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Jean-Marc Sylvestre
Jean-Marc Sylvestre
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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

L'Édito : La pause fiscale reportée à 2015… enfin, si tout va bien !

C’est Jean-Marc Ayrault qui vend la mèche ce matin dans une interview à Metronews en affirmant que la pause fiscale ne sera effective qu’en 2015. Et pourquoi pas 2014 comme annoncé par le Président ? Réponse de Matignon, en 2014 « nous ne pourrons qu’amorcer le ralentissement de la pression fiscale ». Comme ces choses-là sont bien dites…

De toute façon, il ne pouvait pas en être autrement. Le budget 2014 est pratiquement bouclé  avec,  quoi qu'on dise des hausses de prélèvement obligatoires qui n’ont échappé à personne: La TVA, la cotisation retraite et le rabotage du quotient familial qui revient à augmenter la pression sur l’IRPP. Après la fuite hier sur l’ampleur probable de la dette en 2014, le gouvernement ne pouvait s’accrocher à cette idée qu'il allait pouvoir faire baisser les impôts. Jean-Marc Ayrault a donc corrigé le tir.  Tout le monde le savait, tout le monde le disait mais en dépit des calculs des uns et des avertissements des autres le président de la République n’a pas cesser d’annoncer, puis de répéter depuis la fin août, qu'il allait organiser une pause fiscale plus tôt que prévu… dès 2014.L’objectif était purement politique. Il s’agissait de calmer le climat de la rentrée dominée par un ras-le-bol partagé par toutes les couches de la société, des classes moyennes  aux  classes les plus favorisées. Des cadres supérieurs aux ouvriers qui rentraient dans le barème pour la première fois en passant par les artisans, les commerçants et les petits patrons qui préparaient sans trop se cacher, des manifestations d’envergures.

Le mécontentement était suffisamment sérieux pour amener le Président à faire cette promesse et à la répéter jusqu’à dimanche soir dernier, lors de cette émission de télévision au cours de laquelle, il a expliqué que tout allait bien et qu’il fallait être optimiste. Le ton était tellement déterminé que certains au PS commençaient à rêver de cagnotte fiscale. Si ça va mieux, s’il y a de la croissance, les recettes fiscales seront plus importantes que prévues donc il y aura une cagnotte. Le syndrome Jospin - Strauss-Kahn qui, on l’a oublié, voyaient tous les deux des cagnottes fiscales partout. Aujourd’hui certains ont cru revoir des marqueurs. On rêve !  Comment peut-on être aussi mal informé de la chose économique pour espérer bénéficier d’une cagnotte fiscale. La croissance est ultra faible et il est probable que le système français va retomber sur des encéphalogrammes plats à la fin de l’année. D’autant qu’il faudra évidemment gérer l’endettement colossal.

Donc s’il n’y a pas de recettes fiscales supplémentaires, pas de pause fiscale possible. La seule décision qui aurait permis d’espérer un desserrage de la pression fiscale, c’est la décision de baisser de façon significative les dépenses sociales et les dépenses publiques. Or, aucune décision n’a été prise dans ce sens. On en a parlé. On a dit qu'on allait le faire. Le président de la République a tenu cette promesse encore dimanche soir, sauf que cette fiction devenait intenable. C’est d’ailleurs assez incroyable mais la gouvernance française est désormais incapable de tenir une  promesse forte plus d’un mois. Le projet de pause fiscale lui, avait moins d’un mois.

Le Président n’est pas revenu lui-même sur son engagement. C’est donc Jean-Marc Ayrault qui est allé au charbon pour présenter la vérité. Il aurait pu expliquer l’ensemble de l’équation très simple qui s’impose à lui :

- 1er point, il n y aura pas d’amélioration de la croissance sans une baisse des dépenses publiques et sociale. Tout euro économisé dans la sphère publique se retrouve mécaniquement dans la sphère de production en investissement et en emploi. Si on n’admet pas ce phénomène de base, on ne s’en sortira pas. L’Allemagne, qui a en gros les mêmes caractéristiques que la France, dépense 100 milliards de moins au niveau de l’Etat et des collectivités. Et ce, pour une qualité de service public équivalent voire supérieure. Il y a quand même matière à réflexion. 100 milliards de moins dépensés par an dans la fonction publique, c’est 100 milliards de plus dépensés dans la sphère de production en investissement, en innovation et en compétitivité. D’où la performance des entreprises allemandes. Donc pas de croissance sans baisse des dépenses publiques. Pas de pause fiscale sans recul des dépenses et sans croissance. Cette équation est en France politiquement insoluble. Le président de la République a des engagements forts auprès de tout un pan de son électorat qui vit des revenus de redistribution. Les fonctionnaires, le personnel enseignant et même les militants écologistes qui plaident pour un renforcement du rôle de l’État.

- 2ème point, la dette publique représente une véritable bombe à retardement. Cette dette est supportable à court terme, dans un univers d’argent facile avec des taux d’intérêt très bas comme actuellement. Mais à moyen terme quand les taux d’intérêt remonteront d’abord aux États-Unis compte tenu du changement inéluctable de politique monétaire, la dette française deviendra insupportable. Il faudra alors ré-augmenter les impôts pour la rembourser ou ruiner les épargnants qui ont, avec leur épargne, financé cette dette. L’économiste Marc de Scitivaux explique très bien ce risque. Sans baisse des dépenses publiques et sociales, les gouvernements se mettent dans une situation impossible. Pas d’activité, pas d’emplois, pas de baisse d’impôts. Pour garder le pouvoir, les gouvernants ont pris la fâcheuse habitude de faire des promesses qu’ils ne peuvent pas délivrer. Tous les gouvernants, de droite et de gauche. La droite française est en pleine déliquescence parce qu’elle est incapable de proposer une  alternative libérale à la politique actuelle. D’où leur discrédit. Faute de croissance qui leur permettrait de financer les promesses électorales, ils mentent. Et comme dit le proverbe Yiddish, « le mensonge peut permettre  d’aller très loin… mais il ne permet pas de revenir ».   

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