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Un véhicule incendié, sur une route dans le cadre d'un barrage routier au rond-point Perrin aux Abymes, près de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 22 novembre 2021.
Un véhicule incendié, sur une route dans le cadre d'un barrage routier au rond-point Perrin aux Abymes, près de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 22 novembre 2021.
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Regain de tensions

La Guadeloupe ou le conflit ingérable par la macronie ?

Des violences urbaines sur fond de contestation contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants ont éclaté en Guadeloupe. Cette crise est-elle un concentré de tout ce sur quoi la macronie a des difficultés à agir ? La crise aux Antilles pourrait devenir un danger pour le chef de l'Etat et sa majorité.

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize est universitaire, spécialiste de l’immigration. 

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Atlantico : La Guadeloupe fait actuellement face à des conflits violents, ayant pour toile de fond la crise sanitaire, mais quelles sont réellement les racines profondes de ces tensions entre la Guadeloupe et la métropole ?

Arnaud Lachaize : Aujourd’hui, les violences aux Antilles sont le signe d’un malaise profond qui dépasse la seule question des contraintes sanitaires. Ces départements sont quasiment privés de toute forme d’économie productive en dehors de quelques lambeaux d’agriculture ultra subventionnés et de tourisme. Ils importent 90% de leur consommation, ne survivent que grâce aux milliards d’euros de la métropole qui leur sont déversés. Le taux de chômage y est colossal, le désœuvrement généralisé. De fait, le climat d’assistanat a abouti à y étouffer l’esprit d’entreprise. Cet Etat « nounou » a engendré une atmosphère paradoxale, car la population est droguée à la subvention mais ne supporte pas ce qu’elle ressent profondément et à juste titre comme une atteinte à sa dignité. Imposer à des territoires qui se situent à 7 ou 8000 km de Paris les mêmes règles que la métropole est une absurdité jacobine qui revient à les couper de leur environnement géographique et à entretenir un mélange de soumission et de révolte terriblement explosif.

Face à ces événements, le gouvernement a annoncé des mesures disparates allant de l’envoi de forces de sécurité à la promesse de fournir des vaccins sans ARNmessager aux soignants de l’île. Ce type de conflit protéiforme est-il particulièrement difficile à résoudre pour les pouvoirs publics actuels ? 

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En effet, le pouvoir politique s’est montré particulièrement maladroit dans le dossier de la Guadeloupe, montrant une fois de plus sa déconnexion des réalités de terrain. Il a complétement fait fi de la sensibilité à fleur de peau des habitants de la Guadeloupe en refusant à ce territoire des assouplissements sur les mesures sanitaires accordés auparavant à la Martinique sur la date limite de vaccination des soignants. Les mêmes dérogations n’ont pas été étendues à la Guadeloupe et le sentiment d’injustice ressenti par cette dernière a été à la source de l’explosion sociale. Puis le gouvernement a voulu donner des coups de menton comme il le fait toujours et parfois avec succès en métropole. D’où le couvre-feu inutile et qui a été ressenti comme une provocation, puis le spectaculaire envoi du raid. Pour des populations aussi réactives que celles de Guadeloupe, il était dès le départ évident que le choix de la provocation allait accentuer les ressentiments et mettre le feu aux poudres.

Depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron et son gouvernement ont montré une difficulté à écouter les élus locaux, à territorialiser leur action et, lors de la crise sanitaire, à s'adresser aux réticents. Est-ce que cette crise est le concentré de tout ce sur quoi la macronie a des difficultés à agir ? 

Aux Antilles, nous voyons à l’œuvre un pouvoir hors sol, drapé dans son arrogance naturelle, déconnecté des relais territoriaux et de toute forme de sensibilité populaire. La macronie, toujours obnubilée par la communication, a d’abord flairé dans l’émergence des troubles en Guadeloupe une belle occasion de déployer un affichage d’autorité et de fermeté. A cinq mois des élections présidentielles, elle a cru qu’une épreuve de force avec la Guadeloupe liée à la crise sanitaire lui vaudrait quelques points de popularité dans les sondages. Elle a pensé que pour l’opinion métropolitaine une posture de fermeté sur l’Outre-Mer pouvait lui être utile (notamment à droite). Elle a mis beaucoup de temps à prendre conscience des risques d’embrasement. Et alors elle s’est empressée de faire machine arrière mais il était trop tard. Oui cette crise, exactement comme la crise des gilets jaunes, montre les ravages de l’aveuglement et du mépris. 

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Quels sont les conflits que la macronie sait le mieux gérer, et ceux face auxquels elle a du mal ? Quelles en sont les raisons ?

La macronie sait parfaitement gérer les conflits avec les gens qui proviennent du même monde qu’elle, la bourgeoisie aisée, les milieux privilégiés qui ont tout à perdre. Ce fut le cas dans la prétendue réforme de la haute fonction publique, la suppression de l’ena et des corps de préfets ou d’ambassadeurs. Là c’était facile, on était face à des personnes auxquelles ne viendrait jamais l’idée de bloquer des routes ou de mettre le feu à des barrages. La macronie est à l’aise avec la France d’en haut coutumière des calculs rationnels, des relations d’intérêt et des rapports coûts/avantages. En revanche elle perd complément pied face à l’instinct de la foule et les passions populaires qu’elle ne peut pas comprendre et qu’elle toise toujours de sa morgue. Elle est foncièrement incapable de percevoir les sensibilités qui animent un peuple. Ce fut le cas dans la crise des gilets jaunes. On la trouve tout aussi désemparée et aujourd’hui face à la crise antillaise.

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