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Un ralentissement de la croissance de la productivité agricole mondiale a été constaté.
Un ralentissement de la croissance de la productivité agricole mondiale a été constaté.
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Agriculture mondiale

La productivité agricole est en baisse sur la planète et ça n’est pas du tout la bonne nouvelle qu’imaginent les écologistes

Des données recueillies et analysées par le Service de recherche économique du Département américain de l’agriculture ont révélé que la réduction de la croissance de la production agricole mondiale est fortement liée à un ralentissement récent de la productivité agricole.

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein

Gil Rivière-Wekstein est rédacteur pour la revue Agriculture et Environnement. Il est l'auteur du livre "Panique dans l’assiette, ils se nourrissent de nos peurs". 

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Atlantico : Compte tenu des progrès réalisés dans la compréhension de la génétique des plantes et de la manière de les soigner, ainsi que de la diffusion progressive de ces connaissances dans le monde, on pourrait s'attendre à ce que la croissance de la productivité agricole soit constante. A-t-on une explication à propos de la prévision d’un ralentissement de la productivité dans l’agriculture mondiale ? Pouvons-nous y remédier ?

Gil Rivière-Wekstein : Attention, l’article publié dans The Conversable Economistfait état d’un ralentissement de la croissance de la productivité agricole, et non de la productivité agricole. C’est-à-dire qu’il y a toujours une croissance. Ce taux, établi par le service économique du département américain de l’agriculture, se situait entre 2,23% et 2,79 pour la période de 1960 à  2010, alors que pour la décennie qui vient de s'écouler, il serait de 2,08%. Il est donc, en effet, le plus faible depuis plus de 40 ans. Cependant, l’auteur de l’article, Timothy Taylor, constate qu’il y a une différence notable entre les pays développés, dont le taux de productivité est resté en hausse constante depuis le début des années 1990, alors qu’il a décliné depuis cette même période dans les pays en développement, et principalement en Afrique subsaharienne. Il est même devenu légèrement négatif dans les années 2010.

Par ailleurs, l’article note également que la croissance de la production agricole augmente plus vite que la croissance de la population. C’est très rassurant, car cela démontre que toutes les théories malthusiennes assénées n’ont aucune raison d’être. Nous disposons largement des moyens techniques pour nourrir toute la population mondiale, et les endroits où la famine reste une réalité, principalement des lieux de conflits, s’expliquent par des conditions politiques, et non techniques.

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La croissance de la productivité agricole est d'une importance capitale. Dans de nombreuses régions du monde où les revenus sont les plus faibles, la majorité de la population locale pratique une agriculture de subsistance. Quel va être l’impact social et démographique d’un ralentissement de la croissance de la productivité agricole et de quelle importance vont être les implications politiques ?

La croissance démographique va surtout se produire en Afrique subsaharienne, où l’on estime que la population va doubler d'ici à 2050, pour atteindre 2,2 milliards d'habitants (soit dix fois plus qu'en 1960). Et cela va en effet se réaliser dans cette région du monde, où la productivité agricole est encore très faible, justement parce que l’agriculture est restée vivrière. Les paysans de ces pays n’ont, par exemple, pas accès à des semences de qualité, comme c’est le cas dans les pays développés. La mécanisation y est également très faible. Alors qu’en France, on dénombre 1 400 tracteurs pour 1 000 agriculteurs, ce chiffre chute à seulement 5 tracteurs pour 1 000 agriculteurs en Afrique, et 3 pour 1 000 agriculteurs en Chine !

C’est aussi l’endroit du monde où les pertes agricoles sont les plus importantes, notamment en raison du manque d’infrastructures.

Ces deux problèmes, endémiques depuis de très nombreuses années, demandent une réponse politique d’autant plus urgente que, comme ailleurs dans le monde, on assiste en Afrique à un taux de croissance considérable des populations urbaines, notamment à Lagos ou Kinshasa, deux mégapoles qui compteront plus de 20 millions d'habitants en 2030. Ce taux de croissance de la population urbaine africaine est l'un des plus élevés du monde – 4 % par an en moyenne entre 1960 et 2010 – et il devrait continuer à être supérieur à celui des autres régions d'ici à 2050. 

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L’Afrique va donc devoir non seulement produire plus mais également importer davantage de denrées alimentaires. C’est pourquoi toute la politique agricole décroissante de la Commission Européenne – le fameux projet Farm to Fork – est vraiment absurde, voire  dangereuse pour la stabilité politique du continent africain. Tout comme les programmes agricoles de certains de nos candidats à l’élection présidentielle, notamment ceux de Yannick Jadot et de Jean-Luc Mélenchon, qui s’inscrivent clairement dans un projet décroissant.

Des années 1960 à 2010, on observe, à la fois dans les pays développés et les pays en développement, qu’il y a une baisse drastique de l’utilisation d'intrants dans l’agriculture, qui semble impacter la productivité. Pourquoi une telle diminution ?

La baisse de l’utilisation des intrants – engrais ou produits phytosanitaires – est mutifactorielle. 

D’une part, il y a, comme en France, des progrès considérables qui ont été réalisés dans les pratiques agricoles, avec un usage plus juste de certains intrants. Cela a été possible notamment grâce aux outils à l’aide à la décision (OAD), mais aussi grâce aux progrès génétiques dans les semences, dont certaines sont plus résistantes aux agresseurs. Ainsi, l’utilisation de certaines plantes génétiquement modifiées, comme les plantes OGM résistant à certains ravageurs, a tout naturellement permis de diminuer l’usage d’insecticides.

D’autre part, le coût économique des intrants a explosé. Alors que ces produits étaient très abordables avant les années 1990, ils sont devenus bien plus onéreux, aussi de nombreux agriculteurs sont-ils passés d’un modèle intensif à un modèle dit « raisonné », c’est-à-dire à la recherche d’un rendement économiquement optimum et non d’un rendement maximum. 

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Enfin, depuis 2010, les normes environnementales ont imposé un modèle basé sur  des « contraintes », qui ont un impact évident sur la productivité. C’est surtout le cas en France, avec par exemple le cas des contraintes de gestion de l’eau et de nombreux projets d’irrigation qui n’ont pas pu voir le jour.

Vous avez donc raison de le souligner, il y a aussi une part d’idéologie dans certaines décisions qui ont été prises en imposant des normes très restrictives et mal adaptées, qui ont clairement impacté le niveau de production. L’irrigation n’en est pas le seul exemple. En France, les quantités d’azote sont ainsi limitées par des moyennes établies arbitrairement selon les cultures, ce qui met en péril à la fois le rendement et la qualité des récoltes, notamment en ce qui concerne le taux de protéine des blés meuniers pour faire le pain. L’expansion de l’agriculture biologique, qui impose des normes extrêmes par pur idéologie, comme par exemple l’interdiction de protéger les cultures avec des produits de synthèse, a aussi conduit à une très forte baisse des intrants, mais également à une très forte baisse de la productivité par hectare. D’ailleurs, dans le contexte mondial que vous avez évoqué, avec une hausse de la population, on peut en effet se poser la question de la pertinence de ce genre de politique…

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