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Lady Gaga revendique mélanger art contemporain et musique.
Lady Gaga revendique mélanger art contemporain et musique.
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Pop ou flop ?

Lady Gaga boudée par les critiques : quelle dose d’art contemporain peut-on injecter dans la pop sans risquer de perdre son public ?

Après avoir annoncé un concert dans l'espace, Lady Gaga a sorti son dernier album "Artpop" le 11 novembre dernier. Ce dernier se veut une expérience artistique mêlant à la musique l'art contemporain, un résultat décevant qui reprend essentiellement des idées inventées par des maîtres tels que Andy Warhol et Salvador Dali.

Pascal Comas

Pascal Comas

Pascal Comas est trader pour son propre compte. Passionné de musique, il collabora avec de grandes maisons de disques à la sortie des albums d'IAM, Massive Attack... Auteur d'un pamphlet intitulé Pensées à Rebrousse-Poil, il fut également co-directeur d'une grosse start-up suédoise.

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Atlantico : Par le titre de son dernier album "Artpop" ainsi que par certaines de ses déclarations et ses fréquentations notamment Jeff Koons, Lady Gaga revendique mélanger art contemporain et musique. Dans quelle mesure est-ce vraiment novateur ? Andy Warhol ne l’avait-il pas déjà fait ?

Pascal Comas : Andy Warhol est en effet le précurseur de la rencontre entre musique et art contemporain. A vrai dire, Dali l'avait précédé avec Destino, sa collaboration avec Disney, qui malheureusement n'a vu le jour que bien après. Le mélange entre musique et art contemporain n'est en rien une nouveauté, puisque depuis les années 1960 il s'est matérialisé à travers les pochettes de disques, les clips et plus récemment les animations visuelles des VJ en accompagnement de la musique des DJs... Lady Gaga n'est donc en rien novatrice.

Certains artistes comme Martin Solveig revendiquent que le musique ne doit plus uniquement être une expérience auditive (voir ici). Est-ce vraiment ce qu’attend le public de la musique pop ? Sa force n’est-elle pas au contraire sa dimension populaire ?

Cette déclaration de Martin Solveig, que j'aimerais voir dans son contexte, est assez symptomatique de cette dictature de la nouveauté qui prétend faire table rase du passé. La créativité est toujours bienvenue, et j'apprécie infiniment un bon clip ou une bonne animation de VJ, et je préfère toujours mes 7000 vinyles à tous les autres supports existants. Mais la musique est la musique, elle se suffit a elle-même, merci, et la bonne musique existera toujours par elle même sans avoir besoin d'être accompagnée d'un support visuel. Celui-ci peut simplement parfois représenter un plus, quelquefois avec un impact très fort. Il arrive aussi - trop souvent malheureusement - qu'une chanson médiocre soit rendue plus intéressante par un clip brillamment réalisé. Mais dans ce cas l'oeuvre artistique est le clip et non la musique.

Lady Gaga représente-t-elle une exception ou cet "élargissement" de la musique est-elle une tendance lourde ?

Il y a des tendances de fond, comme le VJing qui compte de réels talents. Mais Lady Gaga n'invente rien, elle est juste en elle même un produit marketing, et non une artiste.

Elle est donc dans cette frénésie si actuelle de la recherche permanente de nouveauté à vendre, ou plutôt de recyclage de choses inventées avant elle et que l'on cherche a faire passer pour des nouveautés.

Comment l’industrie musicale peut-elle se saisir du phénomène ? Cela représente-t-il un danger ou une opportunité pour elle ?

Si par industrie musicale on entend les "majors companies", elles sont toutes entières dévouées à "travailler" des "produits" comme Lady Gaga. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Danger ou opportunité ? Comme je l'ai déjà exprimé ailleurs, les maisons de disque ont depuis longtemps transféré le pouvoir aux hommes du marketing et on ne peut pas dire que les résultats soient positifs. Certes nous vivons à une époque ou le zapping, la nouvelle sensation, le nouveau look, la nouvelle provocation passent pour de l'originalité ou de la créativité. C'est une époque qui déifie un Russell Brand alors qu'ils a autant de profondeur que le regard de Lady Gaga...

A vrai dire tout dépend du public. Va-t-il se laisser imposer passivement les "produits" passant dans les canaux aux service des gens du marketing ? Ou se dirigera t-il vers des choses plus authentiques, artistiquement plus créatives... Ces deux mondes ont toujours coexisté : la culture de masse et les réseaux indépendants, même s'ils ne sont pas forcément liés au binôme musique commerciale et musique de qualité. Il y a beaucoup de créativité dans l'underground musical, particulièrement en ce moment dans des pays comme l'Angleterre, l'Afrique du Sud, le Brésil... Mais les médias qui diffusent Gaga n'ont même pas idée de l'existence de ces phénomènes. Ce sont deux mondes différents, avec parfois des passerelles, comme pour James Blake.

Il faut juste déplorer que presque toujours les projets visant à mettre en avant la qualité artistique soient refusés ou considérés économiquement non viables par les gros médias. Ce qui est une erreur et une bêtise.

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