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Lors de l'année 2015, les États Unis étaient devenus le moteur du commerce extérieur allemand, avec une balance commerciale positive de 53.5 milliards d'euros en faveur de l'Allemagne.
Lors de l'année 2015, les États Unis étaient devenus le moteur du commerce extérieur allemand, avec une balance commerciale positive de 53.5 milliards d'euros en faveur de l'Allemagne.
©Reuters

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L’économie allemande, victime collatérale du Brexit et de l’élection de Trump : Berlin saura-t-elle résister à la tentation d’envoyer la facture au reste de la zone euro ?

Selon les dernières statistiques officielles, la croissance des exportations allemandes aurait subi un coup d'arrêt lors du 3e trimestre 2016. L'économie allemande, largement basée sur ses excédents commerciaux, comptait sur les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour les absorber. L'élection de Trump et le Brexit pourraient être lourds de conséquences pour le Vieux continent.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Selon les dernières statistiques officielles, la croissance allemande serait en voie de ralentissement en cette fin d'année 2016 ; notamment en raison de chiffres décevants sur le front du commerce extérieur. Comment interpréter ces données ? L'économie allemande est-elle en danger ?

Nicolas Goetzmann : La croissance allemande suit cette même pente baissière depuis le début de cette année. Après un T1 à 0.7%, un second à 0.4%, le troisième trimestre 2016 s'est affiché à 0.2% de croissance réelle, ce qui est une déception, sans être une catastrophe pour le pays. Mais en effet, l'élément le plus intéressant de ce trimestre a été de constater une participation négative du commerce extérieur à la croissance allemande, ce qui n'est pas très fréquent.

Puis, en regardant dans le détail des données livrées cette fois par Eurostat, il apparaît que les exportations allemandes à destination des pays extérieurs à l'Union européenne sont à la baisse, notamment en raison du ralentissement de la croissance aux États-Unis et du contexte relatif au Brexit. Or, lors de l'année 2015, les États Unis étaient devenus le moteur du commerce extérieur allemand, avec une balance commerciale positive de 53.5 milliards d'euros en faveur de l'Allemagne. De plus, le deuxième "support" du commerce allemand, en 2015 toujours, était le Royaume Uni, avec 50.6 milliards euros d'excédents. Le Brexit fragilise cette situation. Ainsi, le fait est que le surplus allemand repose à 50% sur les États Unis, qui viennent de prendre une direction "apparemment" protectionniste, et le Royaume Uni.

A l'inverse, l'Allemagne voit un retour de la croissance de ses exportations à l'intérieur de l'Union européenne ; les 9 premiers mois de l'année ont permis à cette catégorie de progresser de 14.5%. L'Allemagne, à nouveau, compte sur ses partenaires européens pour absorber ses excédents. Ce qui se traduit notamment par le fait que le déficit commercial français s'est creusé lors des 9 premiers mois de l'année, pour s'afficher à -64 milliards selon Eurostat.

Dès lors, la situation actuelle montre les limites de la stratégie macroéconomique allemande, c’est-à-dire que le pays se doit de trouver une alternative au Royaume Uni et aux États Unis, pour exporter ses excédents. Il va falloir trouver une victime.

Si ces évènements fragilisent l'Allemagne, quels peuvent être les effets, à terme, du Brexit et de l'élection de Donald Trump sur la politique économique européenne ?

Pour le moment, l'Allemagne a des excédents, c’est-à-dire qu'elle produit plus qu'elle ne consomme. L'Allemagne fait le choix d'être en situation de sous-consommation par rapport à son potentiel, le corolaire de ce choix est de générer un excès d'épargne au niveau national, et ainsi, tout naturellement, le pays affiche des excédents. Ce déséquilibre, qui dépasse les 200 milliards d'euros, est lourd de conséquence pour la zone euro. Celle-ci, par effet de contagion souffre d'un état de sous consommation, et d'excès d'épargne (qui provoque lui-même des taux d'intérêts ultra bas).

Ainsi, alors que la situation actuelle voit les deux principaux partenaires commerciaux de l'Allemagne, en termes d'excédents, vouloir changer la donne en ce qui concerne la façon dont ils participent à la mondialisation, et le comportement allemand de ces dernières années n'y est pas pour rien, et ce malgré les incessantes demandes des États Unis, du FMI, ou d'autres organismes internationaux, il faut trouver un plan B.

L'Allemagne peut choisir d'absorber elle-même son surplus de production en soutenant sa demande intérieure, au travers de déficits budgétaires, en favorisant les hausses de salaires etc.., c’est-à-dire en forçant la consommation à la hausse pour que celle-ci rejoigne le niveau de production. Pour le moment, l'Allemagne s'est toujours opposée à cette solution qui est pourtant la seule alternative viable pour ses partenaires. L'Allemagne peut aussi choisir de sacrifier ses travailleurs en les mettant au chômage, c’est-à-dire en réduisant son niveau de production pour qu'il s'équilibre avec le niveau de la demande intérieure. Et là encore, ce scénario est évidemment improbable, du moins, si l'Allemagne peut faire autrement. Le pays veut rester un pays créditeur.

Le plus probable, c'est que l'Allemagne va tout faire pour que ces excédents soient absorbés par d'autres pays. En septembre dernier, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble déclarait que l'Allemagne n'avait aucune intention de réduire son excédent commercial. Le gouvernement allemand devrait donc rapidement retrouver son pragmatisme, par exemple en redoublant d'efforts pour remettre le traité transatlantique sur la table, et en offrant les meilleures conditions possibles à ces partenaires, britanniques, américains, pour que son surplus persiste.

Et si cette politique échoue, et si le surplus allemand se désagrège, il est probable que l'Europe devra affronter un nouvel épisode de restriction salariale allemande, qui n'aura d'autre but que de refaire des pays de la zone euro les importateurs des biens allemands en jouant à une compétition malsaine vers le bas. Politiquement, au travers du TAFTA, et économiquement, en récréant les mêmes déséquilibres qui ont déstabilisé le continent au cours de ces dernières années, ces solutions seraient catastrophiques pour l'ensemble européen. Il est d'ailleurs probable qu'il n'y survive pas.

Quelle serait la solution la plus profitable au niveau européen ?

L'Allemagne se doit de relancer sa demande intérieure comme la zone euro doit relancer sa demande intérieure. Il faut se rendre compte que les deux pays qui déséquilibrent le commerce mondial, en affichant des surplus gigantesques, ce sont la Chine et l'Allemagne. Ces deux pays, en restreignant massivement leur demande intérieure, en ne favorisant pas les hausses de salaires, produisent un déséquilibre qui consiste à faire que ces pays produisent plus qu'ils ne consomment. Le surplus est exporté. En rétablissant l'équilibre, et en permettant aux ménages allemands et chinois de consommer plus, la croissance mondiale serait favorisée. Et cette politique mériterait d'être élargie à l'ensemble européen, ce qui permettrait de soutenir la croissance du continent. Mais puisque cette solution parait tout à fait improbable, la survie européenne semble dépendre de la capacité des États-Unis, et du Royaume-Uni, à bien vouloir continuer d'absorber le surplus commercial allemand. Cette question économique européenne mériterait peut-être d'être traitée par les candidats à la présidentielle française.

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