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L’OMS s’alarme de l’épidémie mondiale d’inactivité physique chez les enfants
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Sport et santé

L’OMS s’alarme de l’épidémie mondiale d’inactivité physique chez les enfants

Pour autant, le lien entre cette inactivité et l’obésité est moins établi qu’il n’y paraît.

Patrick Tounian

Patrick Tounian

Patrick Tounian est professeur de pédiatrie, chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatrique de l'hôpital Trousseau à Paris.

Il dirige le diplôme universitaire " Nutrition et Obésité de l'enfant et de l'adolescent " à Sorbonne Université et intervient comme expert reconnu en nutrition pédiatrique dans de nombreuses conférences.

Ancien secrétaire général de la Société française de pédiatrie et président de la Société francophone de gastroentérologie et nutrition pédiatriques, il est actuellement président de l’Association des pédiatres de langue française. Il est l’auteur de nombreux livres et publications scientifiques sur la nutrition et l'obésité de l'enfant et de l'adolescent.

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Atlantico.fr : Une étude de l'OMS montre que 4 adolescents sur 5 ne pratiquent aucune activité physique et que cela a un impact sur la santé (obésité), sur la concentration etc. La France est très mal classée. Les Etats-Unis sont 3ème. 

Que pensez-vous de cette étude ? Est-elle cohérente ?

Patrick Tounian : Je suis très étonné de cette étude car cela ne correspond pas du tout à mon expérience. Je vois beaucoup d’enfants obèses et une grande partie d’entre eux pratiquent un voire deux sports en dehors de l’école. Je ne conteste pas cette étude, mais je suis surpris. Il est vrai que chez l’adulte – après 30, 40 ans – il a été démontré que l’activité physique était particulièrement importante pour la prévention des maladies cardiovasculaires et du cancer. Chez l’adolescent, il n’existe aucun lien direct entre les maladies somatiques et l’activité physique, à commencer par l’obésité. Par ailleurs, nous sommes parmi les moins bons en Europe pour l’activité physique des adolescents, or nous sommes l’un des pays avec le moins d’adolescents obèses. L’obésité chez l’enfant (0-18 ans) est un problème génétique, une résultante génétique.

Y a-t-il une corrélation entre mauvaise santé et activité physique à cet âge-là ? 

Tout d’abord, ne pas faire d’activité physique ne rend pas obèse. Cependant, il est vrai que certains adolescents obèses bougent moins, mais c’est parce qu’ils ont une prédisposition génétique à être obèse qui les pousse à bouger moins. Je m’étonne que ceux qui ont fait cette étude disent cela. Ils ne font qu’interpréter des résultats. Également, chez l’adolescent, il n’y a pas de liens entre manque d’activité physique et risques cardiovasculaires ou cancers. Cette étude est trop alarmiste. Il est évident qu’il faille promouvoir l’activité physique chez l’adolescent pour son état psychique, son état physique (musculature etc.) mais être alarmiste sur les risques somatiques, ce n’est pas normal. L’Europe a toujours été une bonne élève en termes de « non-obésité » chez les adolescents. Les pays les plus touchés sur le continent sont la Grèce et Malte. Mais au niveau international, les pays européens sont très bien classés. Chez les filles, il n’y a aucun pays dans le top 20. Les plus touchés dans le monde sont les îles du Pacifique, les pays du Moyen-Orient et quelques-uns en Amérique du Sud, garçons/filles confondus.

La France est avant-dernière du classement. Comment cela se fait-il ? Pourquoi est-elle si mal classée en termes d’activité physique ?

L’exemple de la France est conforme à ce que je disais. Une des raisons pour laquelle nous sommes aussi mal classé concerne le fait qu’en France, les adolescents rentrent tard de l’école (17h en moyenne). En Allemagne, les cours finissent vers 14h, ce qui donne un avantage aux adolescents pour pratiquer une activité physique. Si l’on veut augmenter l’activité physique des adolescents, il faudrait diminuer le temps passé à l’école. À nouveau, il ne faut pas être inquiet sur ce classement. Cette étude dit que les adolescents devraient pratiquer une heure d’activité physique par jour mais font l’amalgame avec le sport. C’est en cela que c’est délirant. Marcher est de l’activité physique, monter les escaliers est de l’activité physique. On fait beaucoup plus d’activité physique que de sport dans une journée. Nous dire qu’une heure par jour va changer quelque chose dans la vie de l’adolescent relève de l’arbitraire. Tout cela ne repose pas sur des arguments scientifiques. 

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