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Les députés ont achevé tôt vendredi matin l’examen du projet de loi autorisant le mariage homosexuel.
Les députés ont achevé tôt vendredi matin l’examen du projet de loi autorisant le mariage homosexuel.
©Reuters

Tour de passe-passe

La lueur au bout du tunnel : comment le gouvernement fait-il pour croire qu'il y aurait une bouffée d'oxygène en vue ?

Les députés ont achevé tôt vendredi matin l’examen du projet de loi autorisant le mariage homosexuel, après deux jours de débat et une nuit agitée puisque l’hémicycle a échappé de peu à une bagarre.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Vite, qu’on en finisse avec le mariage gay et que l’on passe à autre chose! Dans les allées du pouvoir (- et sans le reconnaitre explicitement dans les rangs de l’opposition),  on ne cache pas qu’on a hâte de conclure ce débat, dont les derniers soubresauts montrent que la discussion parlementaire  a atteint ses limites. Car à  Gauche on a fini par prendre conscience qu’avec un  débat qui s’éternise  au Parlement , les Français ont eu  le sentiment que le "mariage pour tous" était devenu l’Alpha et l’Omega de la vie politique, plus important aux yeux de la majorité que LA question qui  préoccupe tout le monde , à savoir  l’emploi. L’avenir dira si le Gouvernement a  bien fait  d’accélérer le tempo  en avançant la date de la deuxième lecture à l’Assemblée, prenant ainsi de court et provoquant leur colère  des opposants à la réforme qui préparaient une nouvelle "Manif pour tous" nationale le 26 mai prochain, ou si cette accélération fera au contraire durer les tensions qu’elle a fait monter .

Dans les rangs de la Gauche on est convaincu qu’il fallait accélérer, car au fil des semaines, la contestation autour de cette promesse électorale de François Hollande n’a cessé d’enfler et la  pomme de discorde originelle entre la Droite et la Gauche s’est  muée en déchirement, jetant des centaines de milliers de personnes dans la rue, réveillant l’homophobie et offrant une  occasion rêvée aux activistes d’extrême-droite de provoquer des accrochages violents. Cette radicalisation suscite aussi gêne et embarras dans les rangs de la droite modérée dont les représentants ne se sont pas beaucoup montrés dans l’hémicycle pendant le débat.

 A écouter les élus de la majorité, l’heure de la contre-offensive a donc sonné. Rien ne permet cependant d’indiquer qu’elle sera ordonnée et qu’elle ne provoquera pas de nouvelles confrontations internes. A Matignon, c’est perceptible,  Jean-Marc Ayrault est à l’offensive : le Premier Ministre  a obtenu  une "standing ovation" aux questions d’actualité, alors qu’il devait jusqu’à présent se contenter d’applaudissements polis, souvent un peu forcés . Il reprend l’initiative sur le terrain économique, bien  décidé à promouvoir la "boite à outils" évoquée par François Hollande, vantant le Crédit d’impôts, trop méconnu (-parce que mal  vendu ), des entreprises : cette disposition , adoptée à la fin de l’automne après une avalanche d’augmentations fiscales, est censée leur permettre d’accroitre leur compétitivité en faisant des économies sur leurs charges sociales. Mais il est difficile d’expliquer qu’on "aime l’entreprise" tout en détestant la Finance . De leur coté les députés veulent du concret et réclament , à l’instar de Thomas Thévenoud , le successeur d’Arnaud Montebourg en  Saône et Loire, des gestes forts : à la fois  "des marqueurs de gauche" (- la fin immédiate du cumul des mandats par exemple), mais aussi "la diminution de la dépense publique qui accompagnerait une réduction des échelons territoriaux." Pas sûr qu’ils obtiennent satisfaction sur toute la ligne.

François Hollande que ses amis décrivent comme "énervé" qu’on le qualifie de "pépère" prend  certes, le mors aux dents pour  tenter  de remonter dans l’opinion, mais pour l’heure il entend surtout tirer les conséquences de l’affaire Cahuzac , avec la loi sur la moralisation de la vie publique ..  Va-t-il remanier le gouvernement  pour le resserrer autour de Jean-Marc Ayrault, comme le lui suggèrent  les hiérarques socialistes, et comme le réclame ouvertement la base? La décision lui appartient. "Le remaniement est une arme qui ne se manie qu'une fois. Il ne faut pas l'user trop tôt. Il ne faut pas surestimer ce qu'un remaniement peut produire dans l'opinion. Le sujet n'est pas la forme mais le fond "prévient encore Cambadélis .

François Hollande  a pu mesurer les inconvénients d’une visite prolongée en province lors de son  déplacement à Dijon, (-où son interpellation par un syndicaliste a monopolisé les antennes). Place donc aux déplacements ponctuels comme celui effectué à Roissy pour montrer qu’il se préoccupe de la protection des Français, alors que des menaces extérieures  planent sur le pays en raison de notre engagement au Mali. Le Chef de l’Etat se remet à faire de la politique .Il se veut implacable en matière de transparence et joue l’intransigeance : "Il a peut-être un problème de lisibilité", admet  Jean-Christophe Cambadélis, le  numéro deux du PS, dans une interview au Figaro,"il  sait être très dur", assure François Rebsamen, le président du groupe socialiste au Sénat .La divulgation du patrimoine des ministres a fait grincer des dents. Celle des parlementaires effraie les élus qui redoutent les réactions locales. Claude Bartolone se fait leur interprète, en expliquant que la publication de son patrimoine n’aurait pas empêché le mensonge de Jérôme Cahuzac .Il n’est pas entendu . Pour l’heure on calme les inquiétudes en expliquant que la future Haute Autorité décidera des modalités de la publication. Sous quelle forme ?  Sous couvert d’anonymat, certains reprochent au Chef de l’Etat de vouloir "se refaire une santé sur le dos des élus". La nervosité est perceptible . Laissant les  plus récalcitrants à leurs récriminations, François Hollande s’efforce  de convaincre les hésitants, surtout les plus jeunes . Après avoir clamé qu’il « ne convoquerait pas les députés  à l’Elysée comme son prédécesseur », le président de la République a fini par découvrir les charmes de l’invitation. Une dizaine de nouveaux députés ont été reçus à diner en toute discrétion en début de semaine .Une première. Certains ne connaissaient pas le Chef de l’Etat. Ils ont  évidemment  été conquis  et ont promis de soutenir ses réformes. Quoi de plus normal ?

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