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Ségolène Royal aurait doublé Nicolas Dufourcq en menant sa propre conférence de presse.
Ségolène Royal aurait doublé Nicolas Dufourcq en menant sa propre conférence de presse.
©Reuters

Duel

La BPI peut-elle servir de tremplin à Ségolène Royal ?

Bras de fer entre le directeur général de la BPI et sa nouvelle vice-présidente, Ségolène Royal. L'ancienne candidate à la présidentielle utilise déjà son aura médiatique. Mais est-ce pour le bénéfice de l'institution ou de son crédit personnel ?

Alexandre Vatimbella

Alexandre Vatimbella

Alexandre Vatimbella est le directeur de l’agence de presse LesNouveauxMondes.org qui est spécialisée sur les questions internationales et, plus particulièrement sur la mondialisation, les pays émergents et les Etats-Unis.

Il est également le directeur du CREC (Centre de recherche et d’étude sur le Centrisme). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages (dont Santé et économie, Le Capitalisme vert, Le dictionnaires des idées reçues en économie, Le Centrisme du Juste Equilibre, De l’Obamania à l’Obamisme).

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Ségolène Royal, vice-présidente du conseil de la Banque publique d'investissement (BPI), a quitté une réunion du conseil d'administration pour tenir un point-presse seule. Les Echos détaillent une "passe d'armes", voire une "course à l'échalote" entre l'ancienne candidate à l'élection présidentielle et Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI. La présidente de région Poitou-Charentes cherche-t-elle à faire de la BPI un tremplin médiatique ?

Alexandre Vatimbella : Bien sûr. Ségolène Royal cherche désespérément depuis l’élection de son ancien compagnon à l’Elysée une tribune médiatique. Donc, elle utilisera toutes les possibilités pour cela. Son poste de vice-présidente de la BPI en est une, évidemment.

Réussira-t-elle? Elle est tellement imprévisible que tout est possible!

N’oublions pas que les deux armes que Ségolène Royal a employé pour court-circuiter l’appareil du PS en 2007 et devenir sa candidate à la présidentielle était une présence médiatique forcenée et un appel au peuple.

Ce poste peut-il être également un tremplin politique qui pourrait lui permettre de revenir au gouvernement ?

Le problème politique de Ségolène Royal, c’est… François Hollande! Que son ex la nomme au gouvernement serait une première et ajouterait à une saga pour le moins compliquée entre eux (sans oublier, dans ce ménage à trois, Valérie Trierweiler!)

Son but est donc de se rendre incontournable. Il n’est pas sûr qu’un poste de vice-présidente de la BPI, même avec des coups de pub et des déclarations à l’emporte-pièce, puisse lui permettre de l’atteindre.

D’autant qu’elle est quand même sous l’autorité du président de la banque d’investissement, Jean-Pierre Jouyet, ami personnel de François Hollande…

En mars, Nicolas Dufourcq avait déclaré que le sauvetage de Petroplus ou des hauts-fourneaux de Florange n'aurait pas représenté "un bon business". "Notre agenda, c'est la France de 2030. Petroplus, est-ce la France 2030?", s'était-il interrogé. Ségolène Royal avait alors qualifié ces propos "de grave dérapage". "La BPI est là pour prendre des risques, parfois elle perdra, parfois elle gagnera", avait-elle déclaré laissant transparaître son désaccord. Va-t-on assister au sein de la BPI à un affrontement entre deux lignes un peu comme au sein du PS et du gouvernement ? Cela peut-il être un handicap pour le fonctionnement de la BPI ?

Soyons clairs. Si l’on prend les missions de la BPI, les déclarations de Nicolas Dufourcq étaient complètement légitimes. D’ailleurs, Jean-Pierre Jouyet a fait des déclarations allant dans le même sens.

Les deux hommes n’ont commis, en l’occurrence aucun «grave dérapage» (on retrouve là la phraséologie dramatique que pratique Ségolène Royal).

La BPI doit en effet parier sur le futur et non le passé.

Evidemment, en cette période de crise, de chômage élevé, de fermetures d’entreprises nombreuses, la tentation est grande pour une partie du PS d’utiliser la BPI pour qu’elle soit une sorte de pompier social, sauvant ici et là quelques entreprises qui sont devenues des symboles.

On change dès lors la mission économique et financière de la BPI, mission évidemment politique dans son essence, pour en faire un instrument uniquement d’une politique court-termiste pour calmer la grogne des salariés et, plus largement, des Français.

Sa nomination à ce poste a été très contestée. Que peut-elle apporter ? Quelles sont ses points faibles et ses points forts ? A-t-elle une culture suffisante du monde de l’entreprise pour pouvoir réussir dans ce nouveau rôle ?

Sa «grande gueule» peut donner une visibilité plus grande à la BPI. Mais est-ce utile, la banque étant chargé d’aider techniquement les entreprises pas de s’exposer médiatiquement.

Son volontarisme peut aussi donner une certaine dynamique à une institution qui, comme toute institution du même genre, aura tendance à ronronner.

Sa bienveillance vis-à-vis du monde de l’entreprise enfin, peut en faire une bonne avocate de ces chefs d’entreprise de PME et d’ETI qui ont souvent du mal à se faire entendre du pouvoir politique.

Enfin, son tropisme régional va de pair avec la mission de la BPI qui doit travailler avec les régions.

A l’opposé, son inconséquence peut plomber la banque en un rien de temps.

Dans sa région Poitou-Charentes, Ségolène Royal mène une politique très interventionniste qu’elle avait notamment défendue durant les primaires socialistes. Sa nomination peut-elle être interprétée comme une volonté de la part du président de la République de donner des gages à l’aile gauche du PS ?

Ségolène Royal est une sorte d’Ovni politique. Personne ne sait exactement ce qu’elle peut dire d’un jour à l’autre! En 2007, elle voulait s’allier avec François Bayrou et en faire son premier ministre en cas de victoire. Ses valeurs sont souvent plus proches des conservateurs que des révolutionnaires.

C’est pour cela, sans doute, qu’elle n’est «que» vice-présidente de la BPI et que certains espèrent, même dans son parti que ce sera une voie de garage et non royale…

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