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La fin de l’humanité ou le renouveau de l’homme. Les investisseurs et entrepreneurs garderont-ils le sens de la mesure ?
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Les entrepreneurs parlent aux Français

La fin de l’humanité ou le renouveau de l’homme. Les investisseurs et entrepreneurs garderont-ils le sens de la mesure ?

Il existe sur cette planète des investisseurs et de brillants entrepreneurs, des chercheurs aussi, qui estiment que le fait de faire de l’homme un Dieu, une entité parfaite et immortelle est une fin en soi.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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J’aimerais rester debout. Nous avons mis des millénaires à passer de la position basse à une position haute, ne plus marcher à 4 pattes nous a économisé de grosses blessures aux doigts et permis de voir un peu plus loin que le bout de nos pieds. Et maintenant que nous sommes debout, que nous explorons l’univers depuis des télescopes géants, voilà que nous serions, comme jamais, atteints de cécité. Aveugles aux dangers que l’homme s’impose à lui même. Sourds aux cris d’une planète que nous dévorons un peu plus chaque jour.

Face aux défis d’une planète qui s’alourdit d’un nombre d’êtres humains plus important chaque jour, incapables de respecter la terre qui nous a fait homme, voilà que nous passons plus de temps et de réflexion à changer la nature de l’homme pour qu’il s’adapte à cet état de fait plutôt que d’adapter l’action de l’homme aux réalités de « mother nature ». Et de poursuivre, inlassablement,  cette quête qui l’obsède depuis le début des temps. Celle de tuer le père, cet arrogant invisible, qui nous nargue de sa présence d’autant plus lourde qu’elle est virtuelle, en un mot, devenir Dieu, nos propres créateurs, et de le remplacer, afin que nous puissions regarder de haut cette entité qui nous toise depuis la création.

Il existe sur cette planète des investisseurs et de brillants entrepreneurs, des chercheurs aussi, qui estiment que le fait de faire de l’homme un Dieu, une entité parfaite et immortelle est une fin en soi. Oubliant au passage que c’est une fin tout court. L’homme a été conçu mortel. La nature est équilibrée. Tenter de troubler cet équilibre est le germe pernicieux qui tuera notre race arrogante. Pour un peu, on en viendrait à souhaiter une religiosité obligatoire, car la promesse d’une autre vie après la mort physique permettait à des millions d’hommes d’accepter la mort avec plus de sérénité.

Où doit se tracer la frontière infranchissable du progrès ? Les hommes, politiques notamment, si prompts à bâtir des murs pour repousser ceux qu’ils considèrent comme inacceptables, auront-ils autant d’inspiration pour savoir où monter des murs infranchissables face à l’alibi du progrès, qui justifierait toutes les monstruosités.

En tant qu’entrepreneur, mon objectif est de faire mieux ce que je fais, de viser le meilleur, de changer mon monde en y apportant qualité et excellence, pas de changer le monde, ni l’homme. Eventuellement pour le rendre, lui aussi, meilleur, mais pas différent de ce qu’il est. Les entrepreneurs et investisseurs doivent se poser la question de ce que « mieux » veut dire. Ceux qui investissent des centaines de millions, de milliards, pour rendre l’homme immortel, augmenté, accru, avatarisé, rêvent ils ce faisant à un retour sur investissement éternel ? On parle sans cesse de Google quand on aborde cette thématique, mais en réalité des structures de toute nature y travaillent, partout dans le monde.

Je suis inquiet. Il se met en place une chaîne économique pérenne, pour qui augmenter l’homme, est normal, car justifié économiquement. Partant de ce principe, la guerre devient alors acceptable, puisque de tout temps, elle a permis la relance et la reconstruction. Une guerre absurde est en train de pousser l’homme à s’augmenter afin de se mettre au niveau d’un robot que l’on souhaite humaniser. En clair, l’homme justifie sa quête de l’homme parfait par la nécessité de l’homme de tenir la compétition face aux robots….qu’il fabrique lui même !! Je m’aime donc je me tue.

Si nombre de cris et gémissements pitoyables, sont poussés, avant même d’avoir mal, par nombre de rentiers de l’économie qui voient dans l’économie numérique un perturbateur d’hormones paresseuses, j’entends peu de cris face à ce péril, qui est réel. Autant je reste optimiste face aux périls climatiques, ou alimentaires, car nous assistons chaque jour à la merveilleuse capacité de l’homme à inventer des solutions, qui permettraient d’y pallier, autant je sombre « façon Titanic » face à l’iceberg de la vie éternelle, et de l’augmentation de l’homme. Un homme augmenté est pour moi une humanité diminuée. Le sens du progrès est l’apport qu’il fait à l’humanité de rester humaine. Et non d’échapper à sa condition.

J’aimerais que tous les investisseurs et entrepreneurs, mettent autant de génie à améliorer leur environnement qu’à modifier l’homme pour s’adapter à un environnement dégradé. L’argent et l’énergie mobilisée pour aboutir à cette hérésie seraient bien mieux utilisés à nous permettre de rester des hommes dans un environnement préservé. Nous avons tant de challenges économiquement valides et humainement acceptables. Soigner les maladies rares, tarir la faim dans le monde quand nous jetons chaque jour des tonnes de nourritures que des normes alimentaires stupides considèrent comme impropres à la consommation, fabriquer à nouveau une nourriture saine et équilibrée, réparer toutes les erreurs commises depuis les années 70 pour inventer une nouvelle forme de croissance, qui la rendrait enfin harmonieuse et inclusive. Les challenges ne manquent pas, ils sont énormes, potentiellement rémunérateurs, source de croissance et de retour sur investissement.

Le meilleur investissement c’est l’homme et non une parodie de lui même. Même à l’heure où la réalité rejoint nos fictions, où la frontière entre le cinéma et la vie réelle semble ténue, refusons de devenir une fiction d’homme et restons une réalité vivante, organique, mortelle. Investisseurs du monde entier, relisez vos classiques, l’apprenti sorcier fini toujours en enfer.

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