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L'attrait pour les jolies femmes : ce point commun entre de Gaulle et Pétain
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Coureur de jupons

L'attrait pour les jolies femmes : ce point commun entre de Gaulle et Pétain

Michel Tauriac raconte quelques anecdotes sur la jeunesse du général de Gaulle et du maréchal Pétain. Une chose rapproche les deux hommes aux destins si opposés : ils sont tous les deux d'irrésistibles séducteurs. Extrait de "De Gaulle avant de Gaulle" (1/2).

Michel  Tauriac

Michel Tauriac

Michel Tauriac est écrivain et journaliste. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont De Gaulle, mon père avec l'Amiral de Gaulle (Plon, 2003-2004), Vivre avec de Gaulle (Plon, 2008) et Le dictionnaire amoureux de De Gaulle (Plon, 2010).

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Sa théorie sur le tir n’est pas le seul grief que l’on formule contre Pétain. Son inclination disproportionnée et trop voyante pour les femmes aurait, s’il faut en croire les mauvaises langues, contribué également à lui coûter son avancement. Très mal vue à l’époque, sa liaison avec une femme mariée [qu’il épousera bien après] ne peut qu’empirer les choses. Tout le monde est d’accord : il frétille à la moindre apparition d’un jupon et perd tout bon sens.

A propos des femmes, qu’en est-il du fringant jeune officier qui ne peut que les séduire par son physique et son intelligence ? Faudrait-il penser qu’il ne s’en préoccupe pas puisque rien n’a été rapporté à leur sujet, ou bien que le secret qu’il entretient à plaisir sur sa personne réussit à les rendre, pour les curieux, aussi évanescentes que leur parfum ? Les confidences qu’il fait à Claude Guy, en 1946, nous éclairent sur ce sujet : « [Pétain] avait beau ne se livrer presque jamais, j’ai néanmoins connu le bonhomme dans ses moments de confidences : primo parce qu’il m’avait repéré et deuxièmement parce qu’il aimait les femmes… Il aimait les femmes comme on les aime à cinquante-deux, cinquante-trois ou cinquante-quatre et je les méprisais, comme on les méprise à vingt ans. C’est dire que nous en parlions tout le temps. Chaque semaine, nous allions à Paris et faisions la route ensemble, par le train. Bref, à Paris, il nous arrivait de nous “croiser”. »

Paul-Marie de La Gorce a recueilli un autre aveu à ce propos, à la suite du livre qu’il lui avait adressé en 1964, où il évoquait la grande distance séparant le lieutenant-colonel Pétain de son sous-lieutenant. De Gaulle a alors rectifié : « Ne croyez pas cela ! A l’époque, j’étais très sur les femmes, Pétain aussi, ça nous rapprochait…

Vingt ans plus tôt, écrasant le doigt sur le nom de l’épouse du colonel Halna du Fretay, figurant au bas d’une lettre que son secrétaire particulier, Claude Mauriac, lui présente, il a ces mots : « C’est chez elle en 191., à Arras, que j’ai fait la connaissance de Pétain ! » Au cours du dîner auquel il a été invité alors qu’il était encore à Saint-Cyr, il entend Pétain lui dire entre deux coups de fourchette : « Jeune homme, j’ai un œil sur vous. »

En 1912, le futur maréchal vient d’enlever la femme d’un peintre, Eugénie de Hérain dite Ninie, avec laquelle il vivra longtemps en concubinage avant d’en faire son épouse en 1920. Cette situation ne l’empêche pas de continuer à cultiver un grand éclectisme dans ses succès féminins. « Ils seront abondants jusque tard dans sa vie, avec des aléas proportionnels à leur quantité. Ainsi lui arrive-t-il de sortir du quartier Schramm, en civil et, à toute allure, à bicyclette afin de ne pas être intercepté par quelque dame qui l’attend à la grille. Il a coutume d’habiter place de la Croix-Rouge, à l’hôtel de l’Univers, le meilleur de la ville », où souvent une femme guette sa venue.

Alors voici maintenant Charles de Gaulle face à un homme qui va le marquer d’une empreinte indélébile tout en le frappant lui-même du sceau de sa séduction. Le voici dans son bureau, à la caserne Schramm, traçant les premières lignes d’un psychodrame qui se terminera un jour par un duel sans pitié. On eût aimé découvrir dans des lettres à son père les sentiments que lui inspirait ce bel homme à la parole brève. Mais de lettres, il n’en est point. Il faut dire que de courtes permissions lui permettaient de revoir les siens à Paris ou ailleurs. Ainsi a-t-il retrouvé toute sa famille au mariage de sa sœur, Marie-Agnès, à Charleroi.

Au premier abord, il ne peut qu’être, sinon subjugué, au moins intrigué par ce vieux chef aux cheveux blonds déjà dégarnis et à la moustache à la gauloise, qui a presque la même taille que lui. Ce qui le frappe en premier lieu, ce sont ses yeux bleus, d’une dureté de glaçon, au fond desquels il cache une malice de paysan madré, « la froideur voulue » et « l’ironie vigilante ». Pétain montre aussi une certaine tristesse mêlée de rancœur. S’ouvrant de nouveau à Claude Guy, de Gaulle donne cette explication : « Sa carrière lui paraissait alors compromise […]. Je me souviens du soir où l’on joua à Arras L’Homme qui assassina [d’après le roman de Claude Farrère]. Pétain était dans une loge lorsque Gémier, dans le rôle du colonel de Sévigné, s’exclama : “Je n’ai pas réussi, et pourtant j’avais quelque chose là (montrant sa tête) et là (montrant son cœur)”, le colonel du 33e RI se mit à pleurer… » Un autre trait de son caractère le saisit. Cette anecdote le dévoile : « Nous étions fréquemment chez Mme Masson, femme d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, raconte-t-il. Comme Pétain venait de faire une remarque pleine de hauteur, elle glapit : “Mais, ma parole, c’est de la vanité.” Et Pétain de rétorquer : “Non, Madame, c’est de l’orgueil.” »

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De Gaulle avant de Gaulle (21 janvier 2013), Ed. Plon

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