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Des élèves lors de l'épreuve de philosophie de l'examen du baccalauréat le 18 juin 2012 au lycée Pasteur à Strasbourg.
Des élèves lors de l'épreuve de philosophie de l'examen du baccalauréat le 18 juin 2012 au lycée Pasteur à Strasbourg.
©FREDERICK FLORIN / AFP

Bonnes feuilles

Le baccalauréat, une part de l’histoire de France et un véritable monument national

Robert Colonna d’Istria a publié « La grande histoire du baccalauréat » aux éditions Plon. A quoi sert le baccalauréat ? A-t-il encore un sens ? Pour répondre aux questions au coeur du débat public, Robert Colonna d'Istria retrace 200 ans d'histoire du plus symbolique des diplômes français et qui sert de repère dans notre société. Extrait 1/2.

Robert  Colonna d’Istria

Robert Colonna d’Istria

Robert Colonna d’Istria, Corse, historien et écrivain, a publié de nombreux livres, récits de voyage ou reportages. La Corse à laquelle il a consacré une quinzaine d’ouvrages demeure un de ses sujets de prédilection.

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Le baccalauréat est un monument national. Au carrefour de l’enseignement secondaire, des formations supérieures, de la vie active, il est en un peu plus de deux cents ans devenu l’emblème, le point de mire, la vitrine du système éducatif français.

À la fois certification d’un minimum de connaissances, rituel de passage – de l’enseignement secondaire à l’enseignement supérieur, de l’adolescence à l’âge adulte –, instrument de promotion sociale – censé donner accès au monde envié de la bourgeoisie, à ses privilèges, à une vie facile et aisée –, illustration de l’égalité des citoyens – garantie par l’anonymat des copies, des correcteurs extérieurs, le tampon d’un diplôme national  –, le baccalauréat a joué et continue de remplir dans la société un rôle symbolique important. Malgré changements, réformes, évolutions, révolutions, cette force symbolique lui assure une place toujours considérable dans le cœur des Français : par-delà critiques, nostalgie et instants de désamour, ils y sont attachés.

Le baccalauréat fait partie de leur patrimoine. Pour ainsi dire de leur patrimoine sentimental.

Le baccalauréat n’est pas qu’un symbole. Il est une institution vivante, patiemment édifiée dans le temps. Depuis deux siècles, il a su s’adapter aux réalités sociales et, d’une certaine manière, il les a façonnées. Sur de multiples plans (intégration dans les études supérieures, préparation à l’insertion dans la vie professionnelle…), il a joué un rôle concret : il est inséparable des grandes transformations économiques et sociales du pays. Quant à sa valeur, perpétuellement discutée, remise en question, idéalisée, dénigrée, elle a résidé dans sa capacité, au fil du temps, à remplir les fonctions qu’on lui a assignées et à tenir les promesses qu’on lui a prêtées.

Le baccalauréat évolue. Depuis sa création, il est le « premier grade de l’enseignement supérieur » – raison pour laquelle, singularité française, il n’y a théorique[1]ment pas de sélection à l’entrée des filières universitaires. En réalité, sur la longue distance, le diplôme s’est pratiquement transformé en « certificat de fin d’études secondaires ». L’université, dont il procède et dont il dépend en théorie, y est en pratique très peu impliquée, alors que précisément il y donne accès.

Autre phénomène de longue durée  : la massification du baccalauréat. Réservé à une minuscule élite au départ – la première promotion de bacheliers comptait 31 personnes ! –, le diplôme n’a d’abord concerné que peu de monde, 4  000  personnes en 1850, 6  000 autour de 1900, 12  000 en 1936. Autant dire des proportions insignifiantes de la population dans son ensemble. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de bacheliers ne cesse d’augmenter, 30  000 diplômés par an au lendemain de la guerre, 200 000 en 1975, près de 500 000 en l’an 2000, près de 750 000 aujourd’hui, chiffres représentant environ 10 % d’une génération en 1950, 22 % en 1975, 64 % en 2000. L’objectif proposé par Jean-Pierre Chevènement, conduire 80 % d’une classe d’âge « au niveau » du baccalauréat, a été atteint en 2011.

Ces chiffres tiennent compte d’une réalité nouvelle. Derrière l’unité symbolique du baccalauréat (grade universitaire identique et identique accès à l’enseignement supérieur), il y a en fait des baccalauréats, dont publics, enseignements, débouchés, vocations –  et perception par la société – sont différents. Ces multiples baccalauréats (général, technologique, professionnel) ne jouent pas dans la société le même rôle. Derrière le mot, il y a des réalités diverses, et de fait une hiérarchie entre les baccalauréats.

Au total, s’il demeure un point relativement stable dans le paysage éducatif et social français, le baccalauréat s’adapte et se transforme.

Le bac, pour quoi faire ?

À quoi sert le baccalauréat ? À quoi, depuis deux cents ans, a-t-il servi ? Comment a évolué ce diplôme ? Quel est-il aujourd’hui ? Comment est perçu le baccalauréat, comment sont perçus les bacheliers ? Quelle valeur pratiquement et symboliquement reconnaît-on à ce diplôme et à ceux qui le décrochent ? Le baccalauréat permet une intégration dans la société, mais à quel niveau, pour quoi faire, pour quel statut, pour quelle reconnaissance sociale ? Le baccalauréat –  le bac, comme on dit familièrement, ou le bachot, comme on disait autrefois – se déprécie-t-il au fil du temps ? Perd-il de sa valeur ? Il semble que l’idée « c’était mieux avant » est presque consubstantielle au baccalauréat : qu’en est-il ?

Quelle est –  quelle a été  – l’utilité du baccalauréat sur le plan individuel ? Quelle est-elle – quelle a-t-elle été – sur le plan national ? Le baccalauréat constitue-t-il toujours un marchepied pour accéder à l’ascenseur social ? Est-il toujours le premier pas d’une rupture entre société traditionnelle et monde moderne ? Jacques Marseille tenait le baccalauréat pour un « monument d’hypocrisie nationale », un « instrument d’inégalité sociale » : qu’en a-t-il été ? Qu’en est-il ? Quelle est son efficacité aujourd’hui ? Sur le plan de la construction de la nation, de la France contemporaine, sur le plan de sa cohésion et de son identité, quel rôle a joué le baccalauréat ? Pourrait-on imaginer une France sans baccalauréat ? Quel bac pour demain ?

Une histoire dense

Pour répondre à ces interrogations, l’histoire du baccalauréat est éclairante. Longue histoire jalonnée de moments saillants, de réformes perpétuelles, de débats enflammés, de psychodrames, de noms, illustres ou oubliés.

Quelques repères : création du diplôme en 1808 ; instauration d’épreuves écrites obligatoires (1840) ; création des bacs ès lettres, ès sciences et en droit (1852 ; cette distinction disparaîtra en 1890 pour réapparaître, sous une autre appellation, en 1902) ; en 1861, Julie[1]Victoire Daubié est la première femme à obtenir le baccalauréat ; 1874 : division du baccalauréat en deux séries d’épreuves, qui ont lieu sur deux années (les « deux baccalauréats » dont les épreuves anticipées de français, à la fin de la classe de première, constituent le vestige) ; 1881 : introduction dans les épreuves du baccalauréat d’une composition française (jusque-là, les compositions étaient en latin) ; en 1924, les filles sont admises à passer les mêmes épreuves que les garçons ; 1966 : création des séries A (philosophie et lettres), B (économique et social), C (mathématiques et sciences physiques), D (mathématiques et sciences de la nature), qui prennent la place des anciens bacs Philosophie, Mathématiques élémentaires et Sciences expérimentales (qui ont eu cours de 1902 à 1967), et qui, en 1995, seront remplacées par les sections S, L et ES ; 1969 : instauration d’une épreuve anticipée de français ; création en 1968 des séries T, technologiques, qui débouchent sur les IUT créés dans le même temps ; 1985 : instauration des filières professionnelles, etc.

Chacune de ces réformes –  y compris celle proposée en 2020 par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale  –, a toujours divisé, et parfois passionnément, hommes politiques et parties prenantes au baccalauréat, enseignants, administration de l’Éducation nationale, syndicats, parents d’élèves, candidats, anciens diplômés…, chacun s’estimant mainteneur du bien, du vrai et du bon bac. Chacun pensant être porteur des bonnes réponses à toutes les questions posées autour du diplôme.

L’histoire de France vue à travers l’histoire du baccalauréat

L’histoire officielle du baccalauréat est indispensable, intéressante. Mais ingrate. Elle se réduit à un ensemble de textes législatifs et administratifs –  lois, ordonnances, décrets, arrêtés, rapports et discussions parlementaires, circulaires, instructions, plans d’études et programmes, comptes rendus des débats du Conseil supérieur de l’Instruction publique, rapports d’enquêtes officielles, etc. –, ensemble indigeste qui donne effectivement d’utiles aperçus des tendances pédagogiques et des évolutions sociales. Jean-Benoît Piobetta, auteur d’une thèse sur le sujet en 1937 – aucun travail, depuis, n’a égalé le sien –, avait à l’époque recensé pas moins de 1 316 textes officiels concernant la législation de l’examen et ses programmes ! L’histoire officielle du baccalauréat pourrait également s’écrire avec des chiffres et des séries statistiques.

Il ne saurait être question – ce serait aride et fastidieux, un peu vain – d’aborder l’histoire du baccalauréat et sa place dans la société sous cet angle-là.

Certains de ces textes, certaines de ces statistiques sont néanmoins utiles, pour servir de repères, de jalons. À l’occasion, ils seront ici reproduits, à petite dose.

Épreuve individuelle, moment de la vie nationale, révélateur de l’histoire de la France contemporaine, le baccalauréat est surtout instructif par sa dimension humaine. Comme à un certain nombre d’institutions, le cas échéant discutées ou désuètes, les Français sont attachés au bac. En souvenir de leur inquiétude, de leur stress, des efforts accomplis pour préparer les épreuves, en souvenir de leur joie, de la conscience que la réussite à cet examen a conditionné leur vie, les Français entre[1]tiennent avec le diplôme une relation affective, pour ainsi dire charnelle. Il n’est que de voir la place dans les actualités, notamment télévisées, prise chaque année en juin-juillet par les épreuves ou les résultats : le baccalauréat est un événement. Les Français y tiennent : pas question de le faire disparaître du paysage.

Sans doute, savoureuses et instructives, une multitude d’histoires individuelles en relation avec le baccalauréat raconteraient-elles davantage et infiniment mieux la réalité du diplôme qu’une décourageante montagne de lois et décrets ou une suite de séries statistiques. C’est l’intention qui inspire cette Grande Histoire du baccalauréat : sans négliger les aspects institutionnels, tenter d’entrevoir l’histoire du baccalauréat telle qu’ont pu en connaître tous ceux, candidats, bacheliers, anciens lauréats, qui depuis deux cents ans se sont confrontés à l’épreuve ; tous ceux, du ministre au surveillant, qui participent à l’organisation de ce rendez-vous annuel et concourent à la bonne marche des choses ; tous ceux, de l’instituteur au professeur de terminale qui entretiennent la flamme de l’éducation et de l’instruction, et, de loin ou de près, aident les candidats à se préparer au baccalauréat ; tous ceux, familles, parents, grands-parents, amis, proches des candidats, voire autrefois le maire du village, dont la vie est changée par la réussite à l’examen, ou qui en retirent, du moins, fierté ou émotion. Cette Grande Histoire est composée à la manière d’un album de photos de famille, qui traverserait le temps : dans les mêmes décors, transformés au fil des âges, on voit se succéder les générations.

Pour raconter la grande histoire du baccalauréat, il importe, en somme, moins d’être historien à l’état pur que journaliste – pour réunir toutes sortes d’informations et de témoignages –, voire romancier – pour tenter de comprendre l’histoire du baccalauréat à travers les innombrables sentiments qui, depuis deux siècles, ont pu traverser l’esprit de ceux qui ont approché cet obstacle. Pour raconter cette longue chronique, sans doute importe-t-il de mettre en scène non des textes froids mais des gens, des hommes et des femmes, de s’efforcer de les saisir à un moment qui a compté pour eux, celui où ils se sont affrontés à cette épreuve rituelle, ou qui, à des titres divers, ont œuvré pour qu’elle se déroule bien.

Extrait du livre de Robert Colonna d’Istria, « La grande histoire du baccalauréat », publié aux éditions Plon

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