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Un citoyen, muni de sa carte électorale, s'apprête à voter.
Un citoyen, muni de sa carte électorale, s'apprête à voter.
©Ludovic Marin / AFP

Atlantico Business

La France à droite toute, mais le monde des affaires considère que les élites intellectuelles et médiatiques vont rester à gauche et bloquer les réformes nécessaires

Le monde des affaires n'espère qu'une chose : que le vote démocratique soit respecté et si le vote donne une majorité à droite, il faudra que la gouvernance soit à droite aussi. Et ça n'est pas acté.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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 Si la France persiste à voter à droite, il faudra bien un jour que la gouvernance effective soit à droite. Il faudra que le camp du bien change de côté et que le pouvoir intellectuel et culturel, que le pouvoir judiciaire et le pouvoir médiatique accepte ce choix et ne s’y oppose pas.

Parce que depuis un demi-siècle, peut-être plus, la gauche n’a pas eu tout le temps la majorité, loin de là. Des majorités de droite ont pu émerger. Mais quel que soit le résultat de ces élections, la vie culturelle et sociale, l’histoire qu’on nous enseigne, les médias qui relaient les informations ont été impactés par des idéologies et une morale de gauche. Quoi qu’on dise ou quoi qu'on fasse.

Le fonctionnement de la société française est tellement tordu que même les gouvernements à majorité de droite se sont arrangés pour mimer des politiques de gauche. Plus acceptable, plus politiquement correct et le politiquement correct, c’est l’huile essentielle que l’on utilise pour fluidifier les rapportes sociaux et les décisions gouvernementales.

Aujourd’hui, la France n’a jamais été aussi majoritairement impactée par les idées de droite. Alors, on ne va pas lancer dans un débat pour savoir de quelle droite on parle. D’un point de vue politique, la droite française a été très divisée et de tout temps, entre les libéraux et les hyper libéraux, les conservateurs et les réactionnaires, les partisans du progrès, progrès qui innove et les adversaires du même progrès parce qu’il divise et remet en cause les conservatismes. Laissons de côté ce débat et ne retenons que le bouquet d’actions concrètes portées en général par une majorité de chefs d’entreprises et surtout, il faut le reconnaître, les grosses entreprises capitalistes, toutes celles qui, aux yeux de la gauche, ont tous les défauts et notamment ceux d’accroitre les inégalités sociales car incapables de prendre en compte le bien commun. Toutes ces entreprises du CAC 40, ou d’ailleurs de France ou de Navarre, se ressemblent parce qu’elles respectent un certain nombre de valeurs communes.  

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1. Elles savent que les sociétés ne fonctionnent que si la vie en société est appuyée sur un socle économique solide

2. Elles savent aussi que le socle n’est solide que si l’entreprise crée de la richesse et que cette création de richesse est équitablement répartie ;

3. Elles savent enfin que l’entreprise ne serait rien sans la cohésion de ses salariés, de ses actionnaires et surtout de ses clients. Toutes les entreprises qui ont, à un moment ou à un autre, oublié ces évidences se sont mises en risque de s’effondrer ;

Ajoutons à cela que ces entreprises ne peuvent fonctionner que si leur écosystème est équilibré. Elles ont donc besoin de cohérence dans les moyens, de cohésion entre leurs partenaires, de transparence et de stabilité.

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Les politiques de gauche ont trop souvent oublié de prendre en compte ces valeurs incontournables, mais comme les électeurs leur ont rarement reproché et sanctionné, ces gauches ont perduré grâce à l’appui de la bien-pensance et des médias.

Si le peuple de France est un peuple de droite, il va falloir urgemment que les gouvernements aient le courage de conduire des politiques de droite, sans honte et sans réserve en toute transparence. La plupart des chefs d’’entreprise ne prendront pas le parti d’exprimer haut et fort ce qu’il faudrait faire en urgence pour remettre le pays sur les rails du progrès et surtout en capacité d’affronter la concurrence mondiale. Mais la majorité des patrons n’en pensent pas moins. Ils ont des idées assez précises sur les dossiers à traiter en urgence.

1. La politique migratoire. C’est encore un sujet tabou, mais de moins en moins. Le diagnostic est clair : la France a sans doute besoin d’une population immigrée mais, à condition qu’elle soit choisie et qu’elle corresponde, comme dans les années 1960, à des besoins précis en quantité et en qualité. A condition aussi que le contrat d’immigration soit précis sur les droits et les devoirs de chacun, à commencer par le respect de la langue française, du droit français et de la culture française.

2. L’Education nationale. Un autre sujet tabou dont les défaillances, les insuffisances et les dérives sont à l’origine de nos déboires économiques, sociaux et culturels. L’Education nationale a du mal a remplir son contrat de base qui est d’apprendre à vivre dans la société, dans le respect des valeurs de cette société. L’Education nationale doit reprendre les missions de base qui sont de transmettre le savoir puis de révéler les qualités de chacun afin de trouver une filière professionnelle.

3. La réorganisation de l’appareil judiciaire. Les juges sont devenus un pouvoir en dernier ressort. C’est invivable dans une démocratie. En revanche, la démocratie a besoin de contre-pouvoirs pour permettre à la société civile de s’exprimer et de dégager des compromis. Contrepouvoir des salariés, des consommateurs et des actionnaires. Contrepouvoir de la presse aussi. Parce que, sans contrepouvoir de ce type, ce sont les juges qui assurent la fonction, ce qu‘ils font déjà, et paralysent tout le système.

4.  La définition du rôle de l’Etat et la question du poids des dépenses publiques. Ce débat touche à l’organisation administrative et doit faire revenir l’Etat dans ses fonctions régaliennes, en laissant au privé la mission de gérer le quotidien, ce qui n’implique pas de se débarrasser des régulations et des contrôles. Mais on l’a encore vu avec la dernière pandémie, l’Etat a été incapable de gérer les détails de cette crise sanitaire. Heureusement que les entreprises ont fait preuve d’une extraordinaire résilience.

5. La révision des accords internationaux. Il faudra sans hésiter remettre à plat et réexaminer le nombre et le contenu de beaucoup d’accords internationaux signés, pour la plupart, lors des 50 dernières années et qui ont mis en place une architecture de la mondialisation (ONU, FMI, OMC ) et une répartition des forces de défense (l’Otan notamment). Tous ces accords sont fissurés, fragiles et obsolètes. Ils provoquent plus de désaccords que de sources de paix et de progrès. Ils ne correspondent plus à la réalité du monde, désormais coupés en trois blocs. Le bloc occidental, théoriquement sous l’abri de l’Otan, le bloc chinois et le bloc islamiste.

6. L’Union européenne a été longtemps considérée comme une solution aux risques de conflits, elle est désormais une source d’ennuis, de désaccord et de désunion. Et tant que les deux pays les plus puissants en Europe ne s’entendront pas sur l’essentiel d’une Europe forte, ça ne marchera pas. L‘Allemagne regarde plus souvent l’Amérique que ses voisins européens ; la France et d’autres pays membres sont tiraillés entre leur fidélité à l’histoire du siècle dernier et la proximité géographique qui les porterait normalement à regarder vers la Russie.

7. La responsabilité sociale et environnementale. Les systèmes économiques ont sans doute besoin de régulations et de normes, surtout dès qu’on aborde la question du climat ou de l’environnement. Des normes et des objectifs, oui, à condition qu‘ils soient cohérents avec les objectifs de croissance et de progrès. En bref, l’Etat n’a pas besoin de se mêler de tout cela. Le poids des consommateurs, l’activisme des actionnaires et des salariés sera toujours plus efficace que toutes les menaces administratives. Que ces menaces soient nationales ou régionales.

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