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"Par le fait seul qu’il fait partie d’une foule organisée, l’homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation."
"Par le fait seul qu’il fait partie d’une foule organisée, l’homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation."
©Reuters

Decod'Eco

La foule encourage-t-elle forcément des comportements idiots ?

Les foules ont toujours été un sujet d’étude fascinant dans le domaine de la finance. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi quand on se penche un peu sur la question.

Chris Mayer

Chris Mayer

Rédacteur en Chef de Capital & Crisis et Crisis Point Trader. Chris Mayer s'occupe de la lettre américaine d'information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses pertinentes et précises des problématiques financières ont été reprises souvent dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant's Interest Rate Observer.

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Les marchés peuvent en venir à des extrémités folles, incompréhensibles. Pour tenter quand même de les expliquer, certains affirment que les foules font des choses stupides que les individus, plus posés et réfléchis, ne feraient jamais. En un sens, une foule devient un organisme propre — stupide, maladroit, émotif, etc.

C’est en gros la thèse d’un classique du genre, Psychologie des foules de Gustave Le Bon (1841-1931), livre paru en 1895 et encore édité de nos jours. Les financiers adorent le citer, sans doute parce qu’il correspond à leur vision du monde. Si vous avez des opinions impopulaires, grâce à Le Bon vous vous sentirez au-dessus de la masse.

La lecture de ce livre est très agréable. Certes, l’écriture est celle du XIXe siècle, un peu compassée, mais elle n’est certainement pas politiquement correcte. Si le texte est un peu répétitif, on y trouve nombre de réflexions pertinentes. En voici un extrait choisi :

"Par le fait seul qu’il fait partie d’une foule organisée, l’homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un barbare, c’est-à-dire un instinctif. Il a la spontanéité, la violence, la férocité, et aussi les enthousiasmes et les héroïsmes des êtres primitifs. Il tend à s’en rapprocher encore par la facilité avec laquelle il se laisse impressionner par des mots, des images — qui sur chacun des individus isolés composant la foule seraient tout à fait sans effet — et conduire à des actes contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. L’individu en foule est un grain de sable au milieu d’autres grains de sable que le vent soulève à son gré".

Et Mencken ?

H.L. Mencken reprend la thèse de Le Bon dans Damn! A Book of Calumny. Mencken, comme c’est souvent le cas, fait preuve de beaucoup d’esprit : "La théorie [de Le Bon] est sans doute trop flatteuse pour l’imbécile moyen. Il explique l’extravagance des foules en partant de l’hypothèse que l’imbécile, tout comme l’homme supérieur, perd toute son intelligence par suggestion — que lui aussi fait avec d’autres des choses qu’il ne penserait même pas à faire tout seul. Ce fait est peut-être acceptable mais le raisonnement reste douteux".

Dans une foule, les gens agissent de façon stupide, explique Mencken, parce que leur stupidité refoulée peut fonctionner en toute sécurité. Mais tout le monde ne perd pas son calme. Ici, Mencken met en doute la thèse de Le Bon. Il y a toujours une minorité intelligente. "Elle garde toujours son sang-froid", écrit Mencken, "et elle fait souvent des efforts pour combattre l’action de la foule".

 Sur ce point, on peut donner raison à Mencken. Tout le monde n’a pas été dupe lors de l’engouement pour les subprime. Certains ont rapidement vu le problème que cela posait. (Et encore moins nombreux sont ceux qui ont fait de gros bénéfices lorsque tout s’est effondré). Tout le monde n’a pas été berné par les valeurs internet en 2000. Il y a toujours eu une poignée de sages observateurs des marchés qui tirent le signal d’alarme lorsque commence le temps de la folie.

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