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Des puces sont entreposées dans un bac dans les locaux d'une entreprise spécialisée dans le traitement des produits électriques et électroniques en fin de vie.
Des puces sont entreposées dans un bac dans les locaux d'une entreprise spécialisée dans le traitement des produits électriques et électroniques en fin de vie.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Atlantico Business

La guerre mondiale des puces électroniques est déclarée. L’Europe a pris un an de retard, mais s’y engage

Devant les risques d’une guerre mondiale des puces électroniques dont elle serait exclue, l’Union européenne va proposer aujourd’hui sa nouvelle stratégie industrielle, avec un plan dédié aux semi-conducteurs, véritable enjeu de souveraineté et de reprise économique.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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En un an, le monde entier est tombé en panne de puces électroniques. La pandémie et l’ensemble des mesures sanitaires ont bloqué les chaines de fabrication, alors même que la demande a explosé. Or, la puce électronique est au cœur de tous les dispositifs digitaux. Sans puce, pas d’ordinateur ou de smartphone, pas de tablette, pas de système autonome... Bref pour beaucoup de secteurs, la pénurie de puces est dangereuse. Du coup, l‘Amérique, déjà du temps de Trump, s’énervait, l’Asie où règnent en maitres Taiwan ou la Corée du Sud avec Samsung, se sont relevés pour protéger leurs capacités de production. Ce bras de fer a déclenché un début de guerre mondiale dont l’Europe était en partie exclue, se retrouvant complètement flouée et désemparée. Il a fallu un an pour que les autorités européennes se réveillent.

Du coup, l’Union européenne est maintenant prête à investir des milliards dans la cause des semi-conducteurs, ces composants électroniques, puces ou micro-puces que l’on retrouve dans tous les objets technologiques d’aujourd’hui, de l’ordinateur à la machine à laver, en passant par la voiture…

Les faits et les chiffres sont têtus : avec l’explosion du télétravail, la demande d’équipements technologiques a été telle depuis l’an dernier que la chaine de production n’a pas été capable d’y répondre. Ce sont, par exemple, les fondeurs, qui ne se sont pas remis en route rapidement, après leur fermeture pour raison sanitaire et qui ont peiné à répondre à la demande.

Aujourd’hui, l’économie mondiale est face à une pénurie inédite, avec des répercussions sur de nombreux secteurs. Certaines lignes de production sont aujourd’hui et depuis quelques mois à l’arrêt. Et les prévisionnistes les plus sérieux s’alarment des conséquences économiques sur la reprise.

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Aux Etats-Unis, la pénurie aurait engendré une hausse des coûts, accélérant l’inflation des prix pour les consommateurs, ce qui pourrait se payer en fin d’année par 0.5 point sur la croissance en moins sur la prévision initiale.

L’objectif européen est de doubler les capacités de production de ces composants, essentiels à la souveraineté économique. C’est bien, mais les Etats-Unis ont réalisé le caractère indispensable de ces puces, il y a plus d’un an déjà. Il faut dire que la guerre commerciale et l’affrontement avec la puissance chinoise les avaient préparés à toute éventualité sur le plan de leurs approvisionnements. Donald Trump, à qui l’on pouvait reprocher beaucoup de choses mais pas celui de négliger la souveraineté des secteurs industriels américains, était déjà rentré en contact avec Intel et TSMC, deux acteurs majeurs du secteur et dont le deuxième est le premier acteur mondial et taiwanais, les invitant à collaborer pour installer des usines sur le sol américain avec des subventions à la clé. Intel a annoncé il y a quelques mois l’ouverture de deux nouvelles usines aux États-Unis.

Joe Biden, dans ses plans de relance pharaoniques lancés depuis son investiture, n’a pas oublié le secteur en leur consacrant 50 milliards de dollars au secteur des semi-conducteurs.

La Chine, elle aussi importatrice de ces composants, avait dû se protéger. Les groupes chinois, comme Huawei, constituent déjà des réserves de précaution et les capacités de production seront largement accrues d’ici 2025, elles devraient représenter 70% de la demande chinoise. Sans parler de la Corée du Sud, gros consommateur et gros producteur avec Samsung. Tous ces pays ont des objectifs très ambitieux par rapport à celui annoncé par l’Union européenne, où l’objectif est seulement porté 20% des besoins qui seraient produits au niveau local.

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L’Europe qui a mis un peu plus de temps, a donc fini par se saisir du sujet, avec un objectif annoncé par Thierry Breton, le Commissaire au marché intérieur, d’être en mesure de produire deux fois plus de composants électroniques en 2030 qu’aujourd’hui.

Mais les Européens font face à trois séries d’enjeux.

D’abord,  le marché des semi-conducteurs est loin d’être un marché simple. Il existe plusieurs sortes de puces, plusieurs tailles, et certaines entreprises sont spécialisées dans les puces « high tech », quand d’autres le sont dans des pièces moins sophistiquées, dites pour la « low tech ».

Il faut trouver le juste milieu entre le fait de laisser une place aux entreprises européennes et de faire rentrer dans le jeu des entreprises étrangères pour aider et fluidifier. Il y a déjà des entreprises européennes spécialisées en la matière : STMicroelectronics, entreprise franco-italienne ; ASML le néerlandais. L’Europe avait déjà des entreprises spécialisées, mais qui ont fait l’objet de convoitises. Ainsi l’allemand Sitnica s’est vendu à un Taiwanais et le gouvernement italien vient finalement de réagir pour empêcher le rachat d’une de ses entreprises par des Chinois.

Ensuite, l’Europe va être confrontée à sa division et concurrence interne. L’objectif, pour les Etats, va être de récupérer une partie de la production, pour créer des emplois hautement qualifiés. Intel devrait installer son usine en Allemagne.

Enfin, cet effort de production ne se fera pas sans subventions publiques. Un peu comme pour les vaccins, il va falloir se mettre d’accord sur les subventions publiques à distribuer et ne pas lésiner. Intel demande 8 milliards de subventions, sur les 20 milliards que lui couterait le projet.

Il faudra que les Européens soient unanimes pour aligner les milliards. C’est là où le bât blesse et où généralement l’Union européenne se perd en débats filandreux. Entre l’Allemagne et les pays du Sud, les point de vue sont toujours divergents. Sauf que sur ce dossier, l’industrie allemande va avoir elle aussi besoin de ces fameuses puces.

Thierry Breton, Commissaire français, sait parler aux Allemands. Tout le monde compte sur son talent de négociateur industriel. Il lui en faudra beaucoup pour avancer.

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