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La Hollandie en plein doute... Le Président risque-t-il d’être "débranché" par ses propres amis ?
©Reuters

Bruits qui courent

La Hollandie en plein doute... Le Président risque-t-il d’être "débranché" par ses propres amis ?

Au moment où les fidèles proches de François Hollande s'inquiètent grandement de ses orientations prises à 14 mois de la présidentielle de 2017, Jean-Christophe Cambadélis appelle à une primaire à gauche. Un timing qui jette une ombre sur le statut de candidat naturel du Président sortant.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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Atlantico : Un récent article des Echos montre que l’entourage de François Hollande, même parmi ses fidèles, est particulièrement désabusé, parlant de "brouillard total" et montrant de l’incompréhension voire de la colère envers sa politique à 14 mois de la présidentielle. Selon vous, est-il possible de voir François Hollande se faire "écarter", un peu comme Margaret Thatcher l’a été en son temps par ses amis qui voyaient qu’elle entraînait son parti vers le fond ?

Serge Federbusch : Concrètement, le processus pour mettre François Hollande à l’écart ne pourrait pas être identique à celui qui a servi aux conservateurs britanniques pour se débarrasser de Margaret Thatcher car elle n’était "que" chef du Gouvernement et du parti majoritaire et donc sujette à un vote défavorable dans ces instances (Chambre des communes ou parti). Hollande est chef de l’Etat - normalement jusqu’en juin 2017 - et les socialistes ne peuvent abréger directement ses souffrances du simple effet des dispositions constitutionnelles.

Cependant, j’écrivais dans vos colonnes avec Gilles Saint-Paul il y a près d’un an et demi que juillet 2016 serait le moment précis où les députés socialistes auraient intérêt à se désolidariser de Hollande. Par quel raisonnement ? Tout socialistes qu’ils sont, ils poursuivent naturellement la satisfaction de leurs intérêts personnels, notamment pécuniaires. Or, les espérances de gains financiers liés à l’exercice de leur mandat jusqu’à son terme de 2017 commencent à faiblir considérablement. Alors qu’ils peuvent penser que l’amélioration de leur probabilité d’être réélus en se désolidarisant de la ligne "droitière" du Gouvernement devient sensible. C’est un calcul délicat qu’ils ne peuvent faire que de manière intuitive. Mais s’ils estiment qu’Hollande les conduit à coup sûr à la perte de leur circonscription, la tentation d’un vote de censure devient très forte, avec comme objectif la chute de Hollande entraînée par celle de Valls. Cela correspond très précisément à ce qu’on lit dans Le Point : «Ca fait trop, je n’en peux plus. A un moment, c’est notre crédibilité personnelle qui est en cause", se plaint un Hollandais pourtant bien peu enclin à critiquer l’exécutif. Le même poursuit : "Tout cela a un nom : un suicide électoral".

A vrai dire, s’il n’y avait eu Daech et le sursaut de popularité dû aux attentats de novembre dernier, la gauche n’aurait conservé que deux ou trois régions au lieu de cinq et il est probable que la fureur des notables socialistes contre Hollande aurait déjà fait tanguer le navire jusqu’à la révolte ouverte.

Symétriquement, si Hollande estime que son cas est désespéré mais qu’il ne veut pas se résigner à la défaite, je ne vois pour lui qu’une seule solution : une dissolution. L’exercice est certes hautement périlleux car il se retrouverait avec un Premier ministre de droite. Il lui faudrait conjurer le risque de voir la nouvelle majorité demander sa démission immédiate, ce qu’il pourrait obtenir en faisant profil très bas et en profitant des arrières-pensées de celui des Républicains qui accepterait d’aller à Matignon. Ensuite, il disposerait d’un an pour se faire pardonner par les Français et jouer de l’impopularité que la droite au pouvoir récolterait bien vite. Vu la versatilité de l’opinion, ce n’est pas impossible. Tandis que laisser les choses en l’état le condamne à coup presque sûr.

Si cette déprime des troupes de François Hollande se faisait plus forte dans un avenir proche, qui pourrait l’encourager à passer le flambeau ? Son Premier ministre Manuel Valls ? Les Hollandais historiques comme Michel Sapin, Julien Dray, François Rebsamen, etc. ? Une autre personnalité ?

Je pense que tous voudront le pousser à la sortie, mais seul Manuel Valls peut rêver tirer parti de la situation dès 2017 : son positionnement plus droitier pourrait le placer en seconde position derrière Marine Le Pen si le parti Les Républicains se divise dans une primaire de la droite et du centre qui tournerait plutôt mal. Mais cela fait beaucoup de "si". La réalité est que la quasi-totalité des socialistes joueront le coup d’après et l’élection de 2022. Heureusement ou malheureusement, la situation de la France à ce moment sera sans doute à ce point dégradée que tous ces petits calculs ne signifient rien.

Dans une interview au Journal du Dimanche, Jean-Christophe Cambadélis plaide ouvertement en faveur de la primaire à gauche. Même s’il assure qu’au vu des circonstances, François Hollande reste le candidat le mieux placé, n’est-ce pas une forme de désaveu de sa politique ? A-t-il raison quand il dit en substance que la gauche n'a pas mieux que lui en magasin pour gagner en 2017 ?

Il faut se méfier de Jean-Christophe Cambadélis, manipulateur émérite formé à la bonne vieille école du trotskisme, et prendre cette déclaration avec des pincettes. Il est possible que ce ne soit qu’un stratagème pour endormir ceux qui à gauche veulent organiser une primaire en-dehors de l’appareil du Parti socialiste. Il leur dit "laissez-moi faire" puis trouvera un prétexte, l’attitude de Mélenchon par exemple, pour déclarer au dernier moment qu’il est trop tard pour mettre en place le scrutin.

Mais il est possible aussi que Cambadélis joue désormais son propre jeu et qu’en vertu du calcul que j’ai précédemment énoncé, il se dise que François Hollande est carbonisé et qu’il faut au plus vite que les socialistes tirent un autre lapin de leur chapeau.

Plus tordu encore : il se peut qu’il ait deux fers au feu et fasse ces deux calculs en même temps. Que voulez-vous ? Avec de pareils briscards de la politique professionnelle, tout est possible ... Ils conçoivent leurs mandats comme un terrain de jeu pour leurs penchants un tantinet pervers et leur goût pour la manipulation des naïfs.

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