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Jean-Marc Sylvestre
Jean-Marc Sylvestre
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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

L'Édito : Victoire d’Angela Merkel, bonne nouvelle pour la zone euro, mauvaise nouvelle pour François Hollande

François Hollande a dû passer une très mauvaise soirée dimanche en apprenant les résultats des élections en Allemagne. Angela Merkel va pouvoir entamer un troisième mandat totalement libre pour défendre les intérêts allemands, défendre une conception équilibrée de l’intégration européenne en demandant à chacun de prendre ses responsabilités. Pour François Hollande c’est une très mauvaise nouvelle. Il plaidait pour un autre modèle européen et comptait sur un affaiblissement d’Angela Merkel pour obtenir plus de mutualisation dans la gestion de la dette. C’est raté. Ce plébiscite du modèle allemand le renvoie à ses devoirs de réformes. La cohabitation franco-allemande va être sportive. Impossible de gloser sur la pseudo rigueur, de prétendre que le peuple Allemand n’accepte pas ou encore de raconter n’importe quoi sur les faiblesses structurelles de l’Allemagne.

Les Allemands ont donc offert à Angela Merkel cette belle victoire. Une victoire historique. Son propre parti, la CDU-CSU réalise 42% des suffrages, son plus beau score depuis 1990. La Chancelière pourrait donc obtenir la majorité absolue. Ses anciens alliés libéraux du FDP sont laminés. Leurs propositions radicales sur la nécessité d’une Europe encore plus rigide qu'elle ne l’était n’ont pas pris dans l’opinion. Le FDP aura du mal à rentrer au Parlement. Mais surprise l’AFD, parti européen, arrive à la porte du Parlement. L’autre surprise c’est aussi la faiblesse du SPD, le parti social-démocrate, qui essuie un très sévère revers avec 26% des suffrages. Cela étant, Angela Merkel a les mains totalement libres. Elle pourrait très bien gouverner seule mais les observateurs lui prête l’intention de demander au SPD de venir l’épauler. C’est dans sa nature que de chercher un large consensus. Sur la question très sensible des salaires par exemple, le SPD n’a pas repris son projet de créer un SMIC national mais défend désormais, la fixation négociée d’un SMIC branche par branche et même entreprise par entreprise.

L’enjeu de la compétitivité réunit un large consensus au seuil de la classe politique allemande. C’est le nerf de la guerre et rien ne sera fait pour hypothéquer cette sacrosainte compétitivité. Y compris sur l’énergie où elle va être en position de force pour ne pas se laisser imposer des décisions par les écolos. Le débat sur le nucléaire et sur le gaz de schiste va forcément rebondir. Les Allemands ne sont pas prêts à continuer d’acheter de l’électricité nucléaire fabriquée en France, ils ne sont pas prêts à continuer à acheter du gaz en Russie trois fois le prix du marché.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est qu’Angela Merkel va pouvoir très librement appliquer son modèle d’organisation de l’Europe et de la zone Euro. Son modèle est très simple : L’Europe ne peut fonctionner que si les partenaires respectent le règlement intérieur. La zone euro pourra être une zone de solidarité si, et seulement si, les partenaires donnent des garanties et s’y tiennent. En clair, que chacun paie ses dettes ou se donne les moyens de le faire et tout ira bien. C’est clair net et précis. Sur les budgets nationaux, on n’échappera pas au contrôle de Bruxelles. Sur l’Europe bancaire, Angela Merkel est d’accord avec la France mais elle n’acceptera pas que les contribuables Allemands soient appeler à payer les dettes des banques espagnoles.

L’enseignement de ces élections est très clair. La population allemande dans sa grande majorité reste très attachée à la construction européenne. Les industriels et les syndicats en ont besoin. Ils ont besoins de la stabilité monétaire de l’euro. Ils ont besoin des marchés européens mais pas à importe quel prix. Ce résultat est une excellente nouvelle pour Bruxelles qui sera ainsi soutenu par l’Allemagne dans sa mission de gestion et de surveillance. C’est une excellente nouvelle pour le système financier et pour les entreprises. Ce résultat apporte une garantie de stabilité et de fonctionnement. La faiblesse des taux d’intérêt appliqués à l’Europe, et dont la France profite tous les jours, s’explique par les garanties que donne l’Allemagne. Tout se passe comme si l’Allemagne cautionnait nos opérations financières. Tout se passe comme si on utilisait le triple A des Allemands que nous avons perdu piteusement depuis trois ans.

Mais cette position politique écrasante d’Angela Merkel à la tête d’une Allemagne qui n’a jamais été aussi puissante économiquement créer une situation très compliquée pour François Hollande. Il est évident que l’Allemagne demandera des comptes. Alors la France pourra toujours dire qu’elle intervient au Mali ou en Syrie ce que l’Allemagne ne peut pas faire. Mais ces interventions diplomatiques et militaires sont des leurres à l’adresse de l’opinion internationale parce que ces opérations ne contribuent en rien à régler notre problème de compétitivité, de chômage ou de dettes.

Le président de la République et la Chancelière ont toujours eu des rapports difficiles. Angela Merkel et ses électeurs n’ont pas supporté d’être critiqués comme ils l’ont été. Ils ont le sentiment de travailler pour les intérêts allemands et pour les intérêts européens. François Hollande et une grande partie de la classe politique française n’ont pas cessé de demander à l’Allemagne des efforts, des facilités, de la croissance. Comme si l’Allemagne nous interdisait la croissance. L’Allemagne va désormais demander à la France d’engager ses réformes. Elle en a les moyens politiques.

Cette victoire d’Angela Merkel met François Hollande au pied du mur sur ses responsabilités budgétaires, sociales et fiscales. Une fois de plus.

 

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