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Le Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche veut faire de l'emploi une priorité dans les critères d'attribution de logements sociaux.
Le Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche veut faire de l'emploi une priorité dans les critères d'attribution de logements sociaux.
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Droite sociale ?

Wauquiez : "Le social en France a trop été construit sur l’aide aux plus démunis, pas assez pour les classes moyennes"

Le Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche veut faire de l'emploi une priorité dans les critères d'attribution de logements sociaux. Il répond dans cette interview aux critiques.

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez est un homme politique français, membre de l'UMP. Député de la Haute-Loire, il est également vice-président de l'UMP depuis janvier 2013.

 

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Atlantico : Pouvez-vous nous expliquer précisément votre nouvelle proposition en matière d'accès aux logements sociaux ? Pourquoi les réserver "à ceux qui travaillent" ?

Laurent Wauquiez : Notre proposition part d’un constat : selon le Credoc, au cours des 5 dernières années, 500 000 personnes ont dû renoncer à un emploi en raison de difficultés à se loger. Aujourd’hui l’accès à l’emploi ne figure pas du tout dans les critères prioritaires d’attribution d’un logement social, et c’est un vrai problème. La conséquence de cette situation ? Des travailleurs modestes qui se ruinent en frais de transport et d’essence, ou ne peuvent accepter un emploi parce qu’ils ne pourront pas se loger à proximité. C’est particulièrement le cas dans les grandes agglomérations où le logement social est en tension. A Paris par exemple, quelqu’un qui décroche un contrat dans une boulangerie ou une infirmière de l’AP-HP, n’ont aucune chance de trouver un logement. Cette situation n’est pas acceptable.

Ne risquez-vous pas ainsi d'appauvrir encore davantage les plus démunis ?

Pas du tout, l’aide qu’on apporte aux plus démunis est légitime. Mais j’ajoute qu’il ne faut pas non plus oublier les travailleurs les plus modestes et que le parc de logements sociaux ne leur est pas suffisamment ouvert actuellement. Pour cette raison, je propose simplement d’ajouter aux critères de priorité les questions liées à l’emploi.

Mais ça ne signifie pas que nous tournons le dos aux plus pauvres. C’est bien pour cela que je souhaite aussi que nous poursuivions l’effort de construction de nouveaux logements sociaux. Chaque année, nous en construisons 110 000, alors que sous Lionel Jospin, c’était 50 000. Et parmi ces nouveaux logements, favorisons l’accès aux salariés. C’est d’ailleurs ce que je fais dans ma ville qui compte 23 % de logements sociaux. Cela favorise la mixité sociale.

Ne stigmatisez-vous pas ainsi une partie de la population, en opposant classes populaires et classes moyennes ?

Il ne s’agit pas d’opposer les travailleurs modestes aux chômeurs, mais de dire « n’oublions pas les classes moyennes ». Ma proposition correspond à une conception de fond. On ne fait pas de politique sociale en oubliant les travailleurs modestes. Le social en France ne les prend pas assez en compte et a trop été construit sur l’aide aux plus démunis. Je ne dis pas qu’il faille arrêter de leur venir en aide. C’est pour cela qu’il faut simplement ajouter aux critères de priorité les questions liées à l’emploi : la distance du lieu de travail, le rapprochement de conjoint, qui n’est pas une mince affaire, les modes de gardes pour les enfants aussi. Une infirmière qui vit seule, qui a 2 enfants, des horaires atypiques et gagne 1300 Euros, il faut bien tenir compte de sa situation !

Après avoir dénoncé "les dérives de l'assistanat", ne mettez-vous pas trop en avant les devoirs des plus faibles contre ceux des plus aisés ?

Avec la Droite sociale,  nous nous attaquons aussi aux profiteurs d'en haut. Par exemple, nous proposons que toute personne qui vit en France plus de trois mois paie ses impôts en France ou nous demandons la suppression des stock-options (sauf pour les PME et les Start up). Une politique sociale doit d’abord être tournée vers les classes moyennes et les classes moyennes modestes.

Pensez-vous qu'une partie de la population pêche réellement par manque de volonté pour travailler? Les Français ne sont-ils pas plutôt victimes de la crise qui les empêche d'accéder au marché du travail?

Il existe des freins à l’emploi dont celui que je viens d’évoquer et qu’il faut lever. Tout doit être fait pour que chacun puisse trouver ou retrouver un travail. La crise complique les choses, c’est juste mais le gouvernement est en action pour répondre aux problèmes qu’elle pose. Cela étant, certains penseurs autorisés nous expliquent que nous entrons dans une civilisation du loisir. C’est une illusion : avant le loisir il y a le travail, ceux qui expliquent autre chose nous mentent. Avant de pouvoir distribuer, il faut produire.

En quoi cette proposition s'inscrit-elle dans une volonté de peser sur le programme présidentiel du candidat UMP ?

La Droite sociale rassemble des parlementaires de divers horizons (gaullistes, démocrates-chrétiens, centristes) qui s’impliquent dans la réflexion sur un nouvel équilibre du contrat social basé sur les droits et les devoirs. Cette réflexion a naturellement vocation à irriguer le projet de l’UMP pour la présidentielle. Ces propositions mettent en exergue la place centrale qu’elles doivent retrouver dans le débat et l’action publique.

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