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Le chemin vers 2017 passe par une émancipation de Nicolas Sarkozy sans froisser les soutiens de l'ancien président.
Le chemin vers 2017 passe par une émancipation de Nicolas Sarkozy sans froisser les soutiens de l'ancien président.
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Ambition

L'opération "émancipation" de François Fillon

L'ancien Premier ministre tente de plus en plus de se distinguer de l'ancien président de la République et de l'idéologie dominante de l'UMP. Une tactique qui ne rencontre pas toujours l'adhésion de ses collègues.

"Aujourd'hui, je crois que je suis mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l’emporter en 2017. Si je ne le pensais pas, je ne serais pas candidat". Quelques jours après avoir affirmé être "de facto" en compétition avec l'ancien président de la République, le député de Paris s'est de nouveau opposé à lui le mardi 8 octobre dans Valeurs Actuelles.Comme depuis de nombreux mois, celui qui vise la présidentielle de 2017 cherche à se démarquer de l'ancien chef de l'Etat, quitte à irriter les plus fervents soutiens de ce dernier. "Nos lauriers sont à terre. Il n'y a plus ni préséance ni hiérarchie", affirmait-il en février dernier, comme pour rappeler que l'échec du 6 mai 2012 avait rebattu toutes les cartes.

"Moi, en 2007, j’ai totalement soutenu Sarkozy, mais cela ne veut pas dire que son projet était totalement le mien. Il était le leader, mais sur beaucoup de sujets, j’aurais aimé faire les choses différemment, notamment sur la dette, les déficits, les finances publiques", affirme-t-il dans Valeurs Actuelles, confirmant la volonté d'émancipation entrevue lors du documentaire Nicolas Sarkozy, secrets d'une présidence, diffusé par France 3 le 8 mai dernier. Il y parlait alors de "différence d’approche irréconciliable" et de "vraie divergence" entre lui et l'ancien président.

Paradoxalement, François Fillon affiche régulièrement son soutien à Nicolas Sarkozy. En affirmant qu'il "assume pleinement le quinquennat" effectué à ses côtés, "dans ses réussites et ses revers", ou en se félicitant de l'abandon des charges contre Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Bettencourt. Une attitude qui peut s'expliquer par la forte aura dont jouit toujours l'ancien président de la République auprès des sympathisants, militants et cadres de l'UMP. "Il y a une forme d'indécence. Quand on a été nommé premier ministre, qu'on est resté cinq ans à ce poste, comment peut-on déverser une telle rancœur  une telle violence contre celui qui l'a nommé ?", s'est notamment insurgé Henri Guaino au lendemain de la publication par Valeurs Actuelles des propos de l'ancien premier ministre.

Et les charges à son encontre se sont multipliés depuis le début de l'année. "Fillon veut faire une course de vitesse, peut-être parce qu'il n'a pas l'habitude d'être très rapide dans son élan. Il essaie de forcer un peu la main à Nicolas Sarkozy en lui disant 'reste tranquille'. Mais si ce dernier décidait dans deux ans d'annoncer qu'il remontait sur son cheval, il aura tout le parti derrière lui, à part peut-être François Fillon dont la candidature ne va rien changer", ironisait notamment Patrick Balkany, un ami de longue date de Nicolas Sarkozy. Soutien de François Fillon depuis plusieurs mois, Christian Estrosi lui a, lui aussi, reproché de s'en être pris à Nicolas Sarkozy. Invité d'iTélé, le député-maire de Nice a considéré que l'ancien maire de Neuilly restait "le leader naturel de la droite".


Se démarquer du reste de l'UMP

Mais Nicolas Sarkozy n'est pas le seul sujet à propos duquel François Fillon veut faire entendre sa différence. Celle-ci a d'ailleurs commencé à s'exprimer à la fin de l'année 2012, lorsque l'UMP a élu son président. Entaché d'irrégularités, le scrutin avait finalement consacré Jean-François Copé et mis en exergue les tensions internes du premier parti d'opposition. Si les tensions qui ont divisé l'UMP ont fini par s'apaiser (un peu), François Fillon a tout de même réussi à placer quelques-uns de ses partisans en haut de la hiérarchie du parti, lui permettant d'avoir un poids au sein de la direction de l'UMP tout en gardant une grande liberté de parole. Une liberté dont il use en vue, non plus de la prochaine élection du parti, mais des primaires de 2016 qui serviront à désigner le candidat à la prochaine présidentielle. 


Les municipales qui approchent sont également l'occasion pour François Fillon de faire entendre sa voix. Au risque de provoquer une nouvelle polémique. En affirmant qu'il fallait voter "pour le moins sectaire" des candidats en cas de second tour FN/PS, l'ancien premier ministre a provoqué l'ire d'une partie de la droite, fermement opposée à toute alliance avec le parti de Marine Le Pen, et du Parti socialiste qui l'accuse de promouvoir "un désistement anti-républicain inédit en faveur d'une force d'extrême droite par pur cynisme électoral".

"Je prends un risque, je le prends en connaissance de cause. J'accepte d'être minoritaire dans mon parti si c'est le cas (...) On ne peut plus s'en tenir aux formules toutes faites", affirmait-il quelques jours plus tard dans L'Opinion. J'ai expliqué à mes amis que j'avais combattu le Front national toute ma vie et que je n'avais pas l'intention de changer de position. J'ai toujours combattu les alliances avec le Front national et je les combattrai toujours. A titre personnel, jamais je ne voterai pour un candidat du Front national. J'ai appelé à lutter contre tous les sectarismes, parce que c'est l'ennemi du redressement national". Des propos moqués par Nicolas Sarkozy. "Mais je croyais pourtant que nos positions sur le sujet étaient 'irréconciliables' !", a-t-il ironisé au cours d'un déjeuner avec la presse. Même s'il a, par la suite, reconnu une "maladresse" dans la formulation, François Fillon est resté ferme sur ses positions.

Reste désormais à savoir si la tactique de François Fillon sera porteuse de résultat. Selon Yves Thréard, "cette stratégie a pour but de lui donner une identité propre. C’est un  pari est gagnable, si évidemment Nicolas Sarkozy ne revient pas et dans le cas où il revient cette stratégie lui permettra d’affirmer qu’il n’est pas sarkozyste". Plus d'un an après avoir quitté Matignon, l'ombre de l'ancien chef de l'Etat plane toujours sur la route censée mener son ancien premier ministre à l'Elysée.

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