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L'année des outsiders : à quoi ressemblerait un duel Macron/ Dupont-Aignan ?
©Reuters

Soif de renouveau

L'année des outsiders : à quoi ressemblerait un duel Macron/ Dupont-Aignan ?

Alors que les Français réclament depuis longtemps un renouvellement de l'offre politique, un hypothétique deuxième tour de la présidentielle entre Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan pourrait bien rentrer dans ce cadre. Dans ce cas de figure, voici à quoi pourrait ressembler le débat.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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– Sur l'Europe et la politique internationale à mener

Bruno Jeudy : Tout oppose Nicolas Dupont-Aignan et Emmanuel Macron. Le premier a quitté l'orbite de la famille de la droite républicaine – et tout particulièrement de l'UMP –, faisant le choix de l'émancipation. Il a fondé son parti, Debout La France, sur un créneau souverainiste en reprenant une partie des thématiques chères à la campagne de Jean-Pierre Chevènement de 2002, notamment, sur l'Europe ainsi que l'indépendance de la France. En parallèle, son ADN le pousse à aborder des thématiques classiques à droite, conservatrices voire droitières, en provenance de la droite traditionnelle. C'est ce schéma qui l'avait conduit à briguer l'élection présidentielle de 2012, où il avait recueilli un peu plus d'1% des voix, et qui le poussera a priori à être candidat en 2017.

Emmanuel Macron a, pour sa part, rompu avec François Hollande et l'actuelle majorité pour des raisons qui tiennent davantage à une question de méthode politique que de fond. Du fait de sa relative discrétion sur la majorité des sujets en dehors de l'économie, il peut être difficile de situer l'ancien ministre de l'Economie de façon précise sur l'échiquier politique. Cependant, ses premières prises de paroles l'installent selon ses termes sur une ligne "de centre gauche", très européenne. Très libérale, voire mondialiste.

Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de controverse particulière entre Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan, cependant il est clair que toutes leurs positions les opposent, quand il est question d'Europe. Emmanuel Macron est désormais l'un des derniers défenseurs de l'Union Européenne. Nicolas Dupont-Aignan milite ouvertement pour la fin de l'Europe dans sa forme actuelle, fondée sur un espace économique le plus large possible, ouverte…

II – Sur l'économie

Sur le plan économique, Emmanuel Macron est un social-libéral et il a mis en œuvre, au moins partiellement, la politique qu'il prône pendant son passage au gouvernement. Il la voudrait cependant plus audacieuse, libérée des carcans tels que le Parti Socialiste a pu les installer ces dernières années.

De son côté, Nicolas Dupont-Aignan est bien plus protectionniste, à la limite de l'isolationnisme, et s'appuie fortement sur une politique industrielle. Il milite, en outre, pour la sortie de la France de l'Euro. Ce point fondamental l'oppose non seulement à Emmanuel Macron, mais également aux différents acteurs politiques qui répondent de l'européisme en France. Enfin, il estime que l'Etat se doit d'intervenir davantage dans l'économie, que la politique industrielle doit être étatiste. 

A l'inverse, Emmanuel Macron se prononce en faveur d'une ouverture libérale et invite à moins d'intervention de l'Etat dans la sphère économique. Il tient, toutefois, à une certaine forme de régulation qui permet de conserver en l'état notre modèle social. Nicolas Dupont-Aignan ne s'est pas prononcé et n'as pas fait état de grandes lignes particulières sur la question du modèle de sécurité, sur ce qu'il compte ou non maintenir de notre filet social. Néanmoins, compte-tenu de sa volonté de libéraliser davantage l'économie, de la libérer de certains de ses poids comme les 35h ou la retraite à 62 ans, parmi d'autres.

III – Sur le débat sociétal & régalien (identité, sécurité, place de l'Islam)

C'est une thématique sur laquelle Emmanuel Macron n'a pratiquement rien dit, jusqu'à présent. Nicolas Dupont-Aignan, pour sa part, se positionne très clairement sur l'idée d'un retour à une société d'ordre, selon un modèle de droite assez classique, très proche des références gaullistes dont il se revendique. Là-dessus, les différences ne sont pas particulièrement singulières entre Nicolas Dupont-Aignan et la majorité des positionnements adoptés par les leaders des Républicains.

Encore une fois, l'ancien ministre de l'Economie est resté assez silencieux sur les sujets touchants de prêts ou de loin au domaine du régalien. C'est donc plus difficile à évaluer mais, en bonne logique, Emmanuel Macron devrait s'exprimer sur ces questions dans les semaines à venir. Cependant, au fur et à mesure de ses quelques interventions, il est possible de déceler une certaine cohérence libérale dans ses propos. Sa pensée est, certes, économique, mais pas seulement. Ce libéralisme semble prévaloir également pour les questions sociétales. Son approche est par conséquent moins "autoritariste" ou moins républicaine, comme l'entendrait Manuel Valls, par exemple. De ce fait, Emmanuel Macron s'est déjà dit opposé à l'interdiction du voile à l'université, contre l'absence de menus de substitutions à l'école, entre autres… D'une manière générale, Emmanuel Macron se positionne sur une ligne un peu plus libertaire dans l'approche des questions sociales, particulièrement dans le cadre d'une comparaison avec des personnalités comme Manuel Valls.

IV – Sur les institutions, la Vème République et les partis

Sur les institutions, Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan se trouvent un point commun : ils sont tous deux des opposants notoires au principe des primaires. L'un comme l'autre refusent de s'inscrire tant à la primaire de la droite et du centre qu'à celle du Parti Socialiste, leurs camps respectifs. Dans la même logique, ils portent une analyse assez commune de la Vème République, qu'ils estiment être un système politique en rupture avec la IVème République. Or, cette IVème République a sombré au moins en partie du fait des partis. Aujourd'hui, Emmanuel Macron estime que ces derniers ont "pris en otage" la Vème République et que cet état de fait étouffe la République,  empêche l'émergence de nouvelles personnalités dans la sphère politique. Emmanuel Macron cherche à rompre avec cette "dérive" de la Vème République et souhaite permettre l'accès aux commandes à d'autres courants politique. Il souhaite régénérer, voire modifier en profondeur, le régime actuel.

Nicolas Dupont-Aignan s'inscrit encore une fois dans la lignée gaulliste qu'il revendique et formule assez peu de critiques sur les institutions, en dépit de mots assez durs sur le PS et les LR qu'il n'appelle pas encore UMPS pour autant. Il ne fait pas beaucoup de propositions visant à modifier la Vème République, mais celles-ci vont dans le sens d'une lecture gaulliste assez stricte. Il est, de ce fait, assez opposé à la cohabitation et favorable à la pratique du référendum. Il se prononce également en faveur d'un nettoyage de la vie politique ainsi que de la sphère publique, qui passerait par des peines d'inéligibilité définitive pour chaque élu condamné. Il n'a de cesse de dénoncer la corruption et le manque de probité, comme de morale des élus.

In fine, dans quelle mesure est-ce qu'un débat entre Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan apporterait un réel renouveau, d'un point de vue idéologique ?

Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan n'apportent pas de renouveau général, pas de vision fondamentalement neuve. Leurs positionnements sont  évidemment liés à leurs parcours respectifs, et en rupture avec leur propre camp. Pour Nicolas Dupont-Aignan, c'est déjà quelque chose d'assez ancien, puisque cela fait désormais plus de 10 ans. Emmanuel Macron tente une aventure solitaire, en marge du PS, en restant dans la famille de gauche dit-il, mais en cherchant tout de même à élargir vers le centre.

L'un comme l'autre cherchent à se créer un espace politique à l'ombre de leur courant politique d'origine. La droite classique pour Dupont-Aignan, le PS pour Macron. Finalement, comme  cela se fait de plus en plus dans un certain nombre de pays en Europe actuellement, ils essayent de créer des partis "personnalisés". Nicolas Dupont-Aignan tente sa chance avec Debout La France, Emmanuel Macron s'y essaye avec En Marche. Il s'agit des démarches qui émergent chez nos voisins européens. Faute de réelle nouveauté idéologique, sans émergence de nouveaux courants politiques (d'un côté comme de l'autre), c'est sur leurs personnalités que se cristallise la nouveauté.

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