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La notion de "zone d’acceptabilité", ou comment les universitaires en viennent à ostraciser ceux qui osent s'affranchir de la pensée dominante
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La notion de "zone d’acceptabilité", ou comment les universitaires en viennent à ostraciser ceux qui osent s'affranchir de la pensée dominante

L’idéologie contemporaine, "migratoire", mondialiste, antiraciste, multi-culturaliste, présente comme des vérités ce qu’on imaginait être des "positions", empêche le débat d’idées et fausse la compétition démocratique. Elle stigmatise tout individu qui oserait mettre en doute ce qui apparaît comme un dogme incontestable. Extrait de "Face au discours intimidant", de Laurent Fidès, aux éditions du Toucan (1/2).

Laurent Fidès

Laurent Fidès

Laurent Fidès est ancien élève de l'Ecole Normale Supérieur et agrégé de philosophie.

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La notion de « zone d’acceptabilité »

Très révélatrice, l’affaire Gouguenheim déclenchée en avril 2008 par un ouvrage de vulgarisation dans lequel l’historien médiéviste soutenait la thèse d’une filière occidentale dans la transmission de l’héritage grec. Pour avoir osé contester une vérité officielle, Gouguenheim subit la pression d’un certain nombre d’universitaires qui l’accusèrent d’islamophobie et de racisme et organisèrent contre lui des pétitions. Face à cette réaction déchaînée et totalement disproportionnée s’agissant d’un sujet académique, des spécialistes de la question prirent sa défense, ainsi que des historiens polonais qui reconnurent dans ces méthodes d’intimidation les pratiques de l’époque soviétique.

>>>>> A lire également : Discours intimidants : ces "mots-pièges" qui formatent insidieusement nos esprits à l'ère du mondialisme

Sylvain Gouguenheim, Renaud Camus, Maurice Dantec, Richard Millet… font figure d’« intellectuels dissidents », parce qu’ils ont eu l’audace d’exprimer un point de vue personnel distinct des croyances obligatoires ou de s’exprimer dans des termes qui avaient été mis à l’index par les forces bien-pensantes, ce qui s’appelle, dans la phraséologie du discours intimidant : « franchir la ligne rouge » ou « commettre un dérapage ». Retenons ces métaphores : elles sont intéressantes parce qu’elles révèlent sans la moindre ambiguïté l’existence d’une « zone d’acceptabilité », autrement dit d’un espace discursif normalisé à fonction intimidante.

La délimitation d’un périmètre d’acceptabilité est un phénomène que Tocqueville repérait déjà dans la démocratie américaine : « En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites, l’écrivain est libre ; mais malheur à lui s’il ose en sortir. » L’intimidation n’est pas ici menace de mort, mais menace de rejet : « Vous êtes libre de ne point penser ainsi que moi ; votre vie, vos biens, tout vous reste ; mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous. » Dans ces conditions, les écrivains et intellectuels ont tendance à s’autocensurer : « L’Inquisition n’a jamais pu empêcher qu’il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L’empire de la majorité fait mieux aux États-Unis : elle a ôté jusqu’à la pensée d’en publier. » Le citoyen intimidé craint donc d’être blâmé, conspué, jugé infréquentable et rejeté (parfois simplement par le groupe de ses collègues).

La zone d’acceptabilité correspond à ce qu’un groupe peut consentir à critiquer, à mettre en doute, à soumettre à la discussion. Au-delà, l’individu transgresse un interdit et s’expose donc à une exclusion symbolique, à une condamnation judiciaire, ou au lynchage médiatique, le risque étant ici de se retrouver exposé, pour avoir pensé quelque chose, à une foule qui, par définition, ne pense pas.

Sans se réclamer de Tocqueville, mais en s’y référant volontiers, Renaud Camus indexe le lynchage médiatique qu’il a lui-même subi sur ce qu’il appelle « la dictature de la petite bourgeoisie », c’est-à-dire le pouvoir de nivellement normatif d’une classe moyenne intégrationniste qui aime l’étranger comme un autre « soi-même » assimilable, mais refuse toute extériorité et cherche à suturer toutes les failles, à réduire toutes les fractures et à autocélébrer sans cesse « sa globalité, sa massivité, son unicité symbolique ».

J’appelle donc « discours intimidant » ces actes de langage qui ont pour fonction de contenir l’individu ou le citoyen dans la « zone d’acceptabilité ». Un tel discours présente trois caractéristiques essentielles : la menace d’exclusion, la culpabilisation, le chantage compassionnel

Extrait de "Face au discours intimidant - Essai sur le formatage des esprits à l'ère du mondialisme", de Laurent Fidès, aux éditions du Toucan, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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