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Karachi : "Des hommes prêts à faire sauter la République, il y en a toujours eu, elle n'a jamais sauté"
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Karachi : "Des hommes prêts à faire sauter la République, il y en a toujours eu, elle n'a jamais sauté"

Comme Alfred Sirven menaçait de faire « sauter la République » dans l'affaire des frégates de Taïwan, Ziad Takieddine prétend qu'il va « faire tomber le gouvernement ». Il est entendu ce mercredi par le juge Renaud Van Ruymbeke.

Jean-François Probst

Jean-François Probst

Jean-François Probst est un homme politique français de droite, né le 8 mars 1949 à Paris.

Aujourd'hui, éloigné de la vie politique, il est consultant international en stratégie et communication. Il conseille des chefs d’entreprises, des décideurs, des politiques français et étrangers et des chefs d’États africains.

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Atlantico : Ziad Takieddine, mis en examen dans le volet financier de l'affaire Karachi, sera de nouveau entendu mercredi par le juge Renaud Van Ruymbeke. Quelle est votre analyse ?

 

Jean-François Probst : Je ne connais pas personnellement M. Takieddine, mais j'espère que les juges feront leur travail.

Toutefois, il paraîtrait que M. Takieddine est arrivé au dernier moment d’un contrat qui était déjà quasiment ficelé, signé à la demande de M. Léotard, très absent ces derniers temps soit dit en passant. Takieddine semble vouloir parler, sa femme également. Ce qui semble bizarre, c’est qu'on n'avait jamais vu autant de gens chargés de secrets parler à tort et à travers. Des Robert Bourgi qui viennent dire aux journalistes qu’il était porteur de valises, ça n'existait pas.

Pire, Takieddine exige des excuses de la part de M. Guéant, c’est l’apothéose. J’aime mon pays, et j’aime que la République ne vacille pas sur ses bases, et je ne vois pas comment des intermédiaires légèrement vérolés en apparence, et peut être plus en profondeur, pourraient exiger des excuses du ministre de l’Intérieur. Je trouve également choquant que des épouses du secrétaire général de l’UMP, de l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, se montrent en yacht ou dans les piscines de milliardaires qui gagnent leur vie à piquer leur montre à des décideurs pour leur donner l’heure.

De ce point de vue là, Chirac et Mitterrand étaient plus prudents et autoritaires. Depuis 2007, une nouvelle période a pris forme, où de part et d’autre, à gauche comme à droite, il y a beaucoup de dirigisme sans direction.

A gauche, la fraude au congrès de Reims, les tripatouillages et le hold up des militants socialistes, sans compter l’affaire DSK. A droite, en ce moment c’est la cour du Roi Pétaud.

Un homme seul, tel M. Takieddine, peut-il faire tomber l’Elysée ?

La République française va-t-elle trembler sur ses bases, c’est peu probable, pour ne pas dire impossible.

Mon expérience, de bientôt quarante ans dans les sphères politiques, me permet d’affirmer ceci : il y a toujours des gens prêts à faire sauter la République. Mais ce que M. Bourgi va essentiellement faire sauter, c’est sa crédibilité en Afrique, quant à M. Djouhri, il a été démasqué par Pierre Péan et apparaît pour ce qu’il est, un gars du « 9-3 » qui voulait se faire plus gros que le bœuf.

M. Takieddine enfin, comme Sirven, ne va rien faire sauter du tout. Il va peut-être dire sa vérité, et il vaudrait mieux, vu qu’il dépose sous serment.

Cela dit, la justice doit s’exercer de manière sereine et ne considérer que des faits avérés.

Le recours aux « intermédiaires » constitue-t-il un phénomène courant ?

De tout temps, il y a eu des levantins et marchands de canons qui faisaient le métier d’intermédiaire, ça n’a pas manqué… Mais les voyous qui servaient d’entremetteurs dans des affaires diverses et variées étaient en soute. Ce qui est désagréable en ce moment et qui fait trembler l’image de la République dans le monde, c’est qu’ils apparaissent au grand jour, sur le pont du navire amiral.

M. Takieddine va être entendu, et ce sera le moment de donner sa vérité, plutôt que des interviews. Ce qui est d’ailleurs étrange avec Djouhri et Takieddine, c’est qu’ils ont été à diverses reprises très amis avec Léotard, Bazire et Sarkozy, puis d’un coup très ennemis.

Sous le Général de Gaulle, et même sous François Mitterrand, les choses auraient été réglées autrement, ficelées plus rapidement et plus discrètement. 

Les « intermédiaires » sont-ils nécessaires ?

Très souvent, on ne peut pas faire autrement dans de nombreux pays comme en Guinée équatoriale, au Congo Brazzaville…
Mais le problème, quand on utilise des intermédiaires, c'est de ne pas établir des sas de sécurité entre eux et le pouvoir central.

Commissions, rétro commissions, qu’est-ce qui était finalement admis ou pas dans cette affaire ?

Des gens ont payé des commissions, des rétro commissions. Il y a des commissions légales versées pour remporter des marchés, et c’est normal, la France se doit d’être concurrentielle avec d’autres nations qui vendent aussi des armes.
La question n'est pas là, la question porte sur la manière dont ont été financées des campagnes présidentielles.

En 1995, le Conseil Constitutionnel a validé à la fois la campagne de M. Balladur et de M. Chirac, et le président du Conseil Constitutionnel était Roland Dumas. Qu’a t'il fait ?

Il est temps que la République redevienne enfin irréprochable, et que les dirigeants politiques ne s’en remettent plus aux opportunistes, affairistes ou VRP louches qui ne sont pas des gens bien sous tout rapport.

M. Takieddine joue-t-il un double jeu ?

Tout à fait, il a même joué un quadruple jeu.

D’une part le sien, pour son enrichissement personnel, et en parallèle celui de la future ex madame Takieddine qui devrait garder une partie du « magot ».

Ensuite celui de Balladur, Léotard et les balladuriens.

Enfin, il a dû essayer de se refaire comme un joueur de poker, et penser qu’en aidant Sarkozy et Guéant à Tripoli, il pourrait doubler la mise.

En France, le problème des décideurs - de quelques pouvoirs qu’ils soient-, c’est qu’ils ont toujours l’impression d’être intouchables. Ils sont arrogants, croient que les affaires n’auront pas d’incidences électorales, mais les exemples passés prouvent pourtant le contraire.

Et quelles sont d’après vous les incidences électorales de ces « affaires » ?

Les Français sont plongés dans le doute, dans un désespoir très fort. Autrefois, ils étaient résignés, désormais ils sont révoltés.

Au lieu de bouffons, Nicolas Sarkozy aurait dû s’entourer de garde-fous…  Dans l'affaire de Karachi, où des ressortissants français perdent la vie parce que notre gouvernement n’aurait pas payer ce qu’il devait ou fait ce qu’il fallait, le Parlement devrait mieux faire son travail en réunissant une commission d’enquête parlementaire et en exigeant la levée du secret défense.

Ce qui apparaît criant, c’est que les extrêmes tirent un profit immense des affaires. Plus les entremetteurs et les affairistes élucubrent, plus les extrêmes peuvent se permettre de gifler leurs opposants politiques. Bref, des conditions parfaites pour retrouver Le Pen au second tour.

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