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La loi Kafala, cette disposition juridique qui permet au Qatar d'interdire à toute personne de quitter son territoire de manière totalement arbitraire
©Lazy Sam

Bonnes feuilles

La loi Kafala, cette disposition juridique qui permet au Qatar d'interdire à toute personne de quitter son territoire de manière totalement arbitraire

"Je suis arrivé en août 2007 pour travailler au Qatar ; j'ai dû payer 250 000 euros en octobre 2013 pour pouvoir en partir." Extrait de "Séquestré au Qatar", de Stéphane Morello, publié aux éditions Max Milo (2/2).

Stéphane Morello

Stéphane Morello

Stéphane Morello vit actuellement au Qatar avec femme et enfans mais il a changé d'employeur et de métier. Il est désormais Professeur des écoles.

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« À l’origine, la kafala est le nom donné à une procédure d’adoption particulière au droit musulman, procédure par lequel un enfant naturel peut être adopté. Il conserve son patronyme et ne bénéficie ni du nom de famille de son kafil, son parrain, ni des mêmes droits à l’héritage qu’un enfant légitime. Au Qatar, c’est le nom qui est donné à cette loi locale, quasi unique dans le monde et à laquelle est soumise toute personne venue résider au Qatar sans appartenir à la nation qatarie : elle protège la personne qui vous permet de venir résider sur le territoire qatari, en général l’employeur. En effet, le Qatar n’est pas, pour la majorité des expatriés, un pays où on envisage de s’installer définitivement. Les séjours de courte durée y sont fréquents. Ainsi, le kafil, le sponsor ou parrain étant responsable des éventuelles dettes que le sponsorisé aurait pu contracter lors de son séjour, est investi du pouvoir de vous interdire, à sa seule discrétion, de sortir du territoire tant qu’il n’a pas la certitude que vous êtes en règle. Et pour cela, nul besoin de démarche ni de justification.

>>>>>> A lire également : Stéphane Morello, entraîneur de foot séquestré au Qatar : comment l'émirat se débarrasse des étrangers qui ne lui sont plus utiles

 

C’est bien évidemment l’abus de ce pouvoir qui m’a conduit à rester prisonnier durant ces cinq années. Mais mon cas est loin d’être isolé. En même temps que ma situation, les médias ont mis en lumière celles d’autres Français. Des procédures judiciaires étant en cours en France et au Qatar, je ne peux, sans risque d’interférer avec les procédures d’instruction en dire tout ce que j’en sais. Mais nous ne sommes pas les seuls ! Loin de là.

J’ai pu rencontrer, au cours de réunions avec Human Rights Watch, des ressortissants d’autres nationalités qui se débattaient dans des situations similaires, comme ce haut responsable de la chaîne Al-Jazira et son épouse qui, au moment où je les ai rencontrés, étaient dans l’impossibilité de partir depuis de nombreux mois. Beaucoup n’osent pas se rebeller ou craignent d’en parler. Sans compter les centaines d’ouvriers venus d’Inde, du Bangladesh, du Népal, des Philippines… qui se voient délestés de leur passeport dès leur arrivée sur leur lieu de travail. Qui les entendra ? Qui les soutiendra ? Qui fera entendre leur voix ? Un journal anglais… Peut-être.

Les autorités qataries, conscientes du problème, ont assuré vouloir y remédier en assouplissant la kafala et en infligeant des sanctions à ceux qui en abusent pour servir leurs intérêts. Mais en attendant, chacun peut se retrouver entravé, incapable de quitter le pays pendant un temps indéfini par le seul fait du prince.

Comment en est-on arrivé à cette situation de perdant/perdant ? Qui en est responsable ? Où sont les coupables ? Au Qatar ? En France ? Des deux côtés ?

Voici les faits tels que je les ai vécus. Faites-vous une opinion… »

Extrait de "Séquestré au Qatar", de Stéphane Morello, publié aux éditions Max Milo, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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