

Le gouvernement a-t-il raison de considérer que les gaz de schiste sont un faux eldorado énergétique ?

Nous avons la chance de bénéficier de l’expérience américaine mais il faut en avoir une grille de lecture juste. Ce que beaucoup de politiques ou experts n’ont pas. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le prix du gaz est autour de 3$ par million de BTU contre 10 $ en Europe principalement grâce à l’exploitation des gaz de schiste.

Mais de nombreuses compagnies, dont Exxon et Total, jugent ce prix trop bas pour que leurs investissements soient durablement rentables. C’est donc une grave erreur de considérer le prix actuel du gaz aux Etats-Unis comme un prix stable. D’ailleurs, le manque d’investissement va entraîner à terme un manque d’offre et les prix remonteront. A cela, il faut ajouter les risques environnementaux. Dans ces conditions pourquoi se presser ? Le gaz ne va pas s’envoler, il reste sous terre.

Quels avantages représentent les biogaz citées ci-dessus ?

Le potentiel du biogaz est encore peu développé en France mais même en exploitant au maximum cette ressource, elle ne pourra couvrir qu’une petite partie de la consommation française de gaz. Actuellement, à l’échelle européenne, la production de biogaz reste marginale et est principalement située en Allemagne et en Grande Bretagne.

Avons-nous des ressources suffisantes pour nous assurer que nous ne paierons pas notre énergie plus chère dans les prochaines années ?

Non, et cela même si nous utilisions nos réserves de gaz de schiste. Car le gaz de schiste ne sera qu’une part du gaz consommé. Or, les tarifs pour le consommateur dépendent également du gaz importé. Par contre, il est vrai qu'une production de gaz locale pourrait être un argument de renégociation des contrats de long terme avec les fournisseurs, mais la baisse de la demande - via la transition énergétique – en est également un.

La France pourrait-elle être stratège, et attendre de voir ce que donnent les explorations des gaz de schiste dans d'autres pays ?

La non-utilisation des gaz de schiste en France n'est pas une perte en soi car le gaz n'est pas perdu, il reste dans notre sous-sol. Les prix du gaz comme ceux du pétrole, sont structurellement orientés à la hausse, et si dans dix ans, le gouvernement décide d'extraire du gaz de schiste, sa valeur sur le marché, et donc sa rentabilité, sera d'autant plus importante. De leur côté, les techniques d'extraction se seront améliorées. Au final, garder le gaz sous terre, c'est un peu comme conserver une épargne avec un très fort taux d'intérêt. C’est également, laisser le choix aux générations futures de l'utiliser si nous échouons dans la transition énergétique.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

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