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Trois djihadistes français arrêtés en 2012 au Pakistan sont arrivés cette semaine sur le sol français.
Trois djihadistes français arrêtés en 2012 au Pakistan sont arrivés cette semaine sur le sol français.
©Caputre d'écran / l'Express

La patate chaude

Karachi-Paris : que faire des djihadistes qu’on nous renvoie ?

Trois djihadistes français arrêtés en 2012 au Pakistan sont arrivés cette semaine sur le sol français après que les autorités d'Islamabad les aient expulsés. Un événement qui pose la question du traitement qui doit être réservé à ces détenus d'une nature particulière...

Louis Caprioli

Louis Caprioli

Louis Caprioli a été le sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST)

Spécialiste des réseaux fondamentalistes musulmans, il est aujourd'hui conseiller spécial chez GEOS, société opérant dans la sécurité privée

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Atlantico : Trois djihadistes supposés sont arrivés cette semaine dans l'Hexagone après avoir été expulsés du Pakistan où ils avaient participé à des stages d'endoctrinement. Comment fonctionne l'accueil de ce type de prisonniers ?

Louis Caprioli : Dans cette affaire, nous avons très vite une ouverture d'information décidée par le Parquet, ce qui sous-entend que ce dernier a reçu plusieurs informations des services de renseignement (en particulier la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI)) laissant penser que ces trois personnes étaient effectivement impliquées dans des activités terroristes. Il est par ailleurs possible que les services pakistanais aient complété le dossier avec leurs propres données. Le cadre judiciaire a été en conséquence établi avant leur arrivée sur le territoire. Les djihadistes ont été placés en garde à vue dès leur arrivée sur le sol français. 

Les charges pesant sur les trois jeunes hommes, qui n'ont apparemment commis aucun acte terroriste, sont assez faibles. Peuvent-ils être relâchés rapidement ?

A partir du moment ou le Parquet a décidé de l'ouverture d'une information et que le magistrat instructeur a estimé que cette information était justifiée, le cadre juridique est clairement délimité (en l’occurrence l'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste dans ce cas). En fonction des auditions et des éléments qui ont été recueillis en amont par les services de renseignement (pakistanais comme français) le magistrat de la mise ou non en examen. Il est possible ici de demander la simple mise en examen, la mise en examen avec incarcération, la mise en examen sous contrôle judiciaire voire la libération. En parallèle de l'interrogatoire, il y aura vraisemblablement des informations périphériques qui seront collectées par plusieurs moyens. Tout d'abord les "documents" appartenant à ces personnes (téléphones, ordinateurs, itinéraire sur les passeports, carnet d'adresses...) seront minutieusement examinés, ensuite il peut y avoir des auditions de personnes, voire des perquisitions à leur domicile, appartenant à l'entourage des suspects. Cet ensemble de mesures prises en accord avec le magistrat instructeur permettra de définir si oui ou non ces individus rentrent dans une constitution d'associations de malfaiteurs. L'ouverture d'information sous-entendant que l'on dispose déjà dans ce cas de données concluantes, il est probable que ces derniers soient mis en examen, au moins sous contrôle judiciaire, voire même incarcérés. 

Des structures de réinsertion des terroristes existent dans des pays musulmans comme le Maroc ou l'Arabie Saoudite. Ce système existe t-il en France ?

On ne trouve aucune structure de ce type dans l'Hexagone et ce pour des raisons simples. Tout d'abord nous n'avons pas comme dans ces pays, de quantité importante de terroristes. Ce type de mesure a été instaurée en 2003 en Arabie Saoudite après que plusieurs attaques d’Al-Qaïda aient menacés l'intégrité du royaume, ce qui a débouché sur l'incarcération de milliers de terroristes. Les autorités locales, considérant que ces gens étaient des musulmans que l'on avait dévoyés, se sont servis des référents religieux (imams, théologiens, ndlr) présents dans le pays pour contrer l'endoctrinement djihadiste. Ce système ne peut logiquement pas exister en France où nous n'avons pas autant de référents musulmans à notre disposition. Il serait impossible par exemple d'envoyer un nombre suffisant d'imams dans les prisons françaises pour tenter d'y contrer l'émergence d'un discours radical. Au delà de cette raison relativement technique, nous ne disposons tout simplement pas, en tant que pays laïc, de la légitimité qu'ont les imams d'Arabie Saoudite formés dans les plus grandes facultés de théologie. Il serait de plus extrêmement paradoxal pour un Etat laïc de se mettre à enseigner les fondement de l'islam.

La France était-elle contrainte d'accueillir ces trois djihadistes ?

L'expulsion est logiquement à la discrétion du pays qui expulse, et la France avait ici l'obligation de les accepter en tant que ressortissants français. Le Pakistan, en tant que pays souverain, a décidé que ces trois Français étaient une menace pour sa sécurité intérieure et personne ne peut les empêcher de prendre une telle décision. Une fois la décision prise les autorités locales ont vraisemblablement contacté l'ambassade française pour déterminer de la date de l'expulsion, mais Paris n'a en aucun cas le droit de refuser cette expulsion. Le seul choix effectif dont nous disposons dans ce cas est de ne pas donner de suite judiciaire, ou bien, comme ici, de poursuivre l'inculpation. Le parquet a notamment décidé d'entendre ces personnes pour recueillir des informations précieuses, notamment sur leur recruteur Naamen Meziche qui est un membre avéré d'Al-Qaïda. 

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