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Laure de la Raudière : "Les constructifs seront attentifs au projet d'Emmanuel Macron en matière culturelle et sociale car il présente des différences avec nos valeurs"
©PIERRE VERDY / AFP

Entretien politique

Laure de la Raudière : "Les constructifs seront attentifs au projet d'Emmanuel Macron en matière culturelle et sociale car il présente des différences avec nos valeurs"

Si le groupe parlementaire les constructifs salue certaines mesures du gouvernement d'Emmanuel Macron, il est des sujets sur lesquels cette frange des Républicains entend s'opposer au Président de la République.

Laure de la Raudière

Laure de la Raudière

Laure de La Raudière est députée Les Républicains de la 3e circonscription d'Eure-et-Loir.

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Atlantico : Cela fait maintenant bientôt deux mois qu'Emmanuel Macron a été élu président de la République. Si une personnalité telle qu'Alain Juppé ou Bruno Le Maire avait remporté les élections présidentielles, en quoi la situation aurait-elle été différente à aujourd'hui ?

Laure de la Raudière : On aurait gagné les élections législatives certainement dans la foulée. Parce qu'avec le système du quinquennat, les élections législatives suivent la présidentielle et les électeurs, de façon assez naturelle, veulent donner une majorité au président tout juste élu. C'est ce qui s'est passé pour Emmanuel Macron et c'est ce qui se serait passé pour Bruno Le Maire.

Malgré une semaine difficile, le groupe des républicains constructifs a largement soutenu le gouvernement et Emmanuel Macron. Malgré cette bienveillance, n'avez-vous pas été déçue par une "ouverture" à minima au gouvernement pour les "constructifs" ? Étaient-elles insuffisantes ?

Nous voulons la réussite de ce mandat, au bénéfice des Français, des territoires, de notre pays et nous voulons y contribuer. Ce n’est pas dans l’opposition systématique que l’on peut le faire. C’est notre seul objectif. Le groupe parlementaire "Les Républicains constructifs, UDI, et indépendants" salue la démarche d'Emmanuel Macron d'avoir nommé un chef de gouvernement de droite et de vouloir conduire certaines réformes pour notre pays, que nous proposions dans notre projet présidentiel (réforme du droit du travail par exemple). Nous avons constitué ce groupe non pas pour avoir des postes, mais pour créer une nouvelle force politique, répondant à l’attente de la grande majorité des électeurs de la droite et du centre que toutes les personnes politiques de bonne volonté se mettent autour de la table pour réussir ce mandat.

Qu'est-ce que pour vous, être constructif ? Si, être constructif, c'est savoir voter avec la majorité, mais être constructif, n'est-ce pas également savoir voter contre ? Sur quels points la droite peut-elle faire valoir des différences ?

Il y aura au sein du groupe parlementaire Les Constructifs une liberté totale de vote. Certains députés du groupe voteront la confiance au gouvernement après le discours de politique générale, et d'autres s'abstiendront.

Je voterai les réformes proposées, qui sont de droite et que nous portions dans notre projet présidentiel. Typiquement la réforme du droit du travail. Je salue également les déclarations du ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui semble défendre avec pragmatisme des mesures que nous portions lors de la campagne électorale. On est loin du dogmatisme socialiste en matière d’éducation qui a prévalu ces dernières années ! Et c’est tant mieux pour l’avenir de notre pays. Je voterai aussi la loi sur la moralisation de la vie politique. Tous ceux qui s'étaient engagés avec Bruno Le Maire proposaient les mêmes mesures... Alors, forcément, nous sommes en phase. Pourquoi ne pas le dire, tout simplement ? 

Je serai plus attentive au projet d'Emmanuel Macron sur les sujets d’immigration, de société ou sur la question de l’identité culturelle de la France. Emmanuel Macron s’est peu exprimé sur ces sujets pendant sa campagne, mais ce qu’il a dit sur le multiculturalisme français est éloigné de ma conception de la société française dont la culture s’enrichit par des apports culturels du monde entier, mais tient son identité de l’histoire de la France

Quelle est encore la spécificité de la pensée des Républicains ? Alors qu'Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe déploient une philosophie d'action libérale en matière économique, plus traditionnelle ou moins "pedagogiste" en matière d'éducation et ferme en matière sécuritaire, que reste t il a la droite traditionnelle pour marquer sa différence ? Une définition par les "valeurs" est-elle suffisante ?

Le « Macronisme » n’est pas encore bien défini. Il semble européen, libéral tant sur le point de vue économique et de société. Si l'on a perdu l'élection présidentielle, c'est d’abord parce que la droite française n'a pas été suffisamment à l'écoute des Français, ne s’est pas suffisamment renouvelée, n’a pas eu les résultats attendus par les Français et n’a pas proposé d’évolutions des pratiques politiques. « Changez vous-mêmes avant de nous demander de changer ». C’était un message de fond, qui a été bien entendu par En Marche, au moins sur le plan de la communication. On verra ce que cela va donner dans la pratique. 

La situation actuelle nous oblige à redéfinir des lignes politiques claires et il existe plusieurs courants de pensées au sein de notre famille politique. Le groupe des « constructifs » est libéral d’un point de vue économique, pragmatique, humaniste et voit clairement la place de la France dans l'Europe, avec une Europe forte qui nous permette d'assurer notre souveraineté. 

Les relations entre le président de la République et Premier ministre ont souvent été "compliquées" sous la Ve République. Edouard Philippe, lui, dispose d'atouts avec ses réseaux de terrain et les députés qui lui sont proches. En imaginant une situation de conflit entre celui-ci et Emmanuel Macron, quels seront, à votre avis, les sujets de divergence ? Sur quel point l'entente pourrait-elle basculer ?

Aujourd'hui, la majorité « La République En Marche » est unie parce qu'on est au lendemain d'une élection avec un président qui est en position de force. Mais la majorité qu'a Emmanuel Macron est composite. Il y a à peu près 40% de personnes qui viennent de la société civile, sans étiquette, et le reste qui sont des personnes issues de la gauche, souvent élus locaux ou anciens membres de cabinets ministériels de gauche. Il est possible qu’au cours du mandat, cette majorité ne soit pas aussi uniforme qu'aujourd'hui. C'est pour cela qu'avoir une force d'opposition, « constructive » proche du Premier Ministre, permettra de peser sur la politique du gouvernement à certains moments. Cela pourra éviter les blocages que nous avons connus dans le passé et qui ne contribue qu’à de mauvais textes. Ce n’est pas ce que nous voulons : nous souhaitons la réussite de notre pays.

 

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