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L'or a subi une nouvelle dégringolade en fin de semaine dernière, l’once passant sous les 1 200 $ en cours de séance.
L'or a subi une nouvelle dégringolade en fin de semaine dernière, l’once passant sous les 1 200 $ en cours de séance.
©Reuters

Decod'Eco

La chute de l’or est une bonne nouvelle... à long terme

Conséquence de l'annonce de Ben Bernanke de changer la politique de la Fed, le marché de l'or vient de subir une nouvelle baisse. Pourtant, en limitant la production, cette dernière pourrait bien s'avérer une bonne nouvelle pour le métal jaune.

Cécile  Chevré

Cécile Chevré

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’Institut national des techniques de documentation (INTD). Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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L'or a subi une nouvelle dégringolade en fin de semaine dernière, l’once passant sous les 1 200 $ en cours de séance. Ce dévissage, nous l’attendions. N’empêche qu’il est toujours difficile de voir l’or dévisser ainsi. Reste à savoir ce qui se cache derrière cette nouvelle correction. Si certains soupçons d’action organisée pèsent sur le krach de l’or de mai dernier, cette fois c’est un homme, Ben Bernanke, qui est responsable de ce recul.

En annonçant une sortie organisée du QE mercredi dernier, le président de la Fed a profondément bouleversé les marchés : les marchés actions et obligataires ont reculé et l’or a, pour nombre d’investisseurs, perdu son rôle de protection contre les dérives inflationnistes des banques centrales. Si la Fed cesse d’imprimer à tour de bras, alors les risques d’inflation s’éloignent et donc l’or ne sert plus à rien – voilà le raisonnement de ceux qui ont massivement vendu l’or la semaine dernière.

Pourquoi pensons-nous que la Fed ne pourrait pas mettre fin ainsi à son quantitative easing ? Les arguments sont connus : une croissance américaine médiocre et ce d’autant plus qu’elle est achetée à coups de nouvelles dettes qui ne pourront jamais être remboursées et d’impression monétaire. Pour le moment, difficile de voir comment Bernanke pourrait changer de politique…

Les métaux précieux dans une mauvaise passe

Malgré tout, les métaux précieux sont dans une mauvaise passe. Depuis son plus haut de septembre 2011 (à plus de 1 865 $), le cours de l’or en dollar a chuté de 36% et depuis le début de l’année, le recul atteint déjà -26%. Du côté de l’argent-métal, c’est encore pire, l’once étant passée de plus de 50 $ en 2011 à moins de 20 $ la semaine dernière.

Alors oui, cela fait mal, mais cet effondrement des cours – qui n’est peut-être pas terminé, l’or pouvant rejoindre les 1 000 $ dans les mois qui viennent – est en fait une bonne nouvelle. On pourrait même aller plus loin en disant que pour que tout aille le mieux pour les investisseurs métaux précieux, il faudrait que l’or et l’argent s’effondrent encore vite et bien. Pourquoi ? Parce qu’un recul marqué des cours incitera les minières à couper leur production, ce qui devrait permettre aux cours de se reprendre enfin, durablement et significativement.

Comme nous l'avons vu plus haut, les métaux précieux sont victimes de leur propre marché, de plus en plus divisé entre papier et physique. Et pourtant le papier (ETF et autres produits) ne représentait en 2012 que 279 tonnes d’or pour une demande globale atteignant 4 361 t. Aujourd’hui, c’est l’or papier qui se vend et fait chuter les cours. La demande d’or physique quant à elle se porte plutôt bien.

L’or, toujours aussi recherché

Selon les chiffres du World Gold Council, la demande d’or de joaillerie a atteint un nouveau record au premier trimestre 2013, à 551 t, avec une hausse notable de la demande en bijoux venant de Chine (+19%) et d’Inde (+15%). Une progression d’autant plus notable que le gouvernement indien a maintenu ses taxes sur l’importation d’or.

La demande en or d’investissement a été soutenue par la Chine et les banques centrales. L’achat d’or sous forme de pièces et lingots en Chine a augmenté à 109,5 t, soit plus du double de la demande moyenne ces 5 dernières années (à 43,8 t). Et la chute des cours de l’or a encore encouragé cette tendance qui devrait donc se confirmer dans les mois qui viennent. Quant aux banques centrales – essentiellement celles des pays émergents –, elles ont poursuivi leurs achats au cours du premier trimestre en mettant la main sur 109 tonnes supplémentaires. Comme le souligne le WGC, c’est le 9ème mois consécutif que les banques centrales accroissent leur demande d’or physique.

Du côté du recul, l’or papier est évidemment en perdition tandis que la demande industrielle s’érode légèrement (-4%) ne suscitant pas d’inquiétudes excessives. Voilà pour une demande qui ne devrait donc pas vraiment faiblir dans les mois qui viennent. Et du côté de l’offre ? Au premier trimestre, elle est stable par rapport à la même période l’année dernière à 1 051, 6 t tandis que la production minière est en légère hausse de 4% (688 tonnes).

Les minières, la clé du cours

C’est cette offre nouvelle, cette production minière, qui est aujourd’hui menacée par la baisse brutale des cours des métaux précieux. La plupart des minières ont besoin d’un cours supérieur à 1 400-1 500 $ pour être rentables. Une tendance qui sera difficile à inverser. Les prix de l’énergie (celui de l’électricité pour faire fonctionner la mine mais aussi prix du pétrole qui pèse sur le transport) restent élevés et devraient continuer à grimper dans le futur.

A cela, il faut ajouter le coût de la main-d’oeuvre. Ces dernières années, des conflits sociaux d’envergure ont obligé les propriétaires de mines à augmenter le salaire des mineurs aussi en Afrique du Sud, qu’en Chine ou en Amérique latine. Là encorne, les coûts de production devraient s’en ressentir sur le long terme. Ce que cela signifie pour l’or ? Que les cours pourraient encore baisser. 1 050 $ l’once est loin d’être inenvisageable.

Cela signifie aussi qu’un véritable bain de sang se prépare pour les minières. Face au recul des cours, seules les plus résistantes, celles qui ont suffisamment de trésorerie et les coûts de production les plus bas pourront s’en sortir. Et toutes vont devoir couper tout ou partie de leur production. La production minière représente environ 65% de l’offre d’or. La situation risque donc de devenir explosive à moyen terme si les producteurs réduisent ne serait-ce que de 20% leur production. Reste à prendre patience…

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