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La justice en termes de rémunération n'existe pas
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La justice en termes de rémunération n'existe pas

Même si la retraite chapeau à laquelle Philippe Varin a décidé de renoncer était manifestement excessive, l'opprobre ne doit pas être jetée uniquement sur le secteur privé et les grands patrons.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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L’épisode de la retraite "chapeau" de Philippe Varin, même si celui-ci y a, de son plein gré renoncé officiellement, ouvre une vanne de contestations et d’indignations. Si l’on prend les 120 premières entreprises françaises il y aura forcément de quoi s’indigner de tout ce qui compose la rémunération des dirigeants (stock-options, retraites "chapeau", intéressements, primes…) car si l’on recherche la justice ou plutôt le sentiment de justice c’est inutile, cela n’existe pas. Oui, les différences de rémunération entre des grands patrons et un salarié lambda ont augmenté de façon significative et excessive depuis 20 ans. Oui, c’est le cas partout dans le monde. Oui, c’est le fait du capitalisme. Oui, dans certaines circonstances, c’est vraiment choquant, mais la barricade de la loi pour limiter les revenus et la ligne Maginot protectionniste dont les Français rêvent pour vivre dans leur monde idéal égalitariste ne fonctionne pas, sauf à les appauvrir tous gravement à court terme.

Alors oui, l’autorégulation, la pression de l’opinion publique, l’image de l’entreprise, le poids (insuffisant) des parties prenantes à savoir fournisseurs, salariés, banquiers, actionnaires, etc. peuvent être déterminants et plus efficaces qu’une loi de plus qui s’ajouterait à la fiscalité déjà punitive pour ceux que nous considérons comme des voleurs de la richesse nationale !

Puisque nous sommes sous l’opprobre de politiques de tous bords, offusqués avec application pour suivre une opinion publique qu’ils contribuent à désinformer, encouragés par des médias donneurs de leçon, posons-nous aussi la question des retraites "sombreros" ! On peut en effet qualifier de "retraite  sombrero" celui qui, engagé dans la Fonction Publique pour son premier boulot, qu’il soit prof, conducteur de RER ou contrôleur des impôts, a instantanément, qu’il soit bon ou médiocre, bosseur ou flemmard, la garantie de l’emploi pour sa vie entière, retraite assurée (jusqu’à la faillite de l’Etat) sans prise de risque et à l’abri de tout licenciement et du chômage. Et ça, en revanche ce serait parfaitement  normal et "juste" ?!

On a actuellement l’indignation très sélective surtout au moment où la prise de conscience est générale sur le fait que nous ne pourrons pas, sans réformes, assurer le financement de ces retraites. L’indignation concernant le secteur privé accusé d’avoir "provisionné" une retraite est totalement sans fondement voire hallucinante ! La cigale de la Fonction Publique est-elle à l’abri de toute critique ? La fourmi du secteur publique ayant promis et attribué sans vergogne, se trouve pourtant fort dépourvue depuis que la crise fut venue. Oui, il est inadmissible, scandaleux, outrageant que les syndicats aient refusé que l’on crée une caisse pour provisionner les retraites de la Fonction Publique ; les "retraites  sombreros" étant assurées en allant piquer dans la poche du contribuable…

Alors ne mélangeons pas tout ! Autant il peut être violent de voir une retraite très élevée garantie au dirigeant d’une entreprise qui perd de l’argent et qui a demandé un effort aux salariés et il faut absolument y réfléchir, autant un contrat de droit privé ne concerne pas la puissance publique.

On peut aussi se poser la question suivante : "A combien estime-t-on la valeur d’un PDG lorsqu’on va le chercher ?". C’est à ce moment-là que l’on établit son contrat et on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ! Lorsqu’il s’agit de redresser une entreprise, on est prêt à payer très cher celui qu’on estime en être capable, à un instant T.

C’est au conseil d’administration et à la société civile de réfléchir à une proportionnalité qui serait la règle. Remarquons au passage que les fameux "fonds de pension" américains qui passent pour des tortionnaires, ont une gestion très rigoureuse du boss : dès que celui-ci perd de l’argent il est révocable ad nutum (comme tous les patrons d’ailleurs) mais les fonds dégainent plus vite que leur ombre et n’hésitent pas à imposer de drastiques baisses de rémunération aux dirigeants.

Les "fameux dividendes" que la Gauche exècre peuvent être le meilleur moyen de contrôler les salaires et rémunérations excessifs ; en effet pour que les entreprises existent, il faut des capitaux, pour qu’il y ait des capitaux il faut des actionnaires, pour qu’il y ait des actionnaires il faut un minimum de dividendes qui rémunèrent l’argent investi ; c’est le capitalisme et on n’a pas d’autre système en vue pour le remplacer. En revanche en Assemblée Générale, un actionnaire satisfait ou non, doit ou devrait systématiquement voter pour la rémunération du Président. Au passage, notons qu’il conviendrait de lutter contre l’endogamie des conseils d’administrations où l’amicale générosité tolérante entre soi est la règle : pourquoi ne pas limiter à un seul mandat d’administrateur au sein du SBF 120 ?

C’est la transparence absolue qui est la clef de l’apaisement. Il faut aussi veiller aux dérapages idéologiques de cette indignation qui est légitime lorsque des salariés souffrent, mais dangereuse lorsqu’il s’agit d’une indignation collective néfaste. Nous sommes en train de renoncer comme nous savons si bien le faire, à une véritable pédagogie économique en analysant avec objectivité ce qui peut être fait pour améliorer le système. Nous préférons laisser la porte ouverte aux émeutes et aux extrémistes trop contents de surfer sur un sujet forcément populaire, quitte à décourager encore plus les entrepreneurs et ainsi retarder la reprise de la croissance et de l’emploi.

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