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Allergique... Vladimir Poutine 
a-t-il encore les moyens 
de faire taire l'opposition russe ?
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Entre hiver et printemps russe

Allergique... Vladimir Poutine a-t-il encore les moyens de faire taire l'opposition russe ?

Tout juste réélu Président, Poutine a fait donner la police contre les opposants. Qui semblent pourtant prêts à défendre dans la durée leur envie de démocratie.

Cécile Vaissié

Cécile Vaissié

Cécile Vaissié est professeur des universités en études russes et soviétiques à Rennes II.

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Au cours des campagnes législative, puis présidentielle russes, il a souvent été dit que l’opposition n’était capable, ni de s’organiser, ni de présenter un candidat « crédible » face à Poutine. Ce reproche est injuste : l’opposition existe, elle est diverse et compte dans ses rangs de fortes personnalités. Ce qui est vrai en revanche, c’est que, depuis 2000, Poutine et son entourage ont, peu à peu, soit éliminé, soit discrédité, soit empêché d’agir les partis et les acteurs politiques et/ou sociaux qui étaient susceptibles d’incarner une alternative et/ou une contestation.

Dès lors, deux types d’oppositions subsistent : l’opposition « dans le système » et l’opposition « hors système » (ce sont les termes employés en Russie). Dans la première, seuls les communistes représentent une certaine force de contestation ; les autres partis ont été créés par le Kremlin qui y a promu des politiciens médiocres. Dans la seconde se trouvent les courants politiques les plus divers : depuis les partisans de Limonov ou du Front de gauche d’Oudaltsov jusqu’aux nationalistes (Tor), en passant par les « libéraux » - attachés aux libertés – du mouvement « Solidarité » (Ilya Iachine).

Mais le pouvoir leur bloque l’accès aux médias et aux élections. Il a interdit certains partis existants (le minuscule Parti national-bolchevik), en a fait disparaître d’autres (SPS) et refuse d’en « enregistrer » de nouveaux – cela a été le cas du PARNAS (Parti des libertés du peuple), un parti modéré créé en 2010. Le parti Iabloko demeure, mais son candidat, Iavlinski, n’a pas été autorisé à se présenter aux présidentielles. Quant au blogueur Navalny, il a fait une entrée fracassante dans cette opposition « hors système » en dévoilant la corruption qui a explosé sous Poutine, et il semble irriter beaucoup celui-ci. Si cette opposition n’est pas assez structurée et manque de soutien populaire, c’est donc le résultat des interdictions imposées par le Kremlin, et il est assez kafkaïen de le reprocher à ceux qui tentent, envers et malgré tout, de faire entendre leur voix et d’agir !

En outre, ce qui aura marqué ces dernières semaines, ce sont les manifestations qui ont réuni des dizaines de milliers de personnes, ulcérées par les fraudes électorales. Une alliance s’est ainsi nouée, de facto, entre ces manifestants, des intellectuels très mobilisés (Akounine, Bykov, Parfionov…), des personnalités médiatiques et « l’opposition hors système ». La société civile affirme son existence et son désir de démocratie. Elle le fait de façon créative et joyeuse, et utilise l’humour pour marquer ses distances avec un régime ancré dans un autoritarisme et des pratiques d’un autre âge. Suite à cette pression de la rue, le président Medvedev a, pour la première fois, reçu l’opposition « hors système » au Kremlin, et il a semblé prêt à assouplir les règles de participation aux élections.

Le dialogue, souhaité par les manifestants, pouvait-il s’engager ? En fait, le scrutin présidentiel du 4 mars a été, de nouveau, marqué par un manque d’équité flagrant entre les candidats et par des fraudes, dénoncées de toutes parts. Le 5 mars, ceux qui manifestaient contre ces pratiques ont été confrontés à une violence policière démesurée, et des centaines d’entre eux ont été interpellés. Le futur et ancien président apporte ainsi une réponse sans ambiguïté à ceux qui demandent « une évolution, pas une révolution ». Face à cela, de nouvelles stratégies s’élaborent déjà. 

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