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La nouvelle Bataille d’Angleterre
©FREDERICK FLORIN / AFP

Disraeli Scanner

La nouvelle Bataille d’Angleterre

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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Hughenden, 

Le 15 septembre 2019

Mon cher ami, 

Guy Verhofstadt et l’Empire

A première vue, c’est un clown triste, sinistre même. Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et représentant du Parlement Européen dans les négociations du Brexit, rendait visite au parti Libéral-démocrate, hier samedi.  Je crois qu’il faudrait que les Libéraux-démocrates, qui militent maintenant ouvertement pour le retrait de l’Article 50, organisent une tournée de six semaines pour notre illustre ami d’outre-Manche. Nous avons eu droit hier à un éloge des empires et un discours condescendant sur cette pauvre Grande-Bretagne qui prétend rester à l’écart des grands mouvements du monde ! Un tel discours, correctement diffusé en boucle, est sûr de faire perdre quotidiennement des centaines de milliers de voix aux Remainers. Pendant qu’il parlait, mon fils l’a croqué d’abord de quelques coups de crayons, le menton en avant, botté et vêtu d’un uniforme impeccable, en train de déclarer : « L’Angleterre doit se rendre !». Puis il a fait un deuxième dessin représentant le Sénat de la République dans Star Wars - quelle ressemblance avec le Parlement européen !.... Il faudrait vraiment que Verhofstadt récidive: j’ai vu hier de nombreuses personnes ayant voté Remain et déclarant sur les réseaux sociaux ne pas avoir voté pour cela....

Triste spectacle que celui donné par le parti Libéral-démocrate. Avez-vous vu ces photos où Verhofstadt et une femme député européen britannique brandissent le T-shirt « Bollocks to Brexit », dont j’imagine que vous le traduiriez « Le Brexit, on s’en bat les c... »? Qu’est-ce qu’un tel parti a encore de libéral ou de démocrate? Peut-on imaginer plus terrible insulte à la démocratie, au peuple britannique? Y a-t-il rien de plus terrible que cette vulgarité? Je ne sais même pas si c’est pour faire peuple que des Remainers ont répandu ce slogan depuis un an environ. D’autant plus que je voudrais voir le moindre de ces gens prêts à insulter le peuple de loin et s’écrasant s’il se trouvait face à un ouvrier britannique ayant voté Brexit, indigné d’être dépossédé de son vote et prêt à rappeler le principe de réalité à Verhofstadt & Cie par un direct du droit. Non, c’est tout simplement de la vulgarité d’âme. Une façon d’imiter les dirigeants américains - mais eux respectent la démocratie, malgré tout. Les Remainers hystériques et leurs complices bruxellois, pour tuer la liberté, ne piétinent pas seulement la vérité et la morale; mais ils cultivent la laideur. Relisons les pages de Burke sur le sens du sublime. Etre conservateur, c’est aussi vouloir préserver la beauté des choses. Nous devons détester Verhofstadt & Cie non seulement parce qu’ils vont à rebours des attentes de leur époque, parce qu’ils méprisent la démocratie et les petites gens mais parce que si l’on les laisse faire ils banniront la beauté du monde, laissant les âmes se dessécher. 

Cette nouvelle Bataille d’Angleterre est moins sanglante mais non moins vitale que la précédente

Ce qui se joue en ce moment sur le territoire britannique est essentiel non seulement pour notre peuple mais pour l’Occident. C’est une nouvelle Bataille d’Angleterre. Elle est moins sanglante que la précédente mais elle n’en est pas moins vitale pour la démocratie. 

Nous sommes dans la phase ultime de la révolte des élites amorcée dans les années 1960. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans l’ensemble de l’Union Européenne, la majorité de ceux qui sont diplômés d’université font corps autour des plus riches pour construire un monde où l’on soit délié de toute responsabilité vis-à-vis des moins éduqués, des plus pauvres. Christopher Lasch avait décrit ce phénomène dès les années 1990. Il y a quelques années, David Goodhart avait espéré un compromis entre les deux blocs opposés, de Remainers et de Leavers, ceux qu’il appelle les « Anywheres » et les « Somewheres ». Mais ce à quoi nous assistons depuis l’élection de Donald Trump et la dissolution manquée de Theresa May, c’est à une radicalisation des « Anywheres ». A partir du moment où le jeu démocratique ne leur donne plus la majorité, la « révolte des élites » se radicalise. Une véritable « guerre de sécession » s’engage: regardez comme les Remainers ne se cachent même plus quant à leurs intentions. La présidente du parti Libéral-Démocrate le mal nommé ne se cache pas de vouloir révoquer l’article 50. Et ce refrain est repris en coeur par le maire de Londres et par bien d’autres. Les mêmes espèrent pouvoir maintenir le parlement actuel en session le plus longtemps possible, sans nouvelles élections. Les mêmes qui réclament un second référendum refusent des élections générales. Au même moment leurs cousins italiens se sont arrangés pour neutraliser Matteo Salvini comme chez nous on essaie de neutraliser Boris Johnson. C’est la même guerre de sécession des élites qui est menée à Washington, à Londres, à Paris, à Rome. Chez vous, la sécession des élites a l’air plus avancée que chez d’autres puisque vous avez à la tête de l’Etat un président de la République qui a fait de cette révolution le principe directeur de son gouvernement, ouvertement. 

J’aime tant votre pays. J’aurais aimé qu’il montrât l’exemple. Il y a quatorze ans, le peuple français a voté non au Traité Constitutionnel Européen. Les élites françaises et européennes se sont révoltés. Même cette moitié de conservateur qu’était Nicolas Sarkozy est tombé dans le piège. Il est l’un des auteurs du traité de Lisbonne, manière de ramener par la fenêtre le traité constitutionnel qui avait été chassé par la porte. Nicolas Sarkozy n’a pas survécu à cette trahison et la voie a été libre pour le Corbyn français, François Hollande, avant que surgisse un authentique « Lib-Dem », présage terrifiant de ce qui attend les Britanniques si Boris Johnson échoue. 

Les Brexiters doivent-ils être privés du droit de vote ? 

Après le mauvais choix de Nicolas Sarkozy, c’est chez nous que l’on a pris le relais, alors, notre peuple réclamant, d’abord sans l’obtenir, un référendum sur le Traité de Lisbonne; puis finissant, à force de courage, au sein du parti conservateur, et avec beaucoup d’illusions au sein du parti libéral-démocrate (on y était certain que le Remain l’emporterait), par l’imposer. Le 23 juin 2016 a été un véritable choc pour nos élites. Vous rappelez-vous tous ces adultes qui pleuraient comme des niquedouilles parce que leur bulle venait d’éclater? Savez-vous que l’on a envoyé une cellule d’accompagnement psychologique aux Britanniques de Bruxelles, la même que celle qui les avait écoutés après l’attentat terroriste de Bruxelles quelques mois auparavant? Cette anecdote en dit tellement long: à la fois sur la fragilité psychologique de tous ces gens hyperprotégés, tenus à l’écart du réel; et surtout sur leur comportement inconscient d’enfants les plus gâtés de l’histoire, qui voient les Leavers comme les vrais terroristes ! On fait tout pour nier la violence des islamistes; en revanche on voudrait bien que les Leavers soient interdits de vote, enfermés même, pour avoir enfreint les règles, les codes du monde néolibéral. 

Mon cher ami, Boris se bat courageusement. Il négocie. Il va sans doute avoir de la chance: le risque de récession dans l’Union Européenne a ramené un peu de rationalité dans la négociation, du côté de l’UE. Surtout le sentiment se répand à Bruxelles que l’on n’est pas sûr de vouloir garder dans l’Union cette réalité chaotique que semble être devenue la Grande-Bretagne. Attendons de voir. En tout cas, nous ne devons avoir aucun doute sur le fait que l’hystérie des Remainers jusqu’au-boutistes va encore augmenter cette semaine. Cependant il se peut que cette radicalisation permanente devienne contre-productive, même à Westminster. 

Bien fidèlement à vous 

Benjamin Disraëli 

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