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La plaie républicaine ouverte par Christophe Castaner n’est pas prête de cicatriser
©DR

Le bloc-pol de Laurence Sailliet

La plaie républicaine ouverte par Christophe Castaner n’est pas prête de cicatriser

Laurence Sailliet revient cette semaine sur le discours de Christophe Castaner et sur la polémique liée aux propos du ministre de l'Intérieur sur les accusations de racisme et de "violences policières" au sein de la police.

Laurence Sailliet

Laurence Sailliet

Laurence Sailliet, ex-porte-parole Les Républicains, est chroniqueuse politique.

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« L’émotion dépasse les règles juridiques ». Cette affirmation de Christophe Castaner résonnera longtemps dans les esprits de tous ceux qui pensent légitimement que la France est un État de Droit. Nous aurions pu l’entendre de la bouche d’un révolutionnaire de pacotille ou d’un quelconque agitateur, ceci nous aurait peu éms. Que l’émetteur soit le Ministre de l’intérieur lui-même, qui a pour principale mission de maintenir la cohésion des institutions du pays et de garantir aux citoyens l'exercice des droits, devoirs et libertés affirmés par la Constitution, rend l’affirmation grave et lourde de conséquences. 

Le propos n’est pas d’accabler un acteur politique fragilisé, même si l’on ne peut que ressentir une très grande incompréhension et de la colère, parce qu’il a lâché les « siens » oubliant qu’il était le premier flic de France. Il ne s’agit pas non plus de décrire les coulisses de cette faute politique mais plutôt de constater le délitement de l’Etat de droit et ses conséquences. Sur quoi peut-on se baser, sur quelles règles et valeurs si ce qui est interdit est en fait autorisé ? Vaste question... Plus concrètement nous devons déjà admettre qu’en France, il ne sera dorénavant plus possible d’interdire un rassemblement quel qu’en soit les risques pour nos concitoyens. La sécurité des biens et des personnes n’est plus une priorité dans le monde d’après, celui que pourtant on espérait meilleur. Enfin en tous cas, ce sont nos forces de l’ordre qui une fois de plus compensent par leur dévouement et leur courage les mauvaises décisions prises en amont. Au passage, constatons que le risque sanitaire lié au Coronavirus a disparu, comme par magie, le temps des manifestations. Un peu comme si les participants avaient trouvé une forme d’immunité dans cette émotion qui les mobilise, la même qui rend tolérable ce qui est interdit. Oust les théories scientifiques sur les risques de contamination, les mesures barrières ou même la recherche d’un vaccin et d’un remède. Tout ceci n’existe plus, s’est effacé un temps et a cédé face à la pression de quelques organisateurs désireux d’exploiter la mort tragique d’un homme en attisant la haine des flics. Des milliers de personnes se sont donc rassemblées et entassées en pleine période d’un déconfinement qui se voulait pourtant progressif. Comment ne pas comprendre la colère de tous ceux qui perdent leur emploi, déposent le bilan de leur entreprise, subissent les contraintes strictes liées aux règles sanitaires et qui constatent que d’autres s’en affranchissent sans vergogne ? Comment ne pas comprendre la lassitude et l’incompréhension des restaurateurs qui jusqu’à hier se cantonnaient avec discipline à recevoir leurs clients en terrasse avec les difficultés financières occasionnées par cette organisation imposée ? 

Emmanuel Macron a donc pris la parole au crépuscule d’une semaine triste pour la cohésion nationale et l’idéal républicain. Au- delà de quelques bonnes nouvelles, qui par ailleurs auraient pu être énoncées par son premier ministre, il a prononcé la phrase tant attendue en direction des policiers : « Sans ordre républicain il n’y a ni sécurité, ni liberté. Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation ». Celle-ci ne manquait ni de justesse et ni de profondeur. 

Peut-être aurait-il pu l’énoncer avec plus de force, celle du chef de guerre auquel il nous a habituée.  Il est pourtant difficile de lui en faire la critique tant elle désavouait son ministre de l’intérieur. Sera-t-elle suivie d’effet ? En tous cas ce qui est certain c’est que nos policiers et gendarmes ne s’en contenteront pas et que le temps sera nécessaire pour que cicatrise cette plaie républicaine. 

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