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Manuel Valls et David Cameron.
Manuel Valls et David Cameron.
©Reuters

Une politique qui ne disait pas son nom

La méthode Cameron ou l’austérité qui n’en était pas : Valls en voyage au pays de l’inversion totale de la courbe du chômage

Le Premier ministre français, Manuel Valls, est en déplacement au Royaume-Uni afin du bienfondé de ses réformes alors que la tendance est depuis plusieurs mois au "French bashing" dans les médias britanniques. Si David Cameron avait annoncé de conséquentes coupes budgétaires lors de son arrivée au pouvoir en 2010, à y regarder de plus près...les dépenses de l'Etat outre-Manche ont considérablement augmenté.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Quand Cameron arrive en 2010, on va voir ce qu’on va voir : la dépense publique va diminuer. C’est encore mieux que les 110 milliards de François Fillon : il a le pouvoir, des marges qui n’existent pas chez nous (l’emploi public est moins rigide qu’en France, et surtout l’activité est plus robuste et le chômage baisse, il faut dire qu’ils n’ont pas l’euro cher), les conditions sont idéales d’autant plus que la Banque d’Angleterre achète 375 milliards de Livres Sterling ce qui permet d’amortir un choc budgétaire. Les taux d’intérêt nominaux sont contenus, les taux réels sont négatifs. Tout est prêt. Et voici le résultat après 4 années de propos martiaux sur le reengineering de l’Etat outre-Manche :

Oups ! Quelle surprise : il semble qu’il existe un petit décalage entre la version officielle (Berlusconi-la-dépense, Cameron-la-vertu) et la réalité (en dépit d’une conjoncture économique beaucoup plus favorable, les Britanniques ne réduisent pas plus la dépense que les Européens depuis 2010, loin s’en faut). Voilà le profil des chiffres plus précisément et pas de rupture :

L’approche est doublement churchillienne : tout d’abord, promettre du "sang, de la sueur et des larmes". Maintenir cette communication martiale pour mobiliser les troupes et ne pas se faire trop doubler sur sa droite. Mais, dans le même temps, dans le monde réel, "to jaw-jaw is always better than to war-war". Pourquoi réduire les dépenses quand il suffit de faire semblant de le faire ? Qui va venir critiquer cette inaction, les dépensolâtres proto-keynésiens ? A part quelques économistes, qui va simplement venir vérifier ? Et l’agence de comm’ du 10 Downing Street fera toujours plus de bruit que ces quelques économistes.

On ne va pas pleurer si le Royaume-Uni continue de violer allègrement la règle des 3% de déficits publics : cette règle est idiote, illégitime, violée par tous depuis le début, contreproductive et pro-cyclique, hypocrite et pas du tout suivie par les marchés qui s’en moquent. Ceci dit, ne pas réussir à redresser les comptes publics sur une période où le chômage baisse de 10% à 6% et où il n’y a pas un vaste "tax cut", ce n’est guère brillant. Margareth Thatcher n’avait pas enregistré des résultats très probants non plus sur les fronts budgétaires et structurels jusqu’en 1983, c'est-à-dire au cours de ses 4 premières années au pouvoir, mais le climat intellectuel et monétaire de l’époque était beaucoup plus hostile. En fait il est bien possible que Cameron gâche de bonnes années, comme naguère Tony Blair.  

Pourtant, des efforts sont faits. Rien à voir avec la France. Il y a bien quelques réformes outre-Manche qui ne tombent pas dans le vide, et une volonté de rétrécir l’emploi public. Les missions sont rediscutées, les statuts bougent. Le graphique ci-dessous en atteste. Mais pour l’heure c’est insuffisant pour briser la dépense, soit par application de la formule de Beregovoy (moins d’agents publics, mais mieux payés), soit pour indemniser les perdants, auquel cas nous verrons peut-être du mieux dans les années à venir.

On est loin de la France où quelques centaines de pilotes surpayés obtiennent satisfaction en 8 jours d’une grève à la fois dangereuse et impopulaire, et où il sera donc délicat de demander des efforts à des millions de petits salariés payés 5 à 10 fois moins.   


Pour ma part, je suis un libéral convaincu et un défenseur mordicus de la Couronne. J’adhère à 100% aux discours de Cameron. Mais je suis aussi un indécrottable friedmanien, et il se trouve que Milton recommandait de ne pas juger les politiques sur leurs intentions mais sur leurs actes. En Occident les politiques (de droite comme de gauche) savent qu’ils ne peuvent plus être élus sans un discours sur la réforme, mais qu’ils ne peuvent pas être réélus s’ils font de vraies réformes (comme le montre l'exemple Schröder). Alors méfiance, pas de triomphalisme, souvenons-nous qu’il n’y aura jamais de réformes fiscales et structurelles significatives sans une détente monétaire préalable, et Vive la Reine.

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